28 juillet 2026

Lettre À Mon Ami JP



Mon cher ami,




J’ai reçu ta lettre avec une immense émotion. 


Tes mots m’ont profondément touché et fait pleurer.


En te lisant, et en pensant à ce lien si précieux qui nous unit à travers les années, une image m’est venue à l’esprit :


«Les bonnes personnes sont comme des épis de blé bénis et authentiques ; même en vieillissant, elles deviennent ce blé sacré qui nourrit l’âme et le corps.»


Tu es, pour moi, cet épi précieux.


Ta sagesse et ta présence continuent de m’apporter tant de force et réconciliation avec cette vie.


Merci d’être ce repère si noble dans ma vie.


Prends bien soin de toi. 


Je t’embrasse affectueusement.





— Elias



27 juillet 2026

≡ Boualem Sansal «La Légende»


— Depuis deux siècles, le temps des Lumières, la littérature a déplacé la conscience politique du monde.


Lorsque Victor Hugo part en exil, il ne devient pas seulement un proscrit. Il devient une tribune. Il transforme son bannissement en accusation permanente. Son œuvre fait entrer l'idée que la légitimité ne réside pas toujours du côté du pouvoir, mais parfois du côté du banni. 


Lorsque Émile Zola écrit «J'accuse», il ne corrige pas seulement une injustice. Il internationalise la morale publique. Il montre qu'un écrivain peut contraindre un État à se regarder dans un miroir. 


Lorsque Alexandre Soljenitsyne révèle l'archipel des goulags, il ne publie pas un livre : il fracture un système. Le goulag existait avant lui. Après lui, il ne pourra plus être ignoré. 


Lorsque Václav Havel passe de la dissidence à la présidence, il démontre que la parole longtemps considérée comme subversive peut devenir fondement d'un ordre nouveau. 


Lorsque Salman Rushdie est condamné à mort pour une fiction, c'est la preuve que l'imaginaire dérange autant que le manifeste.


Il n'y a pas que les États pour tenter de faire taire un écrivain. Les régimes changent. Les orthodoxies demeurent. 


Albert Camus n'a pas connu la prison d'un pouvoir autoritaire. Il a connu autre chose : l'isolement, la mise au ban, la suspicion morale. Dans le microcosme intellectuel dominé par Jean-Paul Sartre et par une gauche fascinée par les révolutions lointaines, Camus devint l'homme à contester. 


On ne l'emprisonna pas. On tenta de le disqualifier. 


Il paya son refus des absolus. Il paya son attachement à une mesure que l'époque jugeait tiède. Il paya surtout son refus de sacrifier l'homme concret aux abstractions idéologiques. 


On peut réduire un écrivain au silence par la censure. On peut aussi tenter de le réduire par l'ostracisme, par le soupçon, par l'intimidation symbolique.


Aujourd'hui encore, il n'y a pas que les États pour brimer une parole. Il existe des tribunaux d'opinion. Des coalitions morales. Des orthodoxies impatientes. 


La liberté d'expression ne se heurte pas seulement aux prisons. Elle se heurte aux meutes.



— Extraits de «La Légende.» 

— Éditions Grasset






Boualem Sansal —



26 juillet 2026

≡ Impermanence Et Existence


Rien de ce qui existe dans le monde où nous vivons ne demeure identique à lui-même.


Cette vérité se retrouve dans nombre de traditions philosophiques et spirituelles, elle s'observe évidemment dans le quotidien.


Aucun rapport n'existe entre nous et le changement constant observé autour de nous.


Les saisons changent.

La montagne subit l'érosion.

Les étoiles vivent et s'éteignent.

De la naissance à la vieillesse, le corps se transforme.


Si j'accepte le principe que tout est changement, y compris moi, l'idée de permanence ne se pose plus. Ce qui pourrait me sembler stable ne l'est qu'à l'échelle de ma seule perception.


L'impermanence de notre existence est traversée par le changement.


Les émotions surgissent puis s'évanouissent.

Joies et peines se succèdent.

Les relations évoluent.

Les convictions se transforment.

Notre personnalité évolue. 


Naissance, vieillesse, et mort. Je ne suis plus le même qu'il y a dix ans.


Le changement est autour de nous. Tout se corrompe, cataclysmes, guerres, famines, insécurité, tout est changement constant.


Dans les institutions, dans la morale, dans les théories politiques, économiques, et sociales, tout change.


Dans le bouddhisme…


L'impermanence (anicca) est l'une des trois caractéristiques fondamentales de l'existence. 


La souffrance naît souvent du désir de retenir ce qui est destiné à changer.


La sagesse consiste à reconnaître lucidement que toute chose est transitoire. Cette compréhension ouvre ainsi la voie à une plus grande liberté intérieure.


Méditer sur l'impermanence permet de mieux accueillir les événements sans trop s'y attacher.


L'impermanence est aussi porteuse d'espérance…


Une douleur finira par disparaitre

Une situation difficile n'est pas définitive


Sans impermanence, il n'y aurait ni évolution, ni guérison, ni renaissance.


Si chaque instant est unique et ne revient jamais sous la même forme, alors chaque rencontre, chaque paysage, chaque parole acquiert une valeur particulière.


Selon les traditions, l'impermanence reçoit une interprétation différente.


Dans les traditions orientales, elle est souvent considérée comme une vérité fondamentale dont la compréhension conduit à la libération intérieure.


Dans les traditions monothéistes, le monde créé est lui aussi soumis au changement, seul le divin est immuable et éternel. 


En définitive, l'impermanence est une expérience universelle. 


L'accepter ne signifie pas se résigner, c'est apprendre à vivre le changement avec lucidité. Elle nous enseigne que chaque instant, parce qu'il est éphémère, mérite d'être vécu avec attention.



— 17 juillet 2026






Aron O’Raney —