15 avril 2026

≡ Le Bagne Et L'Homme


Chaque enfant qu'on enseigne est un homme qu'on gagne.


Quatre-vingt-dix voleurs sur cent qui sont au bagne, Ne sont jamais allés à l'école une fois, Et ne savent pas lire, et signent d'une croix.


C'est dans cette ombre-là qu'ils ont trouvé le crime.


L'ignorance est la nuit qui commence l'abîme.


Où rampe la raison, l'honnêteté périt.


Dieu, le premier auteur de tout ce qu'on écrit, a mis, sur cette terre où les hommes sont ivres, les ailes des esprits dans les pages des livres.


Tout homme ouvrant un livre y trouve une aile, et peut

Planer là-haut où l'âme en liberté se meut.


L'école est sanctuaire autant que la chapelle.


L'alphabet que l'enfant avec son doigt épelle contient sous chaque lettre une vertu; le cœur s'éclaire doucement à cette humble lueur.


Donc, au petit enfant, donnez le petit livre.


Marchez, la lampe en main, pour qu'il puisse vous suivre.


La nuit produit l'erreur et l'erreur l'attentat.



Faute d'enseignement, on jette dans l'état, des hommes animaux, têtes inachevées, tristes instincts qui vont les prunelles crevées, aveugles effrayants, au regard sépulcral, qui marchent à tâtons dans le monde moral.


Allumons les esprits, c'est notre loi première, et du suif le plus vil faisons une lumière.


L'intelligence veut être ouverte ici-bas; le germe a droit d'éclore; et qui ne pense pas, ne vit pas.


Ces voleurs avaient le droit de vivre.


Songeons-y bien, l'école en or change le cuivre, tandis que l'ignorance en plomb transforme l'or.


Je dis que ces voleurs possédaient un trésor, leur pensée immortelle, auguste et nécessaire; je dis qu'ils ont le droit, du fond de leur misère, de se tourner vers vous, à qui le jour sourit, et de vous demander compte de leur esprit;


Je dis qu'ils étaient l'homme et qu'on en fit la brute; je dis que je nous blâme et que je plains leur chute; je dis que ce sont eux qui sont les dépouillés; je dis que les forfaits dont ils se sont souillés ont pour point de départ ce qui n'est pas leur faute; pouvaient-ils s'éclairer du flambeau qu'on leur ôte ?


Ils sont les malheureux et non les ennemis.


Le premier crime fut sur eux-mêmes commis; on a de la pensée éteint en eux la flamme : et la société leur a volé leur âme.



Texte écrit après la visite d'un bagne

Les quatre vents de l'esprit





— Victor Hugo —




≡ Nice, Le Palais Nikaïa

Les équipes du Palais Nikaïa travaillent toute l'année pour proposer une programmation éclectique (crédit : Fab.P.).


🎤 L'entretien : «Une programmation qui touche tous les publics»


Depuis plus d'un an, Sylvain Le Floch est le directeur du Palais Nikaïa, qui accueille près de 80 rendez-vous à l'année à Nice. 


La plus grande salle de spectacle sur la Côte d'Azur célèbre ses 25 ans, mais pour la fête, il faudra sûrement attendre les 30... Il faut dire que le rythme est effréné. Et cela fait de nombreuses années que cela dure.


Quelle Est La Particularité Du Palais Nikaïa ?


«C'est une grande salle qui n'a pas l'appellation Zénith, mais qui en a les capacités. 


C'est le vaisseau amiral des grands concerts sur la Côte d'Azur. Nous avons une vocation populaire avec la volonté d'offrir une programmation qui touche tous les publics. Il faut que chacun puisse trouver une proposition intéressante pour venir. On veut être le plus éclectique possible. 


On va de la Pat'Patrouille à Lara Fabian, Kendji ou Santa. On a fait aussi Gojira et Lenny Kravitz. Nous sommes une régie municipale. On exploite ce bâtiment qui appartient à la Ville de Nice pour le compte de la Ville de Nice et des Niçois. 


La grande force du Nikaïa, c'est sa conception. On peut faire entrer des semi-remorques dans la fosse grâce à une porte monumentale. Le fond de la salle n'est pas un mur, mais bien une grande entrée qui donne sur le stade Charles Ehrmann que l'on peut utiliser pour de très grands concerts en extérieur. 


Le cadre est parfait et les équipes techniques apprécient beaucoup le lieu. Ce n'est pas anecdotique, car ce sont des métiers et des vies compliquées. Notre rôle est de bien accueillir les visiteurs, mais aussi ceux qui performent et travaillent.»



Comment Travaillez-Vous ?


«Proposer une programmation est un travail de longue haleine. Cela se construit parfois des années à l'avance avant d'avoir un artiste à l'affiche officiellement. 


Le Nikaïa a 25 ans ! Il a donc un nom reconnu des grandes productions françaises et internationales qui partent sur la route. 70 % des dossiers que nous traitons sont des demandes. Quand un producteur construit une tournée, il se renseigne sur les disponibilités des salles. 


Puis, il y a aussi une grosse cellule de veille. On regarde ce qui se passe sur les réseaux sociaux des artistes, sur leur actualité, et en fonction, on prend les devants pour proposer le Nikaïa. C'est comme un Lego géant. 


