31 juillet 2026

≡ La Solution N'est pas Dans Le Renoncement


Chaque fois que vous pratiquez le renoncement, vous vous dupez vous-même. Car chaque fois que vous renoncez à une chose, vous vous liez pour toujours à cette chose.


Un gourou indien raconte ceci :


Une prostituée, à chacune de ses visites, ne me parle que de Dieu. Elle dit : «J'en ai assez de la vie que je mène. Ce que je veux, c'est Dieu. Mais chaque fois que je rencontre un prêtre, il ne me parle que du sexe.» 


Lorsqu'on veut renoncer à quelque chose, on se lie pour toujours à cette chose. Lorsqu'on lutte contre quelque chose, on lui reste attaché pour toujours.


Tant que nous luttons contre une chose, nous lui donnons plein pouvoir sur nous-mêmes, autant de pouvoir que celui qu'on utilise pour lutter contre elle.


Cela inclut le communisme et les idéologies du même genre. 


Ce que je veux dire, c'est que vous devez «accueillir» vos démons, car, lorsque vous luttez contre eux, vous leur donnez plein pouvoir sur vous-même.


Ne vous a-t-on jamais dit cela?


Lorsque vous renoncez à une chose, vous vous liez à cette chose. Le seul moyen de s'en défaire n'est pas d'y renoncer, mais de voir clairement la chose. Si vous arrivez à connaître sa valeur réelle, vous ne devrez pas y renoncer; elle se détachera tout simplement d'elle-même.


Mais si vous ne comprenez pas cela, si vous restez hypnotisé par cette chose au point de croire qu'il n'y a pas de bonheur sans elle, vous resterez son prisonnier.


Ce que je peux faire pour vous n'a rien à voir avec ce que la soi-disant spiritualité attend de vous — soit le sacrifice et le renoncement. Ces deux attitudes seront sans effet et vous resterez endormi.


Ce que je peux faire pour vous est vous aider à comprendre, c'est tout.


Si vous comprenez, autrement dit si vous vous réveillez, vous perdrez tout simplement le désir de ces choses.



— Extrait de "Quand la conscience s'éveille"







Anthony De Mello —



30 juillet 2026

≡ Camus, Une Lettre De Son Instituteur…


«Je Serrerais Bien Fort Le Grand Garçon Que Tu Es Devenu Et Qui Restera Pour Moi Mon Petit Camus.»


Instituteur de Camus, qu'il appelait Moustique et qu'il faisait travailler tard le soir après les cours, M. Louis Germain a sans conteste changé le destin du jeune Albert. 


Après l'attribution du prix Nobel à son jeune protégé, il reçoit une lettre de remerciement de son ancien élève auquel il répond par ce vibrant témoignage sur l'écrivain en herbe et un plaidoyer retentissant en faveur de l'école laïque.



•— Une Lettre De Louis Germain À Albert Camus



Le 30 avril 1959



Mon cher petit,



(…) Je ne sais t'exprimer la joie que tu m'as faite par ton geste gracieux ni la manière de te remercier. Si c'était possible, je serrerais bien fort le grand garçon que tu es devenu et qui restera toujours pour moi «mon petit Camus».


(...) Qui est Camus? J'ai l'impression que ceux qui essayent de percer ta personnalité n'y arrivent pas tout à fait. Tu as toujours montré une pudeur instinctive à déceler ta nature, tes sentiments. Tu y arrives d'autant mieux que tu es simple, direct. Et bon par-dessus le marché! Ces impressions, tu me les a données en classe. 


Le pédagogue qui veut faire consciencieusement son métier ne néglige aucune occasion de connaître ses élèves, ses enfants, et il s'en présente sans cesse. Une réponse, un geste, une attitude sont amplement révélateurs. 


Je crois donc bien connaître le gentil petit bonhomme que tu étais, et l'enfant, bien souvent, contient en germe l'homme qu'il deviendra. Ton plaisir d'être en classe éclatait de toutes parts. Ton visage manifestait l'optimisme. 


Et à t'étudier, je n'ai jamais soupçonné la vraie situation de ta famille, je n'en ai eu qu'un aperçu au moment où ta maman est venue me voir au sujet de ton inscription sur la liste des candidats aux Bourses. 


D'ailleurs, cela se passait au moment où tu allais me quitter. Mais jusque-là tu me paraissais dans la même situation que tes camarades. Tu avais toujours ce qu'il te fallait. Comme ton frère, tu étais gentiment habillé. Je crois que je ne puis faire un plus bel éloge de ta maman.


J'ai vu la liste sans cesse grandissante des ouvrages qui te sont consacrés ou qui parlent de toi. Et c'est une satisfaction très grande pour moi de constater que ta célébrité (c'est l'exacte vérité) ne t'avait pas tourné la tête. 


Tu es resté Camus : bravo. J'ai suivi avec intérêt les péripéties multiples de la pièce que tu as adaptée et aussi montée : Les Possédés. Je t'aime trop pour ne pas te souhaiter la plus grande réussite : celle que tu mérites.


Malraux veut, aussi, te donner un théâtre. Je sais que c'est une passion chez toi. Mais.. , vas-tu arriver à mener à bien et de front toutes ces activités? Je crains pour toi que tu n'abuses de tes forces. Et, permets à ton vieil ami de le remarquer, tu as une gentille épouse et deux enfants qui ont besoin de leur mari et papa. 


À ce sujet, je vais te raconter ce que nous disait parfois notre directeur d'École normale. Il était très, très dur pour nous, ce qui nous empêchait de voir, de sentir, qu'il nous aimait réellement. «La nature tient un grand livre où elle inscrit minutieusement tous les excès que vous commettez.» 


