20 mai 2026

≡ Les Mayas et la gent canine

Œuvre représentant un chien, associé à la divinité Xolotl. Wikimedia Commons


Chez les Mayas, les chiens étaient vénérés, sacrifiés et même... mangés


Dans la civilisation maya, les toutous étaient extrêmement convoités. Symboles de puissance, ils pouvaient être sacrifiés, voire même finir dans l'estomac de leurs maîtres. C'est ce que montrent les dernières recherches archéologiques.


Archéologue spécialiste de la civilisation maya à l’université de Calgary (Canada), Elizabeth Paris s’est intéressée à la perception des chiens afin de mieux comprendre ce lien avec l’homme.


«Les Mayas accordaient une grande importance à ces relations, explique-t-elle au National Geographic. Ils consacraient beaucoup de temps et d’efforts à acquérir et élever des chiens d’exception.»


Les travaux de la chercheuse éclairent la place des «plus anciens animaux domestiques de l’histoire» dans cette civilisation, sur les plans culturel et économique. Les chiens étaient régulièrement sacrifiés lors de rituels, notamment les chiens blancs à taches sombres, associés à des célébrations liées au cacao.


Vénérés et alléchants


Les représentations sur poteries suggèrent que ce type de chien était courant. Posséder un chien constituait un marqueur social fort. Certaines illustrations montrent ces animaux portant des accessoires, signe qu’ils étaient soit choyés, soit utilisés pour afficher le rang de leur maître.


Ashley Sharpe, archéologue au Smithsonian Tropical Research Institute au Panama, a aussi étudié les chiens mayas. À partir de restes découverts à Ceibal (Guatemala), son équipe a montré qu’ils occupaient aussi bien les plaines que les montagnes, sans doute transportés par l’homme.


Des analyses chimiques renforcent l’idée que les chiens jouaient un rôle économique important entre royaumes parfois éloignés. «Il existait un commerce de chiens sur de vastes distances», résume Elizabeth Paris, expliquant leur présence généralisée.


Les détails de ce commerce restent flous. Ashley Sharpe avance qu’ils servaient aussi à l’alimentation. La plupart des chiens étudiés, âgés de 1 à 2 ans, étaient petits et dodus, souvent porteurs de marques de découpe caractéristiques. «Ils les écorchaient comme des lapins», précise la chercheuse.


Certains indices suggèrent aussi une dimension rituelle, comme la découverte d’ossements dans une fosse datant de l’assèchement d’un lac voisin, source d’eau essentielle. Plusieurs chercheurs pensent que les Mayas sacrifiaient des chiens pour implorer les dieux. De nombreux squelettes portent des traces de découpe au cou et ont été enterrés avec des tessons de poterie, dans une zone rocheuse. «Une preuve de sacrifice», conclut Ashley Sharpe.



— 29 avril 2026

— Source : Slate France

— Extraits d’un article de Thomas Messias





Aron O’Raney —



 

≡ Bonheur Contre Plaisir


De nos jours, les gens confondent parfois bonheur et plaisir. 


Il y a peu, je m'adressais à un public indien, à Raipur. Je souligne que le bonheur est le but de la vie.


Un membre de l'auditoire prend la parole pour remarquer que, selon l'enseignement de Rajneesch, le plus grand moment de bonheur intervient dans l'activité sexuelle. Donc, grâce au sexe, en conclut cet homme, on peut devenir heureux. 


L'homme voulait savoir ce que je pensais de cette idée. 


Je lui ai répondu que, de mon point de vue, le bonheur le plus élevé est celui que l'on atteint au stade de la libération, quand la souffrance s'annule. 


C'est cela, le bonheur authentique et durable. 


Le vrai bonheur est plus en rapport avec le cœur et l'esprit, car celui qui dépend surtout du plaisir physique est instable. Un jour, il est là, le lendemain, il a disparu. Et pourtant, les êtres humains; s'y entendent souvent pour confondre les deux. 


Tous les jours, malgré tous nos efforts, nous avons du mal à prendre la bonne décision, à effectuer le meilleur choix — notamment parce que ce sont aussi les plus difficiles, ceux qui impliquent un sacrifice. 


De tout temps, une légion de philosophes, de théologiens et de psychologues s'est lancée dans l'exploration de notre rapport au plaisir, afin de lui assigner sa juste place dans la vie. 


Au IIIe siècle avant Jésus-Christ, Épicure a fondé son système philosophique sur cette affirmation : «Le plaisir est le début et la fin d'une vie de félicité.» Mais Épicure lui-même a reconnu l'importance du bon sens et de la modération, en admettant que la soumission débridée aux plaisirs des sens pût au contraire parfois conduire à la souffrance. 


