05 août 2026

≡ Le Désert De L’intelligence


Il y a l’expérience de ces chercheurs qui, au terme de nombreuses années de travail, d’investissements financiers, intellectuels et affectifs, découvrent que tout cela ne mène à rien.


L’échec de leurs recherches va les faire entrer dans un désert difficilement supportable pour eux, pour leur famille et pour leurs collègues. Mais le désert que connaissent certains chercheurs n’est pas toujours négatif, c’est la découverte des limites de leurs investigations.


Ce qu’ils connaissent du réel, ce n’est pas le réel, seulement une interprétation du réel, à travers les calculs, les concepts, et les sophistications plus ou moins grandes de leurs instruments de perception.


Les limites de leurs connaissances ne sont pas obligatoirement à vivre comme un échec, mais comme une invitation à s’ouvrir à un autre mode d’intelligence, celui de la contemplation : passer de la pensée explicative, technicienne, quantitative, à une pensée contemplative, qui ne mesure pas des existants, mais se mesure à un insaisissable… 


«Je suis ivre du vin que je n’ai pas bu et que je ne boirais jamais.»


Cette parole du mystique, le scientifique aussi peut la vivre, quand, sachant tout ce qu’il sait, il découvre, avec la même intensité, tout ce qu’il ne sait pas.


Ce que nous savons est fini, ce que nous ne savons pas est infini.


Au bord de cette inconnaissance, il y a une sorte d’ivresse et de vertige, un abîme, un vin doux que tous les savants ne sont pas prêts à boire. Car il leur faudrait alors accepter leurs contingences et renoncer à leur prétention à saisir le réel; cette humilité, c’est d’ailleurs ce qui fait la différence entre le scientiste et le scientifique.


— Le scientiste a l’intelligence arrêtée par ce qu’il Sait, ce qui est encore une belle définition de l’imbécillité, même diplômée.

— Le scientifique, c’est celui dont l’intelligence n’est pas arrêtée parce qu’il sait, mais demeure dans l’ouvert de ce qu’il cherche. Tous ne s’aventurent pas dans ce désert.


«Ce dont on ne peut rien dire, mieux vaut le taire.»


Il faudrait ajouter ceci : ce qu’on sait ou ce qu’on peut dire n’est rien à côté de ce que nous avons approché dans ce silence.


Accepter que toutes nos représentations du monde ne soient que des mirages ne décrivant rien d’autre que les limites de nos moyens de connaissance, que toutes nos sciences ne sont que des consensus d’assoiffés dans un désert où ils croient voir le Réel, pas de science sans cette «croyance» !


Qu’ils s’approchent un peu et déjà la matière : «ça, c’est du solide» leur échappe et, s’ils s’approchent un peu plus, ils verront dans l’énergie et la pensée un réel plus flou encore.


Là aussi, aimer la vérité, c’est renoncer à l’avoir. Plus on s’en approche, plus elle nous échappe.


Ce que nous appelons de la science n’est souvent que de l’idéologie, des verbiages pédants, équations très cérébrales qui nous privent de l’honnêteté et de la santé d’une docte ignorance : mais il n’est pas besoin d’être chercheur ou scientifique pour éprouver les limites «de la simple raison»; notre impuissance à faire face à certaines situations difficiles ou absurdes, à soulager la souffrance de certains innocents nous les rappelle vivement.


A quoi bon toute notre science si elle ne nous rend même pas capables de soulager notre enfant quand il souffre, ou de sourire à ses rêves.



— Extraits de «Déserts, Déserts»




Jean-Yves Leloup —



04 août 2026

≡ En Parlant De La Prière


Vous priez lorsque vous êtes dans la détresse et le besoin.


Puissiez-vous aussi prier dans la plénitude de votre joie et dans les jours d’abondance. Qu’est la prière, sinon l’expansion de votre être dans l’éther vivant?


Si c’est pour vous réconforter que vous déversez vos ténèbres dans l’espace, vous aurez aussi plaisir à y répandre l’aube de votre cœur


Si vous ne pouvez que pleurer lorsque votre âme vous appelle à la prière, elle devra vous éperonner toujours et encore, malgré vos pleurs, jusqu’à ce que vous y alliez en riant.