Notre rôle, c'est que tout s'imbrique parfaitement. Au total, nous sommes six à travailler au Palais ! Mais évidemment, pour chaque événement, les effectifs montent en puissance selon les spécialités : intermittents, sécurité, agents d'accueil. 


Au final, on est près de 150 dès que le spectacle commence. Quand on accueille 8.000 personnes et qu'on veut garantir une expérience visiteur maximale, c'est forcément un peu de stress ; mais tout est réglé et préparé soigneusement et chacun connaît sa partition.»


La Place De Nice ?


«Le regard a changé. À une époque, le fait d'être dans le coin sud-est pouvait freiner certaines productions. Mais, depuis la Covid le taux de remplissage des salles est en croissance permanente. 


L'actualité mondiale est morose dès qu'on allume la télévision, donc on voit bien que le public a besoin de s'offrir un peu de joie, de sortir et de rire. Nikaïa est une salle qui se remplit très bien. Sur le routing, une fois dans un axe nord-sud, arrivées à Marseille, les tournées ont plus tendance à partir vers Montpellier. 


Mais il y a un intérêt croissant pour Nice et on souffre moins de ça. On est proche de l'Italie. L'été, c'est un peu plus calme parce que les artistes jouent dans les festivals. Le reste du temps, c'est la course avec parfois cinq dates sur la même semaine !»



– 1 avril 2026

– Source : L'Essentiel Nice





Aron O’Raney —




14 avril 2026

≡ Un Martyr De La Foi En Algérie

Vénérable Geronimo (1534-1569)


Léon XIV se rend en Algérie du 13 au 15 avril. Sa route croisera celle des martyrs chrétiens, connus ou méconnus... Le vénérable Geronimo en fait partie: il a été emmuré vivant à Alger.


Nous sommes en 1846, au début de la colonisation française. La bibliothèque d'Alger a été fondée il y a quelques années à peine quand son premier conservateur, Adrien Berbrugger, un érudit, exhume un récit oublié : celui d'un jeune Arabe prénommé Geronimo, converti au catholicisme et martyrisé en 1569.


Les détails de son calvaire ont marqué les esprits. Ils ont été rapportés quelques décennies plus tard par un bénédictin espagnol, Diego de Haëdo, dans ses Dialogo de los Martires (1616). Sans lui, l'histoire de Geronimo aurait sans doute fini aux oubliettes...


Enlevé près d'Oran par une razzia espagnole, vers 1536, l'enfant de trois ans est vendu au marché aux esclaves de la Ville. Un religieux lazariste, Jean Caro, le rachète — comme le faisaient des ordres religieux, tels que les mercédaires ou les trinitaires, il l'élève et le baptise du nom de Geronimo. 


Huit ans après, les Maures s'emparent de lui et le ramènent dans sa tribu. Il redevient musulman, mais les souvenirs de sa foi chrétienne et les soins de l'abbé Caro se ravivent en lui et ne le laissent plus en paix. À 25 ans, il se sauve et se jette dans les bras de son père spirituel. Celui-ci le réconcilie avec l'Eglise, le marie et lui obtient une place dans l'escadron espagnol en Algérie. 


Au cours d'une mission militaire, en 1569, Geronimo est fait prisonnier et tombe entre les mains du dey Eudj Ali, un renégat calabrais qui a juré une haine à mort aux chrétiens.


Geronimo résiste aux menaces, aux mauvais traitements et aux fausses promesses des ulémas, les docteurs de la Loi coranique. «Ces malheureux pensent qu'ils me feront devenir musulman. Non, je ne le serai jamais, quand je devrais y perdre la vie», aurait-il dit à un compagnon. 


Comme il ne cesse de proclamer son attachement à la foi chrétienne, il est condamné à être emmuré vif, dans la muraille en construction du fort de Bab El Oued — dit des «Vingt-Quatre Heures» en souvenir justement des 24 heures de martyre de Geronimo. «Je veux ‹empeser› le corps de ce porc qui refuse une autre fois de retourner à la religion de Mahomet», dit le pacha. «Dieu soit béni pour toutes ces choses, lui répond Geronimo. Notre Seigneur est digne de se souvenir de mon âme et de me pardonner mes péchés. Je vous demande à tous de me recommander à Dieu.» 


Et le forfait fut accompli. Geronimo avait 33 ans. C'était le 18 septembre 1569. «Jamais je n'aurais cru que ce chrétien recevrait la mort avec tant de courage», affirma Eudj Ali en rentrant dans son palais. 


Trois siècles plus tard, la découverte de son squelette le 27 décembre 1853, lors de la destruction de l'enceinte du fort par les Français, suscite une grande émotion. 


L'archevêque d'Alger, Mgr Pavy, ainsi que les autorités civiles viennent reconnaître le corps: il porte encore les restes de la corde qui lui avait lié les poignets... Le prélat obtient du pape Pie IX que Geronimo soit déclaré vénérable et martyr de la foi, le 30 mars 1854. 


Cette année-là, le 28 mai, ses reliques sont transférées en grande pompe devant des milliers de personnes dans une chapelle de la cathédrale Saint-Philippe d'Alger, devenue mosquée en 1962. Son corps repose aujourd'hui dans une chapelle de la basilique Notre-Dame d'Afrique, qui surplombe la baie et où se rendra Léon XIV le 13 avril.



— 8 avril 2026

— Source: Lejddnews

— Un article de : Aymeric Pourbaix —





Aron O’Raney —