04 mars 2026

≡ S’observer…


Le Seul Moyen À La Portée D’un Individu Désireux De Vous Aider Est De S’attaquer À Vos Idées. Mais Si Vous Êtes Prêt À Écouter Et À Vous Remettre En Question, Il Existe Une Chose Que Vous Pouvez Faire Sans L’aide De Personne. 


Quelle est cette chose importante? S’observer. 


Personne ne peut vous aider dans cette discipline. Personne ne peut vous fournir une méthode. Personne ne peut vous donner une technique. Lorsque vous adoptez une technique, cela signifie que vous êtes programmé. 


S’observer — qui signifie « se regarder » — est essentiel. 


Cela n’a rien à voir avec le fait de se laisser absorber par soi-même. Se laisser absorber par soi-même signifie être préoccupé par soi-même, inquiet au sujet de sa personne. 


Ce dont je parle, c’est de l’observation de soi. 


De quoi est-elle faite? De l’observation de tout ce qui se passe en vous et aussi loin que possible autour de vous, comme si toutes ces choses concernaient quelqu’un d’autre. 


C’est-à-dire que vous devez éviter de considérer d’un point de vue personnel les choses qui vous arrivent. Cela signifie que vous devez regarder les choses comme si vous n’aviez aucun lien personnel avec elles. 


Vous Êtes Déprimé Et Anxieux Parce Que Vous Vous Identifiez À Ces Choses. 


Vous vous dites : « Je suis déprimé. » Mais cela est faux. Vous n’êtes pas déprimé. Il serait plus précis de dire : « Je vis actuellement une dépression. » Mais vous ne pouvez pas dire