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14 mai 2026

≡ Gagner Son Pain…


La Loi D'après Laquelle L'homme Doit Travailler Pour Vivre M'apparut Pour La Première Fois Après Avoir Lu Les Pages De Tolstoï Sur Le Travail Pour Le Pain. Mais Dès Avant Cela, J'avais Commencé À Reconnaître Cette Loi Après Avoir Lu «Unto This Last», De Ruskin. 


Cette loi divine, selon laquelle l'homme doit gagner son pain par le travail de ses mains, fut soulignée tout d'abord par un écrivain russe appelé T. M. Bondaref. Tolstoï la répandit et lui donna une plus grande publicité. 


À mon avis, on trouve le même principe exposé dans le troisième chapitre de la Gitâ, où l'on nous dit que celui qui mange sans offrir un sacrifice mange de la nourriture volée. Sacrifice ne peut signifier ici que gagner son pain.


La raison nous conduit-elle aussi à une conclusion identique. Comment un homme qui ne fait pas de travail corporel peut-il avoir le droit de manger? «Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front», dit la Bible. 


Un millionnaire ne durera pas longtemps et il se fatiguera vite de la vie s'il se prélasse dans son lit toute la journée et s'il se fait nourrir. Aussi cherche-t-il de l'appétit en prenant de l'exercice et arrive-t-il ainsi à manger. Si chacun, riche ou pauvre, doit ainsi prendre de l'exercice de quelque, sorte, pourquoi cet exercice ne serait-il pas productif, pourquoi ne consisterait-il pas, par exemple, à gagner son pain? 


Personne ne demande au cultivateur de faire des mouvements respiratoires ou d'exercer ses muscles. Et plus des neuf dixièmes de l'humanité vivent d'agriculture! Comme le monde serait plus heureux, plus sain et plus pacifique si le dernier dixième suivait l'exemple de cette écrasante majorité, au moins suffisamment pour gagner par son travail de quoi se nourrir. Beaucoup de privations associées à la vie agricole disparaîtraient facilement si ces gens-là s'en mêlaient. 


Les odieuses distinctions de classes s'effaceraient si chacun, sans exception, reconnaissait l'obligation de gagner son pain par son travail. Cette obligation incombe à tous les Varnas (1). Il existe un conflit mondial entre le capital et le travail, et les pauvres envient les riches. Si chacun travaillait pour gagner son pain, les distinctions de classes seraient abolies; les riches seraient toujours là, mais ils se considéreraient seulement comme les gérants de leur fortune, qu'ils emploieraient surtout dans l'intérêt général.


Travailler pour gagner son pain est une véritable bénédiction pour celui qui veut observer la non-violence, adorer la Vérité, et faire que la pratique de brahmâchârya lui devienne naturelle. 


Ce genre de travail doit véritablement se rapporter à l'agriculture, mais, pour le moment du moins, tout le monde n'est pas en mesure de l'exercer. Aussi peut-on s'occuper de filage, de tissage, de travaux de menuiserie ou de forge, au lieu de cultiver la terre, mais il faut toujours considérer l'agriculture comme l'idéal.


Chacun doit faire disparaître ses propres détritus. L'évacuation est une fonction aussi nécessaire que l'alimentation, et la meilleure solution serait que chacun fît disparaître lui-même ses propres déchets. Si c'est impossible, chaque famille devrait assurer pour elle-même ce genre de nettoyage. 


Je sens depuis des années qu'il doit y avoir quelque chose de fondamentalement faux à ce que, dans une société, une classe distincte soit chargée de la vidange. L'histoire ne nous dit pas qui a le premier attribué le rang le plus bas à ce service sanitaire essentiel. En tout cas, cet homme ne nous a certainement pas fait de bien. 


Il faudrait nous enfoncer dans la tête, dès notre enfance, que nous sommes tous des nettoyeurs, et la façon la plus facile d'y arriver, pour celui qui en a compris la nécessité, c'est de commencer à gagner son pain comme balayeur. 


Le nettoiement, si on l'aborde ainsi de façon intelligente, nous permettra d'apprécier plus facilement, à sa juste valeur, l'égalité des hommes.