Lorsque vous priez, vous vous élevez pour rencontrer dans les airs tous ceux qui prient à la même heure que vous.


Que votre visite à ce temple invisible ne soit donc que pour l’extase et la douce communion.


Car si vous devez y entrer sans autre but que de quémander, vous ne recevrez rien. Et si c’est pour vous humilier, vous ne serez pas relevés. Ou même si c’est pour implorer le bien pour autrui, vous ne serez pas entendus.


Qu’il vous suffise d’entrer dans le temple invisible.


Je ne puis vous enseigner à prier avec des mots. Dieu n’écoute pas vos propos, sauf lorsqu’Il les exprime à travers vos lèvres. Et je ne peux pas vous enseigner la prière des mers, des forêts et des montagnes, Mais vous qui êtes nés des montagnes, des forêts et des mers, vous trouverez leurs prières dans votre cœur.


Et seulement si vous tendez l’oreille dans la quiétude de la nuit, vous les entendrez dire en silence : Notre Dieu, qui est notre moi ailé, C’est ta volonté en nous qui veut. C’est ton désir en nous qui désire. Et c’est ton élan en nous qui voudrait changer nos nuits, qui sont à toi, en jours qui sont à toi aussi.


Nous ne pouvons rien te réclamer, car tu connais nos besoins avant même qu’ils ne naissent en nous.


Tu es notre besoin; et en nous donnant davantage de toi-même, tu nous donnes tout. 



— Le Prophéte, extraits 86,88






Khalil Gibran —






 

03 août 2026

≡ La légende Personnelle...


C’est ce que tu as toujours souhaité faire. Chacun de nous, en sa prime jeunesse, sait quelle est sa légende personnelle. Accomplir sa légende personnelle est la seule et unique obligation des hommes.


Le principe favorable : Quand la chance est de notre côté, Il faut en profiter et tout faire pour l’aider de la même façon qu’elle nous aide.


Le cœur a peur.


Les cœurs des hommes sont ainsi. Ils ont peur de réaliser leurs plus grands rêves, Parce qu’ils croient ne pas mériter d’y arriver Ou ne pas pouvoir y parvenir.


Nous mourons de peur à la seule pensée d’amours enfuis, d’instants qui auraient pu être merveilleux, de trésors introuvables.


Le cœur craint de souffrir, et cette crainte de la souffrance est pire que la souffrance elle-même. Aucun cœur n’a jamais souffert, alors qu’il était à la poursuite de ses rêves, parce que chaque quête est un instant d’éternité.


Lorsque tu veux vraiment une chose, Tout l’univers conspire à te permettre de réaliser ton désir : C’est toujours une force positive.


Souviens-toi de toujours savoir ce que tu veux.


Ton trésor doit absolument être trouvé, pour que tout ce que tu as découvert en chemin puisse avoir un sens.


Sois attentif aux signes.


N’oublie pas que tout n’est qu’une seule chose. N’oublie pas le langage des signes. Et surtout, n’oublie pas d’aller jusqu’au bout de ton destin.


Le cœur avertit toujours, lorsque l’on s’éloigne de son rêve du chemin qui nous est tracé.


Celui qui vit sa légende connaît ses besoins. il n’y a qu’une chose qui puisse rendre un rêve impossible : c’est la peur d’échouer.


La plus grande imposture du monde, c’est lorsqu’à un moment donné de notre existence, nous perdons la maîtrise de notre vie, qui se trouve dès lors gouvernée par le destin.


Chaque jour porte en lui l’éternité.


Toute bénédiction qui n’est pas acceptée Risque de se transformer en malédiction.


Lorsque nous cherchons, à être meilleurs que nous le sommes, tout devient meilleur aussi autour de nous.


Ne t’abandonne pas au désespoir. Souviens-toi d’un vieux proverbe, Qui dit que l’heure la plus sombre, est celle qui vient juste, avant le lever du soleil.


Une quête commence toujours, par la chance du débutant, et s’achève toujours, par l’épreuve du conquérant.



— Extrait de l’Alchimiste.




Paulo Coelho —