Le 24 avril 2011, À 84 ans, Sathya Sai Baba décède à Puttaparthi (Andhra Pradesh), en Inde. Il quitte son enveloppe charnelle le matin à 7 h 40 en raison d’une défaillance cardiaque et respiratoire.
C’est ainsi qu’un responsable du grand hôpital de Puttaparthi annonce la mort du plus célèbre gourou de ce siècle en Inde.
Les forces de l’ordre étaient sur les dents, redoutant des débordements : des milliers de dévots priaient depuis plusieurs jours dans la petite ville d’Andhra Pradesh, espérant encore un miracle.
« Sai Ram ! Sai Ram ! »
Ils sont des milliers, venus de tous les horizons ; d’Inde, mais aussi du reste de l’Asie, d’Europe, d’Afrique, d’Amérique. Leurs incantations déchirent l’air brûlant de Puttaparthi, petite ville de l’Andhra Pradesh où se meurt Sathya Sai Baba, leur gourou, le « Dieu Vivant » le plus célèbre d’Inde.
Né le 23 novembre 1926 dans une famille de pauvres agriculteurs à Puttaparthi, qui n’était encore qu’un village, celui qui s’appelait alors Sathya Narayana Raju se fait remarquer dès sa plus tendre enfance pour sa grande intelligence.
Le petit garçon accomplit même des miracles, faisant apparaître de la nourriture, et notamment des friandises. Il chante et danse à la perfection. Persuadés d’avoir un enfant « possédé », ses parents le font exorciser.
À 14 ans, il déclare être la réincarnation de Sai Baba de Shirdi, un saint de l’hindouisme mort en 1918. Un personnage vénéré par les hindous, mais aussi par les musulmans et les chrétiens. Au cœur de New Delhi, le temple de Sai Baba de Shirdi est très fréquenté.
Le « nouveau » Sai Baba fait vite recette avec son mantra : « Aimer tout le monde ; servir tout le monde ; aider toujours ; ne jamais blesser » .
À l’image du saint homme dont il dit être l’incarnation, il se veut œcuménique : aucun de ses fidèles n’est contraint de renoncer à sa religion.
Visionnaire, et bien que prévoyant de ne quitter ce monde qu’à 96 ans, « Bhagwan » a toujours expliqué qu’il y aurait une période de transition de 8 ans entre sa mort et l’avènement de son successeur, en 2030.
Cet avatar viendrait de Gunaparthi, un village du Karnataka.
Pour autant, Sathya Sai Baba reste un personnage controversé. D’aucuns ramènent à la prestidigitation les miracles qu’il affirme accomplir.
Dans les années 1970, des rationalistes, en Inde et à l’étranger, ont mis le gourou au défi de faire la preuve qu’il n’était pas un charlatan. Sai Baba a refusé de relever le gant, ce qui lui a valu le désamour de fidèles.
Mais c’est surtout l’immense empire qu’il a bâti grâce aux dons de riches adeptes du monde entier qui éveille les soupçons. La « succession matérielle » du saint homme inquiète encore plus que sa « succession spirituelle ». Il l’aurait d’ailleurs moins bien préparée. Ou, en tout cas, de manière beaucoup moins transparente.
Sai Baba est à la tête d’une immense fortune, qui représente des milliards d’euros. On ne connaît aucun héritier en titre à ce célibataire qui a rompu avec sa famille à l’exception de l’un de ses frères et d’un neveu. Pour l’heure, l’empire composé de plusieurs universités, maisons d’édition, associations pour le développement de la condition des femmes ou encore hôpitaux, est géré par le Sathya Sai Central Trust (SSCT).
Sai Baba a fait de Puttaparthi, son village natal, une petite ville moderne. Outre l’aéroport, il y a construit un hôpital, celui-là même où il est mort. Il l’a aussi dotée d’une université, d’un musée, d’un planétarium, et de 2 stades. Sans compter, l’ashram. Puis il a étendu ses projets charitables à d’autres régions.
À Bangalore, l’hôpital qui porte son nom est d’un modernisme impressionnant. « Tout le monde peut venir s’y faire soigner gratuitement », confiait récemment un homme d’affaires à Bangalore.
Il a aussi financé des projets d’alimentation en eau potable dans 150 villages de l’Andhra Pradesh et au Tamil Nadu voisin.
Les esprits tatillons font valoir que tout l’argent encaissé par Sai Baba et son Trust est exempté d’impôts. Les plus acharnés soulignent que personne ne sait exactement à combien s’élèvent les dons.
Isaac Tigrett Burton, l’Américain qui a fondé la chaîne « Hard Rock Café », aurait versé quelques milliards de dollars au saint homme pour lui permettre de construire, en 1991, l’hôpital où il est mort.
— 24 avril 2011
— Extraits d’un Blog « Le Figaro » Marie-France Calle
▲ Aron O’Raney —
