31 mars 2026

≡ Le Monopole De La Souffrance


Je me demande pourquoi la souffrance n’accable qu’une minorité. 


Y a-t-il une raison à cette sélection qui isole, parmi les individus normaux, une catégorie d’élus destinés aux supplices les plus effroyables?


Certaines religions affirment que la souffrance est le moyen dont se sert la Divinité pour vous éprouver, ou pour vous faire expier un péché.


Cette conception peut valoir pour un croyant, mais celui qui voit la souffrance frapper indifféremment les purs comme les innocents ne saurait l’admettre.


Rien ne peut justifier la souffrance, et vouloir la fonder sur une hiérarchie des valeurs est strictement impossible, à supposer qu’une telle hiérarchie puisse exister.


L’aspect le plus étrange des souffrants réside dans leur croyance en l’absolu de leur tourment, qui leur donne le sentiment d’en détenir le monopole.


J’ai la nette impression d’avoir concentré en moi toute la souffrance de ce monde et d’en avoir l’exclusive jouissance, et ce, bien que je constate des souffrances encore les plus atroces, qu’on peut mourir en perdant des lambeaux de chair, s’émietter sous ses propres yeux; des souffrances monstrueuses, criminelles, inadmissibles.


On se demande comment elles peuvent advenir, et, puisqu’elles adviennent, comment parler encore de finalité et autres balivernes. 


La souffrance m’impressionne tant que j’en perds presque tout courage. 


Je ne puis comprendre la raison de la souffrance dans le monde; qu’elle dérive de la bestialité, de l’irrationalité, du démonisme de la vie, en explique la présence, mais n’en fournit pas la justification. Il est donc probable que la souffrance n’en a aucune, de même que l’existence en général.


L’existence devrait-elle être? 

Ou bien a-t-elle une raison purement immanente?

L’être n’est-il qu’être?

Pourquoi ne pas admettre un triomphe final du non-être? 

Pourquoi ne pas admettre que l’existence chemine vers le néant et l’Être vers le Non-Être?


Voilà un paradoxe à la taille de celui de ce monde. […]


— Extraits de : « Sur les cimes du désespoir » 1934




Emil Cioran —




≡ La Sagrada Família

La Sagrada Família, monument emblématique de Barcelone. © basiczto, Adobe Stock


— Un siècle après la mort de Gaudí, la Sagrada Família s’apprête enfin à vivre un jour historique


Les Barcelonais, l’Espagne et tous les fans de la Sagrada Família s’apprêtent à vivre un événement historique, sans doute le plus attendu depuis la pose de la première pierre voilà 144 ans. L’inauguration future de l’église la plus emblématique du monde prouve que son achèvement n’a jamais été aussi proche…


Le 10 juin 2026 n’est pas une date fortuite pour inaugurer la cathédrale. Ce jour-là marquera le centenaire de la mort de Gaudí, disparu à 73 ans, renversé par un tramway à quelques pas de son église qui ne s’élevait alors qu’au quart de sa taille actuelle.


Il y eut un soir, il y eut (surtout) un matin…


Ce matin, si spécial est celui du 20 février dernier. Alors que Barcelone s’éveillait, une pièce de 4,5 m de haut en céramique blanche s’élevait dans le ciel au bout d’une grue. Une occasion réunissant une centaine de Barcelonais et de curieux venus observer le dernier ballet qui clôt l’installation de la croix tridimensionnelle coiffant la tour de Jésus-Christ — dotée de 4 bras pour être visible des 4 coins de la ville.


L’intérieur du bras supérieur abrite la sculpture « l’Agneau de Dieu » de l’artiste italien Andrea Mastrovito, une volonté de Gaudí, très croyant, de le représenter au centre de la croix. L’œuvre pourra être vue depuis l’intérieur de la cathédrale.


Une croix qui couronne la cathédrale barcelonaise


La structure de la croix de la tour de Jésus-Christ a été fabriquée en Allemagne en béton et acier inoxydable. Les quatorze éléments qui la composent ont ensuite rejoint Barcelone pour être recouverts d’une mosaïque blanche émaillée, produite dans des ateliers de Catalogne.


À travers ces matériaux, la volonté d’Antoni Gaudí pourra ainsi être exaucée, lui qui souhaitait que la croix puisse « briller le jour et illuminer la nuit », comme l’explique le site officiel de la Sagrada Família.


