23 avril 2026

≡ En Parlant De Cette Vie…


La Vie Nous Enlève Et Nous Emporte D'un Endroit À Un Autre, La Destinée Nous Déplace D'un Endroit À Un Autre. Et Nous, Pris Entre Les Deux, Nous Entendons Des Voix Effrayantes Et Ne Voyons Que Ce Qui Se Dresse Comme Une Entrave Et Un Obstacle Sur Notre Chemin. 


La Beauté se révèle à nous, assise sur son trône de gloire, mais nous l'approchons au nom de la Concupiscence, nous lui arrachons sa couronne de pureté et souillons sa robe par nos malfaisances. 

 

L'Amour passe près de nous, vêtu de docilité, mais nous le fuyons, apeurés, ou bien nous nous cachons dans l'obscurité, ou encore nous le poursuivons pour commettre le mal en son nom. 

 

Même le plus sage d'entre nous ploie sous le poids pesant de l'Amour, mais, en vérité, il est aussi léger que la brise folâtre du Liban. 

 

La Liberté nous convie à sa table, où nous pouvons partager ses mets savoureux et son vin capiteux; mais quand nous nous attablons, nous mangeons avec voracité et nous nous gorgeons. 

 

La Nature vient vers nous avec des bras accueillants et nous invite à apprécier sa beauté; mais nous redoutons son silence et nous précipitons vers les villes encombrées, pour nous entasser là comme des moutons fuyant un loup féroce. 

 

La Vérité nous appelle, à travers le rire innocent d'un enfant ou le baiser d'un être aimé; mais nous lui fermons au nez les portes de l'Affection et la traitons comme une ennemie. 

 

Le cœur humain crie à l'aide, l'âme humaine implore la délivrance; mais nous ne prêtons pas attention à leurs cris, car nous n'entendons ni ne comprenons. 

 

Celui qui entend et comprend, nous le traitons de fou et le fuyons. 

 

Ainsi passent les nuits, nous vivons dans l'inconscience, tandis que les jours nous saluent et nous enlacent. 

 

Mais nous vivons dans la peur constante du jour et de la nuit.  

 

Nous nous accrochons à la Terre, alors que la porte d'accès au cœur du Seigneur est grande ouverte. 

 

Nous piétinons le pain de la Vie, alors que la faim ronge nos cœurs. 

 

Comme la Vie est bonne pour l'Homme! 

 

Et pourtant, comme l'Homme se tient à l'écart de la Vie!



— Extrait de «La voie de l'éternelle sagesse»




Khalil Gibran (1883-1931) —



≡ An 1865, Entre Chiens Et Rats

Combat de chiens ratiers et de rats à l'exposition canine des Champs-Élysées, en 1865. Illustration parue dans Le Monde illustré, page 240. — J. Valnay/Le Monde illustré/domaine public/Wikimedia Commons


Quand les sous-sols de Paris abritaient des combats entre chiens et rats


Au début du XXe siècle, la plèbe parisienne découvre les ratodromes, arènes semi-clandestines où l'on mêle dressage et spectacle macabre. Le but est clair : entraîner des chiens ratiers à traquer les rongeurs.


Une odeur rance, une lumière de cave, des cris étouffés accueillent les visiteurs du ratodrome Gustave, près de la porte-Maillot. Un journaliste de La Liberté en 1938 conseille d'y aller, non pour le plaisir, mais par pure curiosité.


La scène intrigue. Dans une arène grillagée, un fox-terrier blessé affronte des rats. Certains viennent dresser leur chien, d'autres parient et se divertissent. On dit que Jacques Prévert et Raymond Queneau y passaient. «Ça saigne et ça crie», note le journaliste. Le dimanche, la salle est pleine.


«Rat-de-marée»


Fondé en 1907 par Gustave Xhrouet à Neuilly, le ratodrome attire les foules. Dans une ambiance de combat clandestin, chiens et rats s'affrontent pour lutter contre un fléau urbain. Depuis la fin du XIXe siècle, les rats inquiètent les autorités. Primes, concours de dératisation : tout est tenté, sans succès.


Dans cette atmosphère de peur, les ratodromes dressent des centaines de chiens.


Le journal Le Populaire (1923) alerte sur les ravages et maladies causés par les rats, recommandant le dressage des fox-terriers. Ainsi naissent ces lieux, dont Xhrouet est un pionnier.


Gustave Xhrouet (1853-1940), chasseur de rats et promoteur en France, au début du XXe siècle, du ratodrome où s'affrontaient rats et chiens. Ces arènes de combats d'animaux existent pendant une trentaine d'années à Neuilly-sur-Seine, Saint-Denis, Aubervilliers. Des ratodromes ambulants circulèrent comme attraction de foire dans plusieurs villes comme Breteuil (Oise). | © Gusman/Leemage/Bridgeman Images/AFP


Fils de boulangers des Batignolles, ce Belge ouvre son établissement en s'inspirant de Spa, sa ville natale. Surnommé «la terreur des rats», il travaille avec autorités et institutions.


L'Intransigeant (1920) souligne qu'il tue plus de cent rats par jour et dresse des milliers de chiens. Pendant le siège de Paris (1870-1871), adolescent, il vendait déjà ses prises pour nourrir les affamés.


Divertissement utile ou spectacle à proscrire ?


