08 août 2026

≡ Le Bon Égoïsme


— La première chose que je désire vous faire comprendre, à condition bien sûr que vous vouliez vraiment vous réveiller, est que vous ne voulez pas de ce réveil.


La première étape du réveil consiste à être suffisamment honnête pour reconnaître que l’on n’aime pas du tout cela. On ne veut pas être heureux.


Vous en voulez la preuve?


Alors, livrons-nous à un petit test. Cela ne prendra qu’une minute. Vous pouvez fermer les yeux ou les garder ouverts, cela n’a pas d’importance.


Pensez à une personne que vous aimez beaucoup, qui vous est très proche, qui vous est précieuse, et dites-lui en pensée : «Je préférerais avoir le bonheur plutôt que de t’avoir, toi.»


Que ressentez-vous?


«Je préférerais être heureux plutôt que de t’avoir, toi. Si j’avais le choix, je choisirais le bonheur.»


Combien d’entre vous ont eu l’impression de faire preuve d’égoïsme en prononçant ces paroles?


Un grand nombre de personnes, semble-t-il. Comprenez-vous à quel point votre cerveau a été programmé au point de penser : «Comment puis-je être aussi égoïste?» Mais regardez plutôt ceux qui sont vraiment égoïstes.


Imaginez que l’on vous dise :

«Comment peux-tu être assez égoïste pour me préférer le bonheur


N’avez-vous pas envie de répondre : 

«Excuse-moi, mais comment peux-tu être assez égoïste pour exiger que je te choisisse, toi, plutôt que le bonheur


Une dame m’a raconté que, lorsqu’elle était enfant, un de ses cousins jésuite avait dirigé une retraite dans une église du Milwaukee. Il commençait chaque causerie par ces mots : «L’épreuve de l’amour est le sacrifice, et la mesure de l’amour est la générosité...


Quelle merveille! 


Alors j’ai demandé cette dame : «Voudriez-vous que je vous aime au prix de mon bonheur? — Oui», me répondit-elle.


Merveilleux, n’est-ce pas?


Elle m’aimerait au prix de son bonheur, je l’aimerais au prix de mon bonheur, et nous deviendrions ainsi deux personnes malheureuses!

Vive l’amour!



— Extrait de "Quand la conscience s’éveille"






Anthony De Mello —



07 août 2026

≡ Camus, Lettre À Francine Faure


«Je Viens De Terminer Mon Roman [L’Étranger] Et Je Suis Trop Énervé Pour Songer À Dormir.»


Albert Camus est au-delà de son œuvre romanesque, dramatique et théorique, un écrivain dont la stature, la noblesse et la grandeur transparaissent dans sa correspondance.Dans cette lettre, écrite à Paris en pleine guerre, Camus, exténué et insatisfait, annonce à Francine, sa future épouse, la grande nouvelle : il a fini L’étranger! Un immense écrivain vient de naître.



— Une Lettre D’Albert Camus À Francine Faure, Sa Future Épouse



30 avril 1940



Je t’écris dans la nuit. Je viens de terminer mon roman et je suis trop énervé pour songer à dormir. Sans doute, mon travail n’est pas fini. J’ai des choses à reprendre, d’autres à ajouter, d’autres à réécrire. Mais le fait est que j’ai fini et que j’ai tracé la dernière phrase. […] J’ai ce manuscrit devant moi et je pense à ce qu’il m’a coûté d’effort et de volonté — combien il a fallu lui être présent, sacrifier d’autres pensées, d’autres désirs pour rester dans son climat. 


Je ne sais pas ce qu’il vaut. À certains moments, ces temps-ci, certaines de ses phrases, son ton, ses vérités me traversaient comme des éclairs. Et j’en étais terriblement orgueilleux. Mais à d’autres moments, je n’y vois que des cendres et des maladresses. Je suis trop imbibé de cette histoire. Je vais mettre ces papiers dans mon tiroir et commencer à travailler mon essai. Dans quinze jours, je ressortirai tout cela, je retravaillerai ce roman. 