À la fin, du XIXe siècle, Sigmund Freud formulait à son tour sa propre théorie du plaisir. Selon lui, le désir de se libérer de pulsions instinctives inassouvies est la force qui motive tout notre appareil psychique. Autrement dit, la recherche du plaisir est notre désir fondamental.


Au XXe siècle, une armée de neurobiologistes a choisi d'écarter ces spéculations philosophiques pour sonder; l'hypothalamus et les régions limbiques du cerveau au moyen d'électrodes, à la recherche du point qui, stimulé électriquement, engendrerait le plaisir. 


En réalité, personne n'a réellement besoin des philosophes de l'Antiquité, des psychanalystes du XIXe siècle ou des scientifiques du XXe pour l'aider à comprendre le plaisir. D'emblée, nous savons le reconnaître : un geste, un sourire de l'être aimé, un bain chaud par un après-midi pluvieux et froid, la beauté d'un coucher de soleil y suffisent. 


Mais un flash de cocaïne, l'extase d'un shoot d'héroïne, les débordements de l'alcool, une sexualité débridée, la griserie d'un jour de chance au casino, ce sont aussi là de réels plaisirs, dont bien des gens, dans notre société, ont besoin. 


Certes, aucune solution toute faite ne permet d'éviter les plaisirs destructeurs. Et pourtant, il existe un moyen de mieux s'y prendre. Il suffit pour cela de reformuler toute décision en ces termes : «Cela va-t-il me procurer du bonheur 


Cette simple question permet de se conduire plus intelligemment, et pas seulement pour décider si l'on doit céder à tel ou tel menu plaisir. Elle confère aux choix de tous les jours une tournure nouvelle. 


L'accent n'est plus mis sur ce que l'on se refuse, mais sur ce que l'on recherche : le bonheur ultime, stable et permanent, tel que le définit le Dalaï-Lama. Un bonheur qui, en dépit des hauts et des bas de l'existence, reste la pièce maîtresse.


Dans cette perspective, il est plus facile de prendre la bonne décision, car on agit pour se donner quelque chose à soi-même, et non pour s'en priver ou se le refuser. À partir de là, plutôt que de se mettre à l'écart, on va de l'avant. Plutôt que de rejeter l'existence, on y adhère pleinement. 


L'intime conviction de s'acheminer vers le bonheur exerce ses effets en profondeur, elle rend plus réceptif, elle ouvre à la joie de vivre. 



L'Art Du Bonheur — Extrait des entretiens (1982)

entre le Dalaï-Lama et Howard Cutler, Psychiatre et neurologue





 Dalaï-Lama —



 

19 mai 2026

≡ Un Cœur Paisible


Il faut que le calme ait sa source dans le cœur ; mais il y rentre plus facilement avec les vertus qui doivent l’accompagner. 


Dans le silence d’une retraite champêtre, on devient aisément bon et aimant ; au pied d’une forêt fraîche, au bord d’un ruisseau limpide, la tranquillité de la nature pénètre dans notre cœur, et, parmi les hommes, on est souvent plus tenté de se fuir soi-même que de fuir les autres. 


Être en paix avec soi-même, c’est être en paix avec le monde entier ; quand l’âme est paisible, les hommes et les choses se montrent à nous sous le meilleur point de vue. 


Quand la nature nous sourit, quand les sentiments de bienveillance qu’elle nous inspire remplissent notre cœur, il ne nous manque plus qu’un cœur pour partager notre félicité.


Les caractères paisibles trouvent plus de bonheur intérieur à la campagne que partout ailleurs. 


Nul palais, nulle cour brillante ne pourraient effacer la douleur de celui qu’on arracherait malgré lui à une douce et calme situation pour le transporter dans ce tourbillon du grand monde, où l’on trouve tant d’ennui, tant de mensonge, tant de fausses démonstrations et tant de haine.


C’est dans les campagnes qu’on retrouve encore l’amour, la bonne foi, les jouissances véritables et la simplicité de mœurs de nos aïeux. 


Voilà pourquoi Rousseau disait aux habitants des villes qu’il y avait dans la vie champêtre un charme particulier qu’ils ne connaissaient pas, et des plaisirs moins fades et moins grossiers qu’ils ne croyaient ; que là, on reconnaissait aussi le goût et la délicatesse ; qu’un homme de mérite qui se « retire à la campagne avec sa famille, qui se fait son propre fermier, passe là des jours plus doux que dans les assemblées les plus splendides ; qu’une honnête ménagère peut être à la campagne une femme pleine d’agréments et de grâces, préférables à toutes les grâces des grandes dames. »




— Extrait de : La solitude




  Johann Georg Zimmermann —