C'est par un clair matin de mai de l'an 1781 que le jeune novice Daigu Ryôkan et le maître zen Kokusen entreprennent un voyage de mille kilomètres, du nord au sud du Japon.
Ils partent du temple Kosho, dans la province d'Echigo, pour se rendre au temple Entsu d'Okoyama, où le maître a fait ses études.
La saison est belle, les oiseaux chantent.
Mais, jour après jour, la longue marche, la chaleur du jour, les épidémies, les famines, les bandits de grand chemin, les nuits passées dans des abris de fortune épuisent les deux pèlerins.
Ils arrivent enfin, vers la mi-octobre 1781, à Okoyama. Il ne leur reste plus que la peau sur les os, et ils sont recrus de fatigue.
Le maître zen dit alors à Daigu Ryôkan :
« Tu fus mon soutien pendant cette épreuve. Que cette expérience de moine itinérant symbolise pour toi la vie que tu devras mener désormais jusqu'à la fin de ton voyage sur la terre.
Es-tu prêt ?
— Je suis prêt, Maître, quelles que soient les difficultés de la route, j'irai jusqu'au bout sans faillir. »
Daigu Ryōkan mourut à soixante-quatorze ans, un soir d'hiver, le 6 janvier 1831, cinquante années après ce serment. Il avait tenu parole.
Le zen est un chemin qui mène très loin…
▲ Aron O’Raney —
