06 mars 2026

≡ Doutes Et Tourments


Le passage subit de la joie à la douleur, 

De l’espérance à la crainte

Tourmente celui qui n’a pas la force,

Lorsque la nécessité l’ordonne, 

De s’élever avec la sérénité de son cœur

Au-dessus de tout ce qui tend à l’agiter. 


Toute vertu cesse 

Quand on cède à chaque émotion, 

Quand on se laisse subjuguer

Par chaque circonstance inattendue,

Et qu’on ne sait pas dominer

Ces événements vulgaires. 


La vertu disparaît aussi

Dans le cœur de ceux

Qui ne sont occupés 

Que de leur propre intérêt,

Et dont les paroles,

Les actions ne se rattachent

Qu’à une pensée d’égoïsme. 


Il faut apprendre à juger

La valeur de toutes les choses

Et de toutes les actions humaines

Pour avoir le courage de faire le bien,

Même à ses propres dépens. 


Les esclaves du monde

Ne peuvent sacrifier l’intérêt du moment

Ni faire un noble sacrifice. 


Ils jugent chaque détermination

Selon sa valeur intrinsèque. 


Pour eux,

Il s’agit d’obtenir quelque succès,

Des témoignages de faveur,

Des titres, des places;

Et toute leur conduite est réglée

Sur ce calcul d’intérêt.


Ils font la cour,

Flattent, mentent,  calomnient,

Et s’inclinent bassement 

Devant celui qui pourrait leur nuire, 

S’il était aussi méprisable qu’eux.




— Extrait de : «  La Solitude »




Johann Georg Zimmermann —




≡ Le Château De Nice Ressuscité

En 1706, le roi Louis XIV ordonne la destruction complète 

de la forteresse (crédit : Auctus3D.com).


🏰 Le Niçois Anthony Drouget a reconstitué en 3D le château de Nice comme on pouvait le voir en mars 1691. Il a tenu une conférence à l’Auditorium de la Citadelle de Villefranche pour expliquer ses travaux.


🔷 On Parle De Quoi ?


Nice et son château sont toujours dans le langage courant, même si cela fait bien longtemps que la colline du château est dépourvue de son édifice.


Il ne reste rien de visible rappelant son ensemble d’origine, seulement quelques pièces rapportées plus tard ou des ouvrages ensevelis.


En 1706, pendant la guerre de Succession d’Espagne, les troupes de Louis XIV assiègent Nice.


Après la prise de la ville, le roi ordonne la destruction complète de la forteresse pour éviter qu’elle ne serve à nouveau de place forte contre la France.


Au XIX siècle, après le rattachement de Nice à la France en 1860, la colline est transformée en parc.


🔷 Pourquoi En Parle-T-On ?


Anthony Drouget s’est pris de passion pour l’histoire du château et a décidé de travailler à sa modélisation depuis près de 20 ans.


Ce designer qui souhaite se spécialiser dans les reconstitutions historiques et patrimoniales a travaillé près de 400 heures afin d’édifier à nouveau le château de Nice.


« Je trouvais que cela manquait cruellement parce que le château est présent dans l’histoire contemporaine et imaginaire des Niçois, mais on ne peut le voir. 


 Donc, on a du mal à se rendre compte de ce qu’il était réellement et  parfois cela déforme notre réflexion historique », assure Anthony Drouget.


En parallèle, pour appuyer ses compétences de reproduction 3D, Anthony Drouget a effectué un travail de recherche historique qu’il validera par un doctorat à l’Université Côte d’Azur.


Le but est d’apporter encore plus de précisions à ma production d’ici un an et demi à venir. Jusqu’ici j’ai travaillé avec des documents des Archives militaires de Vincennes, des archives municipales et départementales, ainsi que la BNF ou encore les musées de Turin », rappelle-t-il. 


🔷 Quelle Spécificité ?


« On ne se rend pas bien compte, mais du XIV au XVII siècle, la forteresse est considérée comme l’une des plus puissantes d’Europe », explique Anthony Drouget.


Par sa position en promontoire sur la colline, elle complétait la ligne défensive du littoral avec la citadelle de Villefranche-sur-Mer et le fort Mont-Alban.


« C’était une zone extrêmement bien gardée. Autour de son donjon du XIIe siècle, la place a été fortifiée année après année jusqu’à couvrir une superficie de 20 hectares. 


 Cet emplacement était une fierté pour les Niçois, mais il attirait aussi bien l’attention et que les problèmes », relativise-t-il.


En 1691, Louis XIV fait exploser une première fois le donjon avec ses canons. Le château s’en trouvera modifié à jamais.




— 19 février 2026

— Source : L’Essentiel Nice




Aron O’Raney —




05 mars 2026

≡ L’Arrivée À Kapsokalivià


■— Kapsokalivià, Mont Athos, 24 Juin 1969. —



Soleil lourd, il doit être midi, Le chemin n’en finit pas de monter… 


Malgré la faim et la fatigue, je continue, d’ailleurs, où pourrais-je m’asseoir ? 


D’un côté, une falaise brûlante, de l’autre le précipice. 


Kapsokalivià est un des lieux les plus abrupts et arides du Mont Athos. 


On m’avait dit : « Par là tu devrais rencontrer des ermites, la plupart sont fous, crasseux ou abrutis, mais ça vaut la peine. » A cela, je répondais que je n’étais pas venu au Mont Athos comme dans un zoo pour contempler les derniers spécimens d’une race en voie de disparition… 


Je me demandais néanmoins à cette heure ce que je faisais là, sur ce chemin caillouteux qui ne semblait mener nulle part… 


Simple curiosité? Désir de voir Dieu bien incarné dans la chair de l’homme plus que dans le papier des livres ?... 


J’aperçus alors une sorte de cabane avec une petite terrasse, un moine se tenait là, debout, un chapelet de laine noué à la main… 


Comme je m’approchais, je m’attendais à un mouvement de recul ou au moins de surprise… Mais non, le moine se contenta de sourire, très simplement il mit un doigt devant sa bouche me faisant ainsi comprendre qu’il fallait rester silencieux. 


Son regard était étrange.


Je n’arrivais pas à discerner la couleur de ses yeux, des yeux sans fond… Comme je commençais à ressentir un léger vertige au cœur, il me fit signe de m’asseoir. 


Alors, s’engageant d’un pas rapide sur le chemin, il me laissa seul face à la mer, face à mes pensées, plutôt perplexe. Après une heure et demie, énervé d’attente et d’inquiétude, je le vis revenir. Il tenait à la main une boîte de conserve avec de l’eau… 


Je compris alors qu’il venait de marcher pendant tout ce temps sous un soleil brûlant, et tout cela pour étancher un peu ma soif !


Lorsqu’il me tendit la boîte de conserve rouillée, je vis davantage ses yeux — deux étranges abîmes d’eau et de lumière. Amour n’est pas le mot et pourtant, je n’en trouve pas d’autre. 


Je commençai à boire et je crus un moment que je n’aurais plus jamais soif.


Le plus petit acte de pur amour est paraît-il plus grand que la plus grande des cathédrales… 


Ce jour-là, j’entrais donc dans le christianisme par la grande porte : Une boîte de conserve rouillée, l’infini d’un geste quotidien…


Depuis des années, cet inconnu toujours silencieux ne cesse de me sourire : il y a cette écharde d’eau et de lumière dans la chair brûlée de mon histoire.




— Introduction à « écrits sur l’hésychasme »

— Une tradition contemplative oubliée




Jean-Yves Leloup —