Chacun peut écrire chez soi ; mais celui qui veut composer un livre de philosophie ou un poème a besoin d’une pleine liberté.
Il faut qu’on le laisse seul ; il faut qu’il puisse suivre le cours de son inspiration, s’établir où bon lui semble,
En plein air ou dans sa chambre, à l’ombre des arbres ou dans son fauteuil.
Pour écrire avec bonheur,
Il faut y être porté par un besoin moral, par une certaine ardeur, et n’éprouver aucune contrainte.
Que si l’on est interrompu à tout instant,
Il faut se résigner et attendre un moment plus favorable.
On n’écrit pas bien si l’on n’est entraîné à écrire par une impulsion intérieure,
Si l’on n’épie les précieux instants où la tête est libre et le cœur animé ;
Il faut que la pensée alors soit plus vive, et qu’on éprouve une noble résolution qui brave les obstacles.
L’esprit embrasse avec force en ce moment tous les objets,
Les idées s’éclaircissent, et les expressions se présentent d’elles-mêmes.
Alors, on ne se dit pas :
« Dois-je écrire ou non? »
Il faut écrire, dût-on perdre l’affection de ses amis, la faveur des grands, détruire son repos domestique et anéantir sa fortune.
— Extrait de : « La Solitude »
—■ Johann Georg Zimmermann —


