Pour Timothy Palmer, professeur de physique du climat à l'Université d'Oxford, le problème ne vient pas de la réalité, mais des mathématiques que nous utilisons pour la décrire. (Woliul Hasan via Unsplash)
Ce chercheur affirme que la chance et le hasard n'existent pas, et qu'une structure invisible régit l'univers.
Selon Timothy Palmer, la réalité suivrait des règles strictes que nos équations actuelles ne parviennent pas encore à saisir.
Depuis la naissance de la mécanique quantique au début du XXᵉ siècle, le hasard s'est imposé en physique. À l'échelle microscopique, les résultats semblent probabilistes : on ne prédit que des chances, jamais un événement certain. Pourtant, certains physiciens estiment que cette théorie est incomplète et reflète surtout les limites de notre compréhension.
Selon cette idée, il existerait une structure fondamentale, cachée, déterminant chaque événement, même ceux que nous jugeons aléatoires. Popular Mechanics résume: ces règles influenceraient non seulement les phénomènes physiques, mais aussi les aléas de nos vies.
Pour Timothy Palmer, professeur à Oxford, le problème vient des mathématiques utilisées. Dans un article soumis à Proceedings of the Royal Society, il avance une thèse radicale : tous les états permis par la théorie quantique n'existent pas réellement. Il faut distinguer ce que les équations autorisent de ce que la nature permet.
La mécanique quantique repose sur le continuum : un ensemble sans «trous» où infiniment de valeurs existent entre deux points. Il inclut des nombres comme π ou √2, omniprésents, mais jamais exacts. Palmer rejette cette vision : l'univers n'a pas besoin d'une précision infinie, et ces valeurs introduisent des possibilités irréelles.
La fin du chat de Schrödinger
Cette idée n'est pas nouvelle. Gerard 't Hooft a suggéré un déterminisme sous-jacent au comportement quantique, et Carlo Rovelli a envisagé un espace-temps discret. Palmer va plus loin : certains scénarios n'existent tout simplement pas. En les excluant, une part de l'étrangeté quantique disparaît : le chat de Schrödinger ne serait plus simultanément vivant et mort, mais dans un seul état.
La même logique vaut pour le hasard. Une particule ne suit pas de trajectoire définie : la théorie donne des probabilités vérifiées sur de nombreuses répétitions. Mais pour un événement unique, elle n'explique pas pourquoi un résultat se produit plutôt qu'un autre.
Palmer pense «qu'il pourrait y avoir une raison», même pour un cas unique : «Le monde est déterministe… il paraît aléatoire, mais ne l'est pas». Le hasard refléterait une structure encore invisible.
Un «guide» invisible?
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L'idée d'un ordre strict produisant du désordre apparent n'est pas paradoxale. La théorie du chaos, à laquelle Palmer a contribué, montre que des systèmes régis par des lois précises — comme l'atmosphère — deviennent imprévisibles à long terme. L'incertitude vient de la sensibilité aux conditions initiales, non d'un hasard fondamental.
D'autres chercheurs ont approfondi cette piste. David Böhm a proposé une mécanique quantique déterministe guidée par une «onde pilote». Sabine Hossenfelder estime que la théorie décrit surtout des ensembles de résultats, une «théorie des moyennes». Elle diverge de Palmer, mais partage l'idée d'un monde régi par la causalité.
Reste à tester cette vision. Palmer propose d'observer les ordinateurs quantiques, censés exploiter l'incertitude. Ils devraient surpasser les machines classiques grâce aux qubits explorant plusieurs états. Mais il prédit une limite : si tous les états possibles n'existent pas, leurs performances plafonneront au-delà d'un certain seuil.
À l'inverse, si leur puissance continue de croître comme prévu, sa théorie s'effondrera. Hossenfelder reste sceptique : un tel plafond serait une révolution majeure, mais elle en doute. La question demeure ouverte.
La physique quantique a résisté à un siècle de tests, ce qui en fait une théorie solide. Mais si des limites apparaissaient, les conséquences seraient immenses. Si le hasard n'est pas fondamental, la chance ne serait qu'un mot provisoire pour désigner une structure plus profonde encore inconnue.
— 11 avril 2026
— Extraits d'un article de Clément Poursain.
— Source : Slate France
▲ Aron O’Raney —