(1) «Chacun de nous a des occupations qui lui sont propres. Ces occupations ne sont pas des castes; elles sont ce que l'hindouisme désigne sous le nom de Varna. Varna n'a rien de commun avec la caste telle que nous la connaissons aujourd'hui. Les castes sont une institution humaine, tout juste bonne à être détruite, mais Varna est une loi divine. Nous pouvons la négliger et subir les conséquences de cette attitude, mais, si nous l'observons, nous en tirerons profit. Un menuisier, un forgeron, un maçon, un balayeur, un professeur, un soldat ont chacun des occupations différentes, mais aucun d'eux n'est supérieur ou inférieur aux autres. Si nous commençons à empiéter les uns sur les autres, nous créons une confusion de toutes les Varnas. C'est pourquoi, dès que vous enlevez à la loi de Varna les cuisants sentiments d'infériorité qu'on y a mis, non seulement elle agit comme loi, mais encore elle nous fournit une occasion de faire ce pour quoi nous avons le plus d'aptitudes.» (Discours fait par Gandhi à Travancore et rapporté dans The Epie of Travancore, de Mahadev Desai, Ahmedabad, 1937).



— Extrait de «Lettres à l'Âshram»





  Gandhi —



 

25 mars 2026

≡ Gandhi, À Propos De Jésus


— Selon Gandhi, Toutes Les Croyances Constituent Une Révélation De La Vérité. 


À Louis Fisher, En Visite Chez Lui, Qui S’étonnait De Voir Sur Le Mur De Sa Chaumière Une Image De Jésus Sous Laquelle Était Inscrit : « Il Est Notre Paix », Le Mahatma Lui Répondit : « Je Suis Chrétien, Hindou, Musulman, Et Juif. » C’est d’ailleurs pour cela qu’il a été assassiné. Certains bigots l’accusaient même d’être secrètement chrétien. 


Il était surtout attaché à Jésus parce que Jésus possédait une immense force d’amour. Quant au christianisme, disait-il, il a été dénaturé par Saint Paul et il est devenu la religion des rois.


Gandhi était avant tout hindou, mais après l’hindouisme, la religion qui l’attirait le plus était le christianisme tel que décrit dans les évangiles de Mathieu, Jean, Luc et Marc. 


Aux missionnaires qui s’efforçaient de le convertir, il conseillait : « Faites de nous de meilleurs hindous, cela sera plus chrétien que de nous convertir. »


Étrangement, les chrétiens de son temps le considéraient comme étant dans l’histoire, l’un des hommes qui auront le plus ressemblé au Christ. 


Louis Fisher, dans son livre « La vie du Mahatma Gandhi », cite le Révérend K Mathew Simon, de l’Église syrienne orthodoxe de Malabar, qui lui écrivait au sujet de Gandhi : « Ce fut sa vie qui me démontra plus que toute autre chose que le christianisme est une religion praticable, même au XXe siècle. »


Le Mahatma, tout hindou qu’il fut, montra que l’esprit du Christ pouvait être appliqué dans les temps modernes. 


Il ne prêchait pas sur Dieu; par son attachement à la vérité, son détachement des choses matérielles, son amour pour la non-violence et son dévouement sans limites à la cause des intouchables, il était l’incarnation vivante du Sermon sur la montagne. C’est d’ailleurs par la lecture du Sermon sur la montagne que Gandhi fut séduit par l’enseignement du Christ. 


Sur le conseil d’un végétarien qu’il avait rencontré dans une pension de famille durant son premier séjour à Londres, il entreprit de lire la Bible. L’Ancien Testament le rebuta; il parvint à lire le Livre de la Genèse, mais les chapitres suivants l’endormaient et le Livre des Nombres lui déplut énormément. 


Par contre, il trouva dans le Nouveau Testament des rappels à la Gîta. Il fut totalement séduit par les paroles de Jésus : « … Et moi, je vous dis ne résistez pas à celui qui vous maltraite; si quelqu’un vous frappe sur la joue droite, présentez-lui la gauche. Si quelqu’un veut votre robe, abandonnez-lui aussi votre manteau. »


Lors d’une visite à Rome, dans la chapelle Sixtine, Gandhi s’arrêta devant le Christ en croix et pleura. « Devant autant d’amour, on ne peut s’empêcher d’être ému jusqu’aux larmes. » Confiait-il à Mahadev Dasaï.


Devant ses juges, il demandait souvent qu’on lui impose la peine la plus sévère; le sacrifice de ses disciples se présentant sans défense devant leurs bourreaux à l’entrée des mines de sel, le dénuement dans lequel, le citoyen le plus honoré de l’Inde a vécu…, 


Gandhi ne possédait rien à part un sari, des sandales, une paire de lunettes, une montre de poche, trois petites statuettes représentant des singes les mains sur la bouche, les yeux et les oreilles, un bout de crayon et un petit calepin.




