05 février 2026

≡ Réflexions Crépusculaires…



Aujourd’hui, il a un âge avancé, sans pour autant avoir pleinement conscience d’une réalité qui lui semble étrangère. Si, en cet instant-là, quelqu’un lui demande ce qu’il ressent, il serait bien en peine de répondre.


Il peut, constater et admettre la vérité arithmétique de son âge — cela ne se discute pas —, mais au-delà ? Rien. Qui est-il, au regard de l’humanité, face au tumulte du monde ?


Dans cet «ici et maintenant», il n’y a ni joie, ni tristesse, ni la moindre émotion vraiment saisissable. Juste une sorte de résignation — mais ce mot même lui paraît inadéquat. Ce n’est pas tout à fait une reddition ni une acceptation, quelque chose d’indéfinissable flotte entre les deux.


Le nuage de l’inconnaissance refuse de se dissiper.


Il a vécu pour l’essentiel, à travers le regard et les actions des autres. Personnes proches ou figures idéalisées, ce furent eux ses modèles — ceux qu’il admirait, ceux à qui il aurait tant aimé ressembler, sans jamais y parvenir.


Il ignore encore et toujours le sens de cette vie.


Il ne sait rien — voilà ce qu’il peut dire, avec l’expérience et après tant d’épreuves vécues au cours de cette existence. Il est convaincu que son voyage se terminera comme il a commencé, c’est-à-dire, dans l’inconscience des jours qui passent et de ceux à venir.


Sa vie s’est édifiée, sans fondation, elle a été bâtie sur le sable mouvant de l’incompréhension, portée par les petits et grands tourments du quotidien. Des bouts de presque rien, qui l’ont mené au pas grand-chose qu’il est aujourd’hui, dans un « ici et maintenant » sans réelle consistance.


Il ne laissera aucune trace de son passage, si ce n’est peut-être, seulement, quelques réminiscences de malfaisances, qu’il n’aura pas eu ni la volonté ni le courage de réparer.


Il aimerait pouvoir dire — ou tout au moins croire, bien qu’il en doute — qu’à certains moments et en quelques circonstances de sa vie, parfois, il a pu être utile à quelqu’un. Ne serait-ce qu’une fois. Rien qu’un instant.




— Dimanche 26 mai 2024




Jean Rumoncey —




≡ Le soleil s’était couché…



Le soleil s’était couché, et la forme pure des arbres se profilait sur le ciel qui se laissait gagner par les ténèbres. 


Le fleuve, large et puissant, roulait ses eaux paisibles. La lune commençait à apparaître à l’horizon; elle montait entre deux grands arbres, mais elle ne jetait pas encore d’ombre.


Nous gravîmes la rive escarpée du fleuve et prîmes un sentier qui longeait des champs de blé vert. Ce sentier était une voie très ancienne; des milliers et des milliers de pieds l’avaient foulé avant nous, et il était aussi riche de traditions que de silence. Il serpentait parmi les champs et les manguiers, les tamariniers et les tombeaux abandonnés. 


Les pois de senteur parfumaient délicieusement l’air. Les oiseaux s’installaient pour la nuit, et un grand étang commençait à réfléchir les étoiles. La nature n’était pas très communicative ce soir-là. Les arbres se laissaient envahir par la nuit et se taisaient. Quelques jeunes gens passèrent à bicyclette en bavardant, puis, de nouveau ce fut le silence, vaste et profond, et cette paix qui vient lorsque toutes les choses sont seules.


Cette solitude n’est pas la douloureuse et terrifiante solitude de l’esprit. C’est la solitude de l’Être; c’est une solitude pure, riche et pleine. Ce tamarinier, près de nous, n’a d’autre existence que celle d’être ce qu’il est. De même cette solitude.


On Est Seul, Comme Le Feu, Comme La Fleur, Mais On N’a Pas Conscience De Sa Pureté Et De Son Immensité. On Ne Peut Vraiment Communier Que Lorsqu’on Est Seul. Être Seul N’est Pas La Conséquence D’un Refus, D’un Repli Sur Soi-Même. La Solitude D’être S’épure De Tous Motifs, De Toute Recherche Du Désir, De Tous Mobiles. Cette Solitude N’est Pas Une Fin En Soi. On Ne Peut Pas Souhaiter Être Seul. Un Tel Désir N’est Que Fuite Devant La Souffrance Causée Par L’impossibilité De Communier.


