13 mai 2026

≡ Stylo Ou Clavier ?

Le recours au stylo ou au clavier a un impact sur les productions écrites des étudiants. Shutterstock


— Pourquoi il ne faut pas abandonner l’écriture manuscrite à l’école


Aujourd’hui, stylos et cahiers laissent place aux écrans et claviers dans les classes. Mais ces outils offrent-ils la même efficacité ? Exigent-ils des compétences différentes ?


Au fil du temps, les technologies ont été intégrées à l’apprentissage des langues, notamment l’intelligence artificielle générative.


Cette sophistication condamne-t-elle crayons et stylos ? Ou numérique et écriture manuelle peuvent-ils coexister ? En quoi l’écriture manuscrite conserve-t-elle sa valeur ?


— Stylo ou clavier : un impact sur la mémorisation des connaissances


Longtemps liée à la mémoire, l’écriture manuscrite précède la frappe au clavier, apparue en 1829 et popularisée en 1867 avec la machine à écrire. Aujourd’hui, les élèves alternent entre écran et papier.


Les recherches montrent des effets différents sur l’acquisition des connaissances. En 2014, une étude a révélé de meilleurs résultats aux questions analytiques lorsque les notes sont prises à la main. En 2017, on a observé que les étudiants retiennent plus longtemps les informations écrites à la main que celles tapées au clavier.


« L’impact de l’utilisation des technologies sur l’expression écrite (Ma thèse en 180 secondes, 2023) »


On a aussi constaté que les étudiants ayant utilisé l’IA dès leurs premières rédactions se souvenaient peu des textes produits, contrairement à ceux qui les avaient rédigés eux-mêmes. Trouver un équilibre entre écriture manuscrite et numérique devient essentiel.


— Une richesse lexicale moindre dans les productions numériques


En 2019, avant l’essor des IA génératives, nous avons comparé des productions manuscrites et dactylographiées d’étudiants en anglais. Les textes tapés présentaient une richesse lexicale moindre.


L’étude visait à repérer d’éventuelles différences linguistiques selon le mode de production, en analysant valeur informationnelle, organisation et aspects lexicaux.


Cinquante-huit participants ont rédigé un texte manuscrit et un texte tapé à une semaine d’intervalle, sans recours à des ressources externes.


La valeur informationnelle et l’organisation étaient similaires dans les deux cas, montrant que le mode de production n’influençait pas l’approche stylistique.


En revanche, la diversité lexicale était nettement plus élevée dans les productions manuscrites. Les textes dactylographiés présentaient des faiblesses absentes des versions manuscrites.


Ces résultats ont des implications pour l’enseignement de l’anglais et l’encouragement à la production écrite.


— Écrire sur écran, ça s’apprend


Avec la transition numérique, plusieurs pays — Espagne, États-Unis, France — ont étudié l’impact des usages numériques sur les compétences écrites.


Des travaux récents soulignent l’importance de stratégies comme la planification et la relecture. Si l’écriture manuscrite développe certaines capacités propres, la maîtrise du clavier reste indispensable mais exigeante.


Les difficultés actuelles tiennent aussi à la place décroissante accordée à l’écriture dans les programmes scolaires en Europe, aux États-Unis et en Chine.


Les modes de production diffèrent à trois niveaux : l’espace (unifié à la main, dissocié au clavier), la manière de planifier, transcrire et réviser, et enfin la perception qu’en ont les étudiants.


Il demeure donc essentiel de préserver les bénéfices cognitifs de l’écriture manuscrite tout en formant réellement à l’écriture numérique, afin d’atteindre la même fluidité sur écran que sur papier. En classe, le choix des outils doit être réfléchi. Reste à mesurer l’impact croissant des IA sur la production écrite.



— 21 janvier 2026 

— Source : The Conversation France

— Auteur : Atheena Johnson Docteure en linguistique appliquée, Université Paris Nanterre





Aron O’Raney —




 

≡ Le Désert… I/III


Vivre, Bien Sûr, C'est Un Peu Le Contraire D'exprimer. Si J'en Crois Les Grands Maîtres Toscans, C'est Témoigner Trois Fois, Dans Le Silence, La Flamme Et L'immobilité. 


Il faut beaucoup de temps pour reconnaître que les personnages de leurs tableaux, on les rencontre tous les jours dans les rues de Florence ou de Pise.


Mais, aussi bien, nous ne savons plus voir les vrais visages de ceux qui nous entourent. Nous ne regardons plus nos contemporains, avides seulement de ce qui, en eux, sert notre orientation et règle notre conduite.