Chacun des bras mesure 4,40 x 4,50 x 4,50 m pour 11,30 tonnes et le noyau à 6 faces atteint 4,70 m pour 16,5 tonnes. À elle seule, la croix entière culmine à 17 m de hauteur pour 13,5 m de large et couronne la Sagrada Família, cathédrale la plus haute du monde.


La cathédrale la plus proche du ciel


L’ultime pièce de la croix de la tour de Jésus-Christ élève la Sagrada Família à 172,5 m de hauteur — devant l’édifice religieux d’Ulm en Allemagne : 161,53 m.


 La Sagrada Família et la tour de Jésus-Christ avant son « couronnement » de la croix blanche. © bydronevideos, Adobe Stock


Conformément au souhait de Gaudí, « sa » cathédrale ne dépasse pas les 177 m de la colline de Montjuïc, qu’il considérait comme « l’œuvre de Dieu » (selon Le Figaro avec AFP).


L’intérieur de la Sagrada Família, coloré comme le souhaitait Gaudí. © san724, Adobe Stock


La tour de Jésus-Christ culmine au-dessus de dix-sept autres : douze d’entre elles représentent les apôtres, quatre sont dédiées aux évangélistes et une symbolise la Vierge Marie. Un ensemble à l’allure moderne qui définit, au fur et à mesure qu’il s’élève depuis plus d’un siècle, la skyline de Barcelone.


Un chantier mythique


Débuté le 19 mars 1882, le chantier de la Sagrada Família semble ne jamais cesser. Celle qui est désormais indissociable de l’identité de Barcelone n’est pas seulement unique pour la durée de sa construction. Elle ne s’articule pas comme toutes les cathédrales et chacune de ses façades évoque un des épisodes de la vie de Jésus.


Dans la conception de la Sagrada Família, Gaudí ne laisse pas de place au vide, puisque les cinq nefs, les trois façades et les dix-huit tours sont un hymne à la nature et à la symbolique chrétienne.


À travers les artisans qui ont œuvré pour sa construction et les personnes ayant inspiré l’artiste pour créer les figures bibliques, l’édifice n’en est pas moins un reflet des habitants de Barcelone.


La tour de Jésus-Christ de la Sagrada Família en chantier, bientôt inaugurée en juin prochain. © Mark, Adobe Stock


L’intérieur de la tour de Jésus-Christ n’est pas achevé et son extérieur reste habillé de grues et d’échafaudages, devant être retirés pour l’inauguration de la tour en juin.


Si le chantier de la cathédrale ambitionnait d’être complètement terminé en 2026, lépidémie de Covid-19 a repoussé son achèvement de quelques années et sa dernière pierre devrait être posée en 2034.




— Source : Futura Sciences

—7 mars 2026




Aron O’Raney —




 

30 mars 2026

≡ La Plénitude De L’Éveillé


Quand il est occupé avec les objets et les sens de l’état de veille, quand il s’envole dans le rêve et qu’il jouit de ses objets, ou quand il perçoit la félicité ininterrompue du sommeil profond, le sage, dont l’ignorance a été abolie par l’initiation de son guru, n’est plus le jouet de l’illusion.


Quand il est nu, quand il est vêtu comme un Dieu, ou quand il porte autour des reins une peau de bête, magnanime, sans souci, causant la joie dans le cœur de ses proches, le sage, dont l’ignorance a été abolie par l’initiation de son guru, n’est plus le jouet de l’illusion.


Quand il est établi en sattva, quand, toujours à l’aise, il est en contact avec la nature de rajas, ou celle de tamas, ou quand, il s’affranchit de ces trois modalités cosmiques, toujours pur, tantôt dans le courant de l’existence conditionnée, tantôt se prélassant dans le sentier de la révélation, le sage, dont l’ignorance a été abolie par l’initiation de son guru, n’est plus le jouet de l’illusion.


Quand il garde le silence ou quand il se montre enclin à parler, quand sa félicité intime le fait rire aux éclats ou suspend sa voix, ou bien quand il examine avec intérêt quelque affaire mondaine, le sage, dont l’ignorance a été abolie par l’initiation de son guru, n’est plus le jouet de l’illusion.


Quand il verse des gorgées de vin subtil dans les bouches en lotus épanouis des shakti, ou quand il en absorbe lui-même avec sa bouche, montrant ainsi, que le mien et le tien n’entachent pas la nature non duelle, le sage, dont l’ignorance a été abolie par l’initiation de son guru, n’est plus le jouet de l’illusion.



— Traduction du sanskrit de René Allard





Adi Shankaracharya —