Les ratodromes forment de nombreux chiens à la chasse. Mais la violence choque. En 1934, Lucien Lorin décrit un spectacle sanglant où chiens et rats s'entre-déchirent sous les regards avides d'un public qu'il juge plus cruel encore.


Écœuré, il évoque même des combats d'hommes contre rats, ligotés et réduits à se défendre avec leurs dents.Très tôt, des voix dénoncent ces pratiques, contraires à la loi Grammont de 1850 contre la cruauté animale.


Pourtant, les autorités tolèrent ces lieux pour leur utilité sanitaire. Attaqué par la SPA, Xhrouet se défend : il dit servir la collectivité en éliminant les nuisibles.


La polémique n'empêche pas le succès. Il faudra attendre l'après-guerre pour interdire ces combats.


Le décret du 26 mars 1987 proscrit les spectacles impliquant de mauvais traitements, tout en laissant subsister certaines traditions. Aujourd'hui encore, le rat demeure à Paris : entre 3 et 4 millions, soit environ 1,5 par habitant.



– 29 mars 2026

– Extraits d'un article de Nicolas Méra – Édité par Émile Vaizand 

– Source : Slate France




Aron O’Raney —




22 avril 2026

≡ Vous Avez Dit Pauvreté


La véritable pauvreté en esprit, c'est que l'homme doit être tellement libéré de Dieu et de toutes ses œuvres que, Dieu voulant agir en l'âme, devrait être lui-même le lieu de son opération. 


Cela, il le fait volontiers, car, lorsque Dieu trouve un homme aussi pauvre, Dieu accomplit sa propre œuvre et l'homme vit ainsi Dieu en lui, Dieu étant le lieu propre de ses opérations. Dans cette pauvreté, l'homme retrouve l'être éternel qu'il a été, qu'il est maintenant et qu'il sera de toute éternité.


Saint-Paul dit : «Tout ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu.» Or, notre discours semble transcender la grâce, l'être, la connaissance, la volonté, et tout désir. Comment donc comprendre la parole de Saint Paul?


On répondra que la parole de Saint Paul est vraie. Il fallait qu'il soit habité par la grâce; c'est elle qui opéra pour que ce qui était potentiel devînt actuel. Lorsque la grâce prit fin, Paul demeura ce qu'il était.


Nous disons donc que l'homme doit être si pauvre qu'il ne soit, ni ne possède en lui aucun lieu où Dieu puisse opérer. Tant qu'il conserve une localisation, quelle qu'elle soit, il garde une distinction.


C'est pourquoi je prie Dieu d'être libre de Dieu, car mon être essentiel est au-delà de Dieu en tant que Dieu des créatures.


Dans cette divinité où l'Être est au-delà de Dieu, et au-delà de la différenciation, là, j'étais moi-même, je me voulais moi-même, je me connaissais moi-même, pour créer l'homme que je suis. Ainsi, je suis cause de moi-même selon mon essence, qui est éternelle, et non selon mon devenir, qui est temporel.


C'est pourquoi je suis non Né et, par là, je suis au-delà de la mort. Selon mon être Non-Né, j'ai été éternellement, je suis maintenant et demeurerai éternellement. Ce que je suis selon ma naissance mourra et s'anéantira de par son aspect temporel. Mais dans ma naissance éternelle, toutes les choses naissent et je suis cause de moi-même et de toutes choses.


Si je l'avais voulu, ni moi-même ni aucune chose ne serait, et si je n'étais pas, Dieu ne serait pas non plus. Que Dieu soit Dieu, je suis la cause; si je n'étais pas, Dieu ne serait pas. Mais il n'est pas nécessaire de comprendre cela.


Un grand maître a dit que sa percée est plus noble que son émanation, et cela est vrai. Lorsque j'émanais de Dieu, toutes les choses dirent : Dieu est. Mais cela ne peut me combler, car, par là, je me reconnaîtrais créature.


Au contraire, dans la percée, je suis libéré de ma volonté propre, de celle de Dieu, et de toutes ses expressions, de Dieu même.


Je suis au-delà de toutes les créatures et ne suis ni créature ni Dieu. Je suis bien plus. Je suis ce que j'étais, ce que je demeurerai maintenant et à jamais. Là, je suis pris d'une envolée qui me porte au-delà de tous les anges. Dans cette envolée, je reçois une telle richesse que Dieu ne peut me suffire selon tout ce qu'il est en tant que Dieu et avec toutes ses œuvres divines.


En effet, l'évidence que je reçois dans cette percée, c'est que Dieu et moi sommes un. Là, je suis ce que j'étais. Je ne crois ni ne décrois, étant la cause immuable qui fait se mouvoir toute chose. Alors Dieu ne trouve plus de place en l'homme. L'homme dans cette pauvreté retrouve ce qu'il a été éternellement et ce qu'il demeurera à jamais.


Ici, Dieu et l'esprit sont un et c'est là la pauvreté la plus essentielle que l'on puisse contempler.


Que celui qui ne comprend pas ce discours reste libre en son cœur, car aussi longtemps que l'homme n'est pas semblable à cette vérité, il ne peut pas la comprendre, car c'est une vérité immédiate et sans voile, jaillie directement du cœur de Dieu. 


Que Dieu nous vienne en aide pour la vivre éternellement.


Amen.



— Sermon 52, selon la numérotation de Josef Quint dans Die deutschen Werke




— Maître Eckart —