Nous préférons au visage sa poésie la plus vulgaire. Mais pour Giotto ou Piero della Francesca, ils savent bien que la sensibilité d'un homme n'est rien. Et du cœur, à vrai dire, tout le monde en a. 


Mais les grands sentiments simples et éternels autour desquels gravite l'amour de vivre, haine, amour, larmes et joies croissent à la profondeur de l'homme et modèlent le visage de son destin — comme dans la mise au tombeau du Giottino, la douleur aux dents serrées de Marie. 


Dans les immenses maestas des églises toscanes, je vois bien une foule d'anges aux visages indéfiniment décalqués, mais à chacune de ces faces muettes et passionnées, je reconnais une solitude. 


Il s'agit bien vraiment de pittoresque, d'épisode, de nuances ou d'être ému. Il s'agit bien de poésie. Ce qui compte, c'est la vérité. Et j'appelle vérité tout ce qui continue. 


Il y a un enseignement subtil à penser qu'à cet égard, seuls les peintres peuvent apaiser notre faim. C'est qu'ils ont le privilège de se faire les romanciers du corps. C'est qu'ils travaillent dans cette manière magnifique et futile qui s'appelle le présent. Et le présent se figure toujours dans un geste.


Ils ne peignent pas un sourire ou une fugitive pudeur, regret ou attente, mais un visage dans son relief d'os et sa chaleur de sang. De ces faces figées dans des lignes éternelles, ils ont à jamais chassé la malédiction de l'esprit : au prix de l'espoir. Car le corps ignore l'espoir. Il ne connaît que les coups de son sang. 


L'éternité, qui lui est propre, est faite d'indifférence. Comme cette Flagellation de Piero della Francesca, où, dans une cour fraîchement lavée, le Christ supplicié et le bourreau aux membres épais laissent surprendre dans leurs attitudes le même détachement. 


C'est qu'aussi bien ce supplice n'a pas de suite. Et sa leçon s'arrête au cadre de la toile. Quelle raison d'être ému pour qui n'attend pas de lendemain? 


Cette impassibilité et cette grandeur de l'homme sans espoir, cet éternel présent, c'est cela précisément que des théologiens avisés ont appelé l'enfer. Et l'enfer, comme personne ne l'ignore, c'est aussi la chair qui souffre. 


C'est à cette chair que les Toscans s'arrêtent et non pas à son destin. Il n'y a pas de peintures prophétiques. Et ce n'est pas dans les musées qu'il faut chercher des raisons d'espérer. 


L'immortalité de l'âme, il est vrai, préoccupe beaucoup de bons esprits. Mais c'est qu'ils refusent, avant d'en avoir épuisé la sève, la seule vérité qui leur soit donnée et qui est le corps. 


Car le corps ne leur pose pas de problèmes ou, du moins, ils connaissent l'unique solution qu'il propose : c'est une vérité qui doit pourrir et qui revêt par là une amertume et une noblesse qu'ils n'osent pas regarder en face.


Les bons esprits lui préfèrent la poésie, car elle est affaire d'âme. On sent bien que je joue sur les mots. Mais on comprend aussi que, par vérité, je veux seulement consacrer une poésie plus haut : la flamme noire que de Cimabué à Francesca les peintres italiens ont élevée parmi les paysages toscans comme la protestation lucide de l'homme jeté sur une terre dont la splendeur et la lumière lui parlent sans relâche d'un Dieu qui n'existe pas. 


À force d'indifférence et d'insensibilité, il arrive qu'un visage rejoigne la grandeur minérale d'un paysage. Comme certains paysans d'Espagne arrivent à ressembler aux oliviers de leurs terres, ainsi les visages de Giotto, dépouillés des ombres dérisoires où l'âme se manifeste, finissent par rejoindre la Toscane elle-même dans la seule leçon dont elle est prodigue : 


un exercice de la passion au détriment de l'émotion, un mélange d'ascèse et de jouissances, une résonance commune à la terre et à l'homme, par quoi l'homme comme la terre, se définit à mi-chemin entre la misère et l'amour.


Il n'y a pas tellement de vérités dont le cœur soit assuré. Et je savais bien l'évidence de celle-ci, certains soirs où l'ombre commençait à noyer les vignes et les oliviers de la campagne de Florence d'une grande tristesse muette.


Mais la tristesse dans ce pays n'est jamais qu'un commentaire de la beauté. Et dans le train qui filait à travers le soir, je sentais quelque chose se dénouer en moi. 


Puis-je douter aujourd'hui qu'avec le visage de la tristesse, cela s'appelait cependant du bonheur? 