J'avoue que ce sage avis m'a souventes fois retenu au moment où j'allais l'oublier. Alors dis, essaye de garder blanche la page qui t'est réservée sur le Grand Livre de la nature.


Andrée me rappelle que nous t'avons vu et entendu à une émission littéraire de la télévision, émission concernant Les Possédés. C'était émouvant de te voir répondre aux questions posées. Et, malgré moi, je faisais la malicieuse remarque que tu ne te doutais pas que, finalement, je te verrai et t'entendrai. Cela a compensé un peu ton absence d'Alger. 


Nous ne t'avons pas vu depuis pas mal de temps…


Avant de terminer, je veux te dire le mal que j'éprouve en tant qu'instituteur laïc, devant les projets menaçants ourdis contre notre école. 


Je crois, durant toute ma carrière, avoir respecté ce qu'il y a de plus sacré dans l'enfant : le droit de chercher sa vérité. Je vous ai tous aimés et crois avoir fait tout mon possible pour ne pas manifester mes idées et peser ainsi sur votre jeune intelligence. 


Lorsqu'il était question de Dieu (c'est dans le programme), je disais que certains y croyaient, d'autres non. Et que dans la plénitude de ses droits, chacun faisait ce qu'il voulait. 


De même, pour le chapitre des religions, je me bornais à indiquer celles qui existaient, auxquelles appartenaient ceux à qui cela plaisait. 


Pour être vrai, j'ajoutais qu'il y avait des personnes ne pratiquant aucune religion. Je sais bien que cela ne plaît pas à ceux qui voudraient faire des instituteurs des commis voyageurs en religion et, pour être plus précis, en religion catholique. 


À l'École normale d'Alger (installée alors au parc de Galland), mon père, comme ses camarades, était obligé d'aller à la messe et de communier chaque dimanche. Un jour, excédé par cette contrainte, il a mis l'hostie «consacrée» dans un livre de messe qu'il a fermé! 


Le directeur de l'École a été informé de ce fait et n'a pas hésité à exclure mon père de l'école. Voilà ce que veulent les partisans de «l'École libre» (libre, de penser comme eux). 


Avec la composition de la Chambre des députés actuelle, je crains que le mauvais coup n'aboutisse. Le Canard Enchaîné a signalé que, dans un département, une centaine de classes de l'École laïque fonctionnent sous le crucifix accroché au mur. 


Je vois là un abominable attentat contre la conscience des enfants. Que sera-ce, peut-être, dans quelque temps? Ces pensées m'attristent profondément.


Mon cher petit, j'arrive au bout de ma 4e page : c'est abuser de ton temps et te prie de m'excuser. Ici, tout va bien. Christian, mon beau-fils, va commencer son 27e mois de service demain!


Sache que, même lorsque je n'écris pas, je pense souvent à vous tous.


Madame Germain et moi vous embrassons tous quatre bien fort. 

Affectueusement à vous.




Louis Germain 







Aron O’Raney —



29 juillet 2026

≡ Parlons Un Peu Du Nirvãna


Le Nirvãna est L'État Qui Succède À La Cessation Des Passions Et De Leurs Causes.


Nirvãna signifie, État de paix, Délivrance du Samsãra, et fin du conditionnement avec «absence de naissance, de devenir et mort»; par delà le monde, c'est «l'autre rive».


En tibétain, Nirvãna se traduit par «au-delà de la souffrance».


Ce n'est pas le néant, mais le Bouddha n'en a pas donné de définition précise, car cet État transcende le néant et l'éternité, il est indicible, donc indescriptible.


— Le Nirvãna Dans Le Hinayâna.


Dans le Hinayâna «Le petit Véhicule» du Bouddhisme, le Nirvãna désigne l'état qui est atteint par «l'Arhat», Le méritant, le vainqueur de l'ennemi, celui qui a vaincu les passions.


C'est l'état d'extinction ou de cessation définitive des passions et de leurs causes. 


L'esprit se trouve délivré des trois impuretés : 


— Plaisirs des sens, 

— Devenir, 

— Ignorance, 


Source, et véritable cause des renaissances sans fin dans le Samsãra.


Quand un Arhat entre en Nirvãna, il n'a plus à renaître dans ce monde, car ses actes ne portent plus de fruit.


On Distingue Deux Types De Nirvãna :


— Le Nirvãna avec restes, est l'état de délivrance atteint par «l'Arhat», qui continue à vivre, mais avec encore les produits du Karma du Passé. Il n'est pas immunisé contre la souffrance, ou la maladie, alors que son Esprit, lui, est bien en Paix.


— Le Nirvãna sans reste, c'est l'état atteint par l'Arhat, lorsqu'il est enfin libéré définitivement de ses actes karmiques du Passé, à la sortie de l'existence, donc à sa mort.


— Le Nirvãna Dans Le Mahãyãna


Selon Le Mahãyãna, le «Grand Véhicule» du Bouddhisme, le Nirvãna de l'Arhat, n'est qu'un état inférieur du Nirvãna, Il ne correspond pas, à l'état de Bouddha pleinement éveillé.


Bien que les passions soient réellement vaincues, il subsiste encore une zone d'ombre, une infime ignorance; c'est pourquoi il qualifie cet état de «Nirvãna Statique».


Dans le Nirvãna du Mahãyãna, les passions sont éradiquées, mais la force de la Compassion engendre le refus de demeurer dans la «Paix Statique», Tant qu'il existe encore des Êtres à aider, tous ceux qui sont encore plongés dans le Samsãra.


Selon, Le «Grand Véhicule» Il Ne Peut Donc Y Avoir De «Nirvãna Définitif» Que Lorsque Tous Les Souffrants Du Samsãra En Seront Libérés.



— 16 juillet 2012







Aron O’Raney —