Je le ferai lire ensuite. Je ne veux pas trop m’attarder dessus parce qu’en réalité, je le porte depuis deux ans et j’ai bien vu à la façon dont je l’écrivais qu’il était tout tracé en moi. Cela va faire deux mois que j’y travaille tous les jours et une partie de mes nuits. Chose curieuse, je sortais pour aller au journal, j’abandonnais une page à demi écrite et à mon retour, sans un effort, parfaitement lucide, je reprenais ma phrase et je continuais. 


Je n’ai jamais rien écrit avec cette continuité et cette facilité. Je dors mal en ce moment et j’ai des insomnies. Aux moments où je me réveille, il m’arrive de voir clairement toute une suite d’œuvres que j’écrirai comme celle-ci, sous la dictée, et comme si maintenant tout était clair dans mes projets et dans l’univers que je voudrais illustrer.


Ce soir, je suis crevé. Ces temps-ci je me demandais si le travail de Paris ne me fatiguait pas trop. Mais en réalité, ce roman est aussi bien responsable parce qu’il m’a demandé cet effort continu qui m’apparaissait facile et qui m’épuisait en réalité.


Le plus drôle est que je ne sais même pas si je suis content. Pourtant, c’est la seule chose qui puisse me mettre au-dessus de moi et je crois que je pardonnerai tout à Paris pour m’avoir permis de vivre ainsi enfermé tout entier dans ce que je faisais. 


Même si cela n’avait pas de valeur, la joie même du travail en a une que personne ne peut détruire et c’est celle-là qui m’a fatigué. J’imagine cependant que le lecteur de ce manuscrit sera au moins aussi fatigué que moi et je ne sais pas si la continuelle tension qu’on y sent ne découragera pas beaucoup d’esprits. Mais la question n’est pas là. J’ai voulu cette tension et je me suis employé à la rendre. Je sais qu’elle y est. Je ne sais pas si cela t’est beau. […]


Pour le reste, rien n’est changé. […] Les soirs de printemps sont ici visqueux et pluvieux. Je pense à une phrase de mon roman : «Là-bas, là-bas aussi, le soir était comme une trêve mélancolique.» Si tu savais comment j’ai envie des soirs d’Alger ou d’Oran — et comme j’ai envie de cette trêve devant la mer. 


Mais il a encore tout un été et tout un hiver ici avant de pouvoir partir quelques semaines et retrouver un ciel vert. Tout cela est bien loin et je n’arrive pas à croire que je pourrai y arriver. Peut-être est-ce pour cela que je n’ai pas sauté de joie aussitôt cette chose finie. […]



Albert Camus.


Mercredi. Cette lettre est infecte et illisible. Je te l’envoie quand même. J’étais trop énervé hier pour l’écrire correctement.






Albert Camus —



06 août 2026

≡ Aspires À Ta Libération


Jour après jour, tu deviens de plus en plus empli et imprégné de la conscience du Christ. 


Tu es capable de marcher dans la lumière et de devenir un avec la lumière jusqu’à ce qu’il n’y ait plus d’obscurité en toi, et, au fil de ce processus, tu apportes plus de lumière dans le monde. 


Tu dois te rendre compte que tout commence en toi. 


Tu dois mettre ta propre maison en ordre d’abord, et tu dois avoir foi et confiance que tu peux le faire et puis le faire. 


C’est ce qui est en toi qui se reflète au-dehors. 


Ce n’est pas une chose pour laquelle il faut lutter, c’est quelque chose qui arrive juste comme ça, si seulement tu la permets et emplis ton cœur et ton mental d’amour et de compréhension. 


Cet état de conscience élevé est dans l’air même que tu respires. 


Inspire-le profondément et laisse ton Être tout entier en être rempli.


C’est si grand que tu ne peux pas le contenir; donc expire-le, et ainsi maintiens-le en mouvement et en croissance.



— La Petite Voix, Méditations





Eileen Caddy —