Oui, la leçon illustrée par ses hommes, l'Italie la prodigue aussi par ses paysages. Mais il est facile de manquer le bonheur, puisque toujours il est immérité. De même pour l'Italie. Et sa grâce, si elle est soudaine, n'est pas toujours immédiate.


Mieux qu'aucun autre pays, elle invite à l'approfondissement d'une expérience qu'elle paraît cependant livrer tout entière à la première fois. C'est qu'elle est d'abord prodigue de poésie pour mieux cacher sa vérité. 


Ses premiers sortilèges sont des rites d'oubli : les lauriers-roses de Monaco, Gênes pleine de fleurs et d'odeurs de poisson et les soirs bleus sur la côte ligurienne. 


Puis Pise, enfin, et avec elle une Italie qui a perdu le charme un peu canaille de la Riviera. Mais elle est encore facile et pourquoi ne pas se prêter quelque temps à sa grâce sensuelle. 


Pour moi, que rien ne force lorsque je suis ici (et qui suis privé des joies du voyageur traqué, puisqu'un billet à prix réduit me force à rester un certain temps dans la ville «de mon choix»), ma patience à aimer et à comprendre me semble sans limite ce premier soir où fatigué et affamé, j'entre dans Pise, accueilli sur l'avenue de la gare par dix haut-parleurs tonitruants qui déversent un flot de romances sur une foule où presque tout le monde est jeune. 


Je sais déjà ce que j'attends. Après ce bondissement de vie, ce sera ce singulier instant, les cafés fermés et le silence soudain revenu, où j'irai par des rues courtes et obscures vers le centre de la ville. 



— Extrait de Noces — Le Désert — (1936 et 1937) 

— À Jean Brenier. 





Albert Camus —



 

12 mai 2026

≡ Il était une fois Saint-Pancrace

Saint Pancrace est célébré au cœur des Saints de glace (crédit : J.Pi et Adobe Stock).


Le quartier de Saint-Pancrace sur les hauteurs de Nice est célébré aujourd'hui au cœur de la tradition des Saints de glace.


Le Contexte


Le terme «Saints de glace» désigne une croyance : durant trois jours, le risque de gelées nocturnes est particulièrement élevé en France.


Il s'agit des 11, 12 et 13 mai, qui correspondent aux fêtes de Saint Mamert, Saint Pancrace aujourd'hui et Saint Servais.


Des jardiniers continuent de s'y référer pour éviter les mauvaises surprises et gardent leurs plantes les plus fragiles protégées, car les températures peuvent chuter brutalement, même si les journées sont douces.


Un dicton prône la vigilance : «Mamert, Pancrace, Servais sont les trois saints de glace, mais Saint-Urbain les tient tous dans sa main». Cela signifie qu'il est encore possible d'avoir des gelées tardives jusqu'à la Saint-Urbain, qui a lieu le 25 mai.


Qui Était-Il ?


Saint-Pancrace était un jeune martyr chrétien du début du IV siècle originaire de Phrygie (actuelle Turquie).


Orphelin très jeune, il a été emmené à Rome par son oncle et s'est converti au christianisme.

Sous l'empereur Dioclétien, une grande persécution éclata et Pancrace, âgé d'environ 14 ans, fut condamné et exécuté pour être resté fidèle à sa foi.


Il devient par la suite un saint protecteur des enfants et des jeunes et à Rome, et la basilique Saint-Pancrace rappelle son dévouement.


Où ?


À Nice, le quartier Saint-Pancrace est bien connu sur les hauteurs de Nice. Cette colline est coincée entre le vallon Magnan et le vallon de Saint-Pancrace. Elle est située au nord de la ville entre Saint-Roman et Gairaut.


Pour maintenir la foi des administrés, des chapelles ont été construites en périphérie de la ville et sur les collines.


Dans un document du 27 février 1724, on retrouve trace d'une première communauté, la Confrérie de Saint Pancrace. Celle-ci est déjà habilitée par le diocèse à recevoir des legs, des aumônes, à vendre des terres, à ester en justice.


La paroisse du Bon-Pasteur gère depuis 2001 cette église située au 1 Chemin de l'église de Saint-Pancrace.


La paroisse couvre aussi les quartiers niçois de Saint-Barthélémy, Saint-Sylvestre, Saint-Maurice, le Ray, et Gairaut


En 1849, sous l'impulsion de Mgr Dominique Galvano, la chapelle fut érigée en paroisse. Aujourd'hui, les cérémonies ont été confiées au curé Jean-Paul Filippi.



— 12 mai 2026

— Source : L'Essentiel Nice





Aron O’Raney —