L’isolement, avec son cortège de craintes et de souffrances, est la conséquence inévitable de l’action du moi. L’isolement ne peut que donner naissance à la confusion, aux conflits de toutes sortes et à la douleur, jamais à la vraie solitude; pour que la solitude soit, il faut que cesse l’isolement.


La solitude est indivisible, l’isolement est séparation. La solitude donne souplesse et endurance. Ce n’est que dans la solitude que l’on peut communier avec ce qui est sans cause, avec l’incommensurable. Par la solitude, la vie se révèle à l’homme dans son éternité; la solitude révèle l’inexistence de la mort. Celui qui connaît la solitude ne peut cesser d’être.


La lune émergeait de la cime des arbres, et les ombres se découpaient sur le sol, noires et nettes. Un chien se mit à aboyer quand nous traversâmes le petit village, et nous redescendîmes près du fleuve. 


L’eau était si calme que les étoiles et les lumières du grand pont qui enjambait le fleuve s’y réfléchissaient comme sur un miroir. Des enfants, assis au bord de l’eau, riaient; un bébé pleurait. Les pêcheurs nettoyaient et enroulaient leurs filets. Un oiseau traversa le ciel en silence. 


Là-bas, de l’autre côté du vaste fleuve, quelqu’un se mit à chanter, et son chant s’élevait clair et pénétrant dans la nuit. Profonde et pénétrante solitude de la vie…




— Extrait De « Commentaires Sur La Vie » Tome I 

— Note 5 — Solitude Et Isolement

— Traduction De L’anglais De Roger Giroux — 1972




— Jiddu Krishnamurti —




 

04 février 2026

≡ À L’Académie Française…

La coupole de l’Académie française à Paris (Crédit : Adobe Stock).


🗡️ De nouvelles têtes à l’Académie française



Florian Zeller et Éric Neuhoff ont été élus membres de l’Académie française le 6 novembre dernier, tous deux au 1er tour de scrutin, par les 25 académiciens votants



🔷 DE QUI PARLE-T-ON ?


Florian Zeller, 46 ans, auteur, dramaturge et réalisateur, est l’un des plus jeunes profils entrés à l’Académie française et il en est désormais le benjamin. Il occupe le fauteuil laissé vacant par Hélène Carrère d’Encausse, secrétaire perpétuelle décédée en août 2023.


Il est connu pour ses pièces de théâtre (Le Père, La Mère et Le Fils), ainsi que pour son adaptation cinématographique récompensée de The Father (avec Anthony Hopkins, 2 Oscars).


Éric Neuhoff, 69 ans, romancier et critique de cinéma, notamment au Figaro, succède à Gabriel de Broglie, décédé en janvier 2025. Connu pour sa plume mordante, il a publié de nombreux ouvrages.


Ils seront tous deux reçus à l’occasion d’une cérémonie officielle, à l’occasion de laquelle ils prêteront serment et prononceront un discours. 


C’est alors que seront dévoilées leurs épées.



🔷 COMMENT ENTRE-T-ON À L’ACADÉMIE ?


Avec l’entrée de Florian Zeller et Éric Neuhoff, l’Académie compte désormais 35 membres sur 40 fauteuils. 5 vacants doivent être pourvus.


L’entrée à l’Académie française procède d’une élection organisée suite à la vacance d’un fauteuil. Le candidat doit adresser une lettre de candidature aux membres de l’Académie, indiquant le numéro convoité.


Il n’y a ni condition de nationalité ni de titre académique, mais le candidat doit avoir illustré la langue française, et avoir moins de 75 ans à la date du dépôt de candidature.


Le candidat doit ensuite rencontrer et convaincre les membres qui le souhaitent, puis démontrer sa motivation. L’élection se fait à bulletin secret avec un quorum de 20 votants, et une majorité absolue requise.


L’élection devient définitive après l’approbation du président de la République, protecteur de l’Académie.




— 21 janvier 2026

— Source documentaire : L’Essentiel Nice




Aron O’Raney —