Gandhi —




 

09 décembre 2025

≡ Ahimsâ Et Vérité


 Le sentier de la Vérité est aussi étroit qu’il est droit. Il en est de même du sentier de l’ahimsâ. C’est comme si l’on se tenait en équilibre sur le tranchant d’une épée. 


En concentrant ses facultés, un acrobate peut danser sur une corde raide. Mais il faut une concentration beaucoup plus grande encore pour suivre le sentier de la Vérité et de l’ahimsâ. La plus légère inattention vous en fait choir. 


Ce n’est que par un effort incessant que l’on peut arriver à réaliser en soi la Vérité et l’ahimsâ. Il nous est impossible de réaliser la Vérité parfaite tant que nous sommes prisonniers de cette enveloppe mortelle. 


Nous ne pouvons que nous la représenter par l’imagination. 


Notre corps éphémère n’est pas un instrument avec lequel nous puissions voir face à face la Vérité, qui est éternelle. 


C’est pourquoi on est finalement amené à compter sur la foi. 


L’ahimsâ n’est pas la chose simple et grossière qu’on a dépeinte. Ne faire de mal à aucun être vivant est sans doute une partie de l’ahimsâ, mais ce n’en est que le plus petit aspect. 


Le principe de l’ahimsâ est enfreint par toute pensée mauvaise, par toute hâte injustifiée, par le mensonge, la haine, le fait de souhaiter du mal à quiconque. 


On le viole également lorsqu’on retient pour soi ce dont le monde a besoin. Le monde a besoin même de ce que nous mangeons chaque jour! 


À la place que nous occupons, il y a des millions de micro-organismes à qui cette place appartient, et que notre présence fait souffrir. 


Alors que faire? Faut-il nous suicider? 


Cela même n’est pas une solution, puisque nous admettons que l’esprit, tant qu’il est attaché à la chair, se tisse un corps nouveau lorsque celui qu’il avait est détruit. 


Le corps cessera seulement lorsque nous n’aurons plus pour lui aucun attachement. Cette libération de tout attachement est la réalisation de Dieu comme Vérité. 


Cette réalisation ne peut être atteinte hâtivement. 


Le corps ne nous appartient pas. Tant qu’il dure, nous devons nous en servir comme d’une chose qui nous a été confiée et dont nous sommes responsables. 


En considérant ainsi ce qui appartient à la chair, nous pouvons espérer nous libérer un jour du fardeau du corps. 


En comprenant les limitations auxquelles la chair est sujette, nous devons quotidiennement nous efforcer vers l’idéal, avec toute la force que nous pouvons avoir en nous. 


Ce qui précède aura peut-être fait comprendre que sans ahimsâ, il est impossible de chercher et de trouver la Vérité. 


L’ahimsâ et la Vérité sont si étroitement entrelacées qu’il est pratiquement impossible de les démêler et de les séparer l’un de l’autre. 


Ils sont comme les deux faces d’une médaille, ou plutôt d’un disque de métal lisse et sans empreinte. 


Qui peut dire quel en est le revers et quel en est l’avers? Néanmoins, l’ahimsâ est le moyen, la Vérité est le but. 


Des moyens, pour être des moyens, doivent toujours rester à notre portée; aussi l’ahimsâ est-il notre devoir suprême. Si nous prenons soin des moyens, nous sommes certains, tôt ou tard, de parvenir au but. 


Une fois que nous avons compris cela, la victoire finale ne fait plus aucun doute. 


Quelles que soient les difficultés auxquelles nous nous heurtions, quels que soient les échecs apparents que nous subissions 


Il ne nous est pas permis d’abandonner la recherche de la Vérité, qui seule est, puisqu’elle est Dieu Lui-même. 




Lettres À L’Âshram — Extraits —




Gandhi —




13 mai 2025

≡ En Toute Humilité


Je m'efforcerai…



En toute humilité, je m'efforcerai
D'être aimant, véridique, honnête et pur


De ne rien posséder dont je n'ai pas besoin,
De mériter mon salaire par mon travail,


D'être perpétuellement vigilant
Sur ce que je bois et je mange,


De toujours être intrépide,


De respecter les autres religions

Autant que la mienne


Et de chercher à toujours voir le bien

chez mon prochain,


De suivre fidèlement le svadeshi (*)
Et d'être un frère pour tous mes frères.



(*) Devoir de service vis-à-vis des proches.




— Extrait de « Lettres à l’Âshram »




Mahatma Gandhi —