28 août 2026

≡ Isis, La Vierge D’Égypte

La Vierge de l’Apocalypse (XVIIIe siècle), huile sur toile de Michel A. Barlejo. Musée de Querétaro au Mexique. La vierge sur le point d’enfanter, entourée de la Lune, du Soleil et des Étoiles, est menacée par le dragon voulant dévorer l’enfant.


«Voici Venu Le Dernier Âge De La Cuméenne Prédiction; voici Que Recommence Le Grand Ordre Des Siècles Déjà Revient Aussi La Vierge, Revient Le Règne De Saturne. Déjà, Une Nouvelle Race Descend Du Haut Des Cieux. Cet Enfant Dont La Naissance Va Clore L’âge De Fer Et Ramener L’âge D’or Dans Le Monde Entier; Protège-Le Seulement, Chaste Lucien : Déjà Règne Ton Cher Apollon.»


Virgile (70-19 Av. J.-c), Quatrième Bucolique


L’histoire d’Isis, légende racine de l’Égypte ancienne, qui ne cessera de hanter l’imaginaire de l’Occident, tant la déesse partage de traits avec la Vierge Marie, s’inscrit-elle aussi dans ce scénario : 


Après deux quêtes opiniâtres, la déesse favorite des Égyptiens finit par retrouver et rassembler les morceaux épars de son frère-époux assassiné par Seth, le dieu du désordre.


Transformée en milan, elle parvient, seule, à réveiller les ardeurs génésiques du défunt, assimilé à la première momie. 


Isis vole au-dessus du phallus d’Osiris et, par sa puissance créatrice, par la force de son amour, elle parvient à «extraire la semence» du «dieu au cœur défaillant» afin de mettre au monde un fils.


La conception «Post Mortem» d’Horus, fils solaire né le 25 décembre de celle qui a tous les attributs d’une «Vierge Mère», est mentionnée très tôt dans les Textes des Pyramides, un corpus gravé sur les parois des caveaux de certaines pyramides, «vers 2380-2200 avant notre ère» et considéré comme la plus ancienne des compositions funéraires de l’humanité.


Mais il faut lire le fameux papyrus du Louvre n° 3079 pour comprendre que ce qu’a accompli Isis – considérée en Égypte comme «la grande magicienne» – est tout à fait exceptionnel : 


«O Osiris, je suis ta sœur Isis. Il n’y a ni Dieu ni déesse qui puissent faire ce que j’ai accompli. J’ai fait l’homme, bien que je sois une femme, pour que ton nom perdure sur la Terre; quand ton germe divin fut en moi, je le déposai à terre afin qu’il protège ton corps qu’il guérisse tes blessures et rende le mal à son auteur.»


C’est Justement D’Égypte Que Provient Le Traité De La Bibliothèque Copte De Nag-Hammadi Intitulé Le Tonnerre, Intellect Parfait. 


Ce discours auto déclaratoire, écrit deux cents ans après le Christ, met en scène une entité divine féminine, envoyée comme émissaire par la «Grande Puissance». 


Complexe à interpréter, cet écrit est néanmoins passionnant, puisque les textes anciens dont l’instance narrative est un personnage féminin sont très rares dans l’Antiquité.


Mais plus rares encore sont ceux dans lesquels un personnage féminin joue un rôle central dans la révélation du salut. 


L’autodescription de ce Féminin spirituel se fait à l’aide d’oxymores pour choquer l’auditoire par le non-conformisme des énoncés et l’inciter à chercher un sens nouveau : 


«Car c’est moi la première et la dernière. C’est moi celle qui est honorée et celle qui est méprisée. C’est moi la prostituée et la vénérable. C’est moi la femme et la vierge. C’est moi la mère et la fille. (...) C’est moi, celle dont les mariages sont multiples et je n’ai pas pris mari.» 


— (Traduction de Paul-Hubert Poirier.)



— Le Monde Des Religions (H.S)

— Extrait De «Les Grands Mythes De L’humanité»

— Florence Quentin






Aron O’Raney —



27 août 2026

≡ Écoute Ô Bien Aimé


Je suis la réalité du monde,
Le centre et la circonférence,

J’en suis les parties et le tout.


Je suis la volonté établie entre le Ciel et la Terre,
Je n’ai créé en toi la perception

Que pour être l’objet de ma perception.


Si donc tu me perçois, tu te perçois toi-même
Mais tu ne saurais me percevoir à travers toi.


C’est par mon œil que tu me vois et que tu te vois,
Ce n’est pas par ton œil que tu peux me concevoir.

Bien aimé,


Tant de fois, t’ai-je appelé,
Et tu ne m’as pas entendu
!

Tant de fois, me suis-je à toi montré,
Et tu ne m’as pas vu
!


Tant de fois me suis-Je fait douces effluves,
Et tu n’as pas senti,

Nourriture savoureuse
Et tu n’as pas goûté.


Pourquoi ne peux-tu m’atteindre
À travers les objets que tu palpes
?
Ou me respirer à travers les senteurs
?

Pourquoi ne me vois-tu pas?

Pourquoi ne m’entends-tu pas?

Pourquoi? Pourquoi? Pourquoi?


Pour toi mes délices surpassent
Tous les autres délices,

Et le plaisir que Je te procure
Dépasse tous les autres plaisirs.


Pour toi, Je suis préférable
À tous les autres biens.


Je suis
La Beauté


Je suis
La Grâce


Bien-aimé, aime-moi….






Ibn'Arabî —



26 août 2026

≡ De La Connaissance De Soi


Un homme dit : «Parle-nous de la Connaissance de Soi.»


il répondit : 


Votre cœur connaît en silence

Les secrets des Jours et des nuits.


Mais vos oreilles aspirent à entendre

La voix de cette connaissance dans votre cœur.


Vous voudriez savoir avec des mots

Ce que vous avez toujours su en pensées.


Et vous voudriez toucher du doigt

Le corps nu de vos rêves.


Et c’est bien qu’il en soit ainsi.


La Source secrète de votre âme doit jaillir

Et courir en murmurant Vers la mer;


Et les trésors de vos profondeurs infinies 

Voudraient se révéler à vos yeux.


Mais qu’il n’y ait pas de balance 

Pour peser votre trésor inconnu,


Ni de perche ou de sonde pour explorer

Le fond de votre connaissance.


Car le Moi est une mer sans limites ni mesures.


— Ne dites pas : 

«J’ai trouvé la vérité», 


Mais plutôt : 

«J’ai trouvé une vérité.»


— Ne dites pas : 

«J’ai trouvé le chemin de l’âme.» 


— Dites plutôt : 

«J’ai rencontré l’âme marchant sur mon chemin.»


Car l’âme marche sur tous les chemins.


Elle ne marche pas en droite ligne, 

Ni ne croît comme un roseau.


Elle se déploie, 

Tel un lotus 

Aux pétales innombrables.



— Le Prophéte, (70,71)






Khalil Gibran —