Photo BV/Jean Bexon
đź”” Sur les chemins de Chartres : GuĂ©rir l'âme par le pas des pieds —
Au terme du voyage, les pieds sont certes engourdis et le corps épuisé, mais l'âme, elle, est guérie.
Que dire que d'autres n'ont pas déjà exprimé ? Comment mettre les mots justes sur cette ferveur et cette émotion qui croissent dans chacune de nos âmes, au fil des kilomètres?
— Aucun pèlerin, je crois, ne ressort indemne de ces trois jours de marche.
Qu'il soit de la logistique ou marcheur de la colonne, qu'il s'agisse de son premier élan ou de sa quarante-quatrième édition, le pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté laisse une empreinte indélébile sur chaque esprit.
•— Au-delĂ du dĂ©fi physique...
Ni les 34 degrés, ni les ampoules sanglantes, ni les morsures des chenilles processionnaires n'ont entamé la détermination des 20.000 pèlerins. Sous le regard bienveillant de la Sainte Vierge, le chapelet au creux de la main et le sourire aux lèvres, chacun a pu mesurer combien ce qu'il vivait le dépassait.
Au-delĂ du dĂ©fi physique, c'est le sentiment profond d'appartenir Ă un tout, d'ĂŞtre enfin «complet». C'est effleurer la grâce divine et entrevoir, un peu mieux, la profondeur de ses mystères.
Qui oserait prétendre que l'Esprit saint n'a pas porté les âmes, sur ces 110 kilomètres ? Cette prouesse, réalisée par les plus jeunes comme par les anciens, ne saurait s'accomplir sans le souffle de la colombe.
Comme le rappelait le topo, le sens de cette marche réside dans l'arrivée à Chartres : une analogie parfaite de la vie du chrétien qui ne marche pas au hasard, mais tend vers la vie éternelle. Au terme du voyage, les pieds sont certes engourdis et le corps épuisé, mais l'âme, elle, est guérie.
C'est au cĹ“ur de cet Ă©puisement que la mission prend tout son relief. Ă€ travers les villages de Beauce, l'appel «Vous serez mes tĂ©moins jusqu'aux extrĂ©mitĂ©s de la Terre» a rĂ©sonnĂ© jusque dans le cĹ“ur des spectateurs. Certains, voyant passer la colonne, ont chaussĂ© leurs baskets pour partager un instant de cette aventure et de cet abandon.
Car c'est bien d'un abandon qu'il s'agit : une confiance absolue remise entre les mains du Seigneur. «Je ne m'arrĂŞte pas Ă cette pause, donnez-moi la grâce de tenir les cinq prochains kilomètres» : voilĂ le refrain qui habitait mes pensĂ©es. J'offrais mon corps au Seigneur, espĂ©rant que mon âme saurait le porter.
«Car il n'est que l'EspĂ©rance pour animer notre vie.» C'est gonflĂ© de cette espĂ©rance que les pèlerins ont repris la route, par trains et par voitures, pour semer cette joie et ce renouveau intĂ©rieur.
Avec 20.000 marcheurs — un nombre qui croĂ®t chaque annĂ©e — et en communion avec le pèlerinage de tradition qui parcourt le chemin inverse, il y a de quoi reprendre goĂ»t Ă l'espĂ©rance.
•— Chartres nous ramène Ă nos promesses
Dans un monde où règnent trop souvent la laideur, l'individualisme et le déracinement, le pèlerinage incarne le contre-courant de la charité, de la bienveillance, du beau, du bon et du vrai.
Les plus grands aident les plus petits, les plus zélés saisissent le mégaphone pour porter les autres, les plus vaillants poussent le plus faible. Et tous, croix et bannières à bout de bras, atteignent avec ou sans chaussures la cathédrale de Chartres.
Cette victoire finale nous ramène Ă nos promesses les plus profondes : «Je jure de te suivre,/En fier chrĂ©tien,/Et tout entier, je livre,/Mon cĹ“ur au Tien.»
Cette promesse, gravée dans le cœur de nombreux pèlerins depuis leurs années de scoutisme, résonne avec une force particulière sur le chemin. Que l'on ait porté le foulard ou non, ces paroles habitent chacun de nos pas.
Il est vrai qu'entre Saint-Sulpice et Rambouillet, jusqu'à ce que pointent enfin les flèches de la cathédrale, l'âme se sent toute proche du Bon Dieu... et les pieds, bien que meurtris, suivent l'élan du cœur.
Toutefois, il ne suffit pas de suivre le Christ pendant ces trois jours de Pentecôte seulement. Si nous sommes aujourd'hui rassasiés de cet amour et revigorés par l'élan de foi vécu en communauté, c'est désormais dans le silence de notre quotidien que nous devons témoigner.
Il est aisé de suivre le Christ quand 19.999 voix chantent à l'unisson ; c'est un tout autre défi que de le suivre dans la solitude de nos devoirs, dans la tiédeur des jours ordinaires ou face aux lassitudes de l'existence.
Pourtant, c'est là que tout commence. C'est même dans le silence que Dieu construit. Alors, il faut continuer à semer, même en terre aride, réparer sa voix pour chanter encore, et prier sans cesse.
Ă€ l'instar du vĂ©nĂ©rable Marcel Van et de l'idĂ©al scout, faisons nĂ´tre cet engagement : «Ă” Amour de JĂ©sus, nous prenons ici l'engagement de te rester Ă jamais fidèles et de travailler d'un cĹ“ur ardent Ă rĂ©pandre ton Règne dans tout l'univers.»
— 30 mai 2026
— Source : Boulevard Voltaire
— Extrait d'un article de : ClĂ©mence Trastour
▲ Aron O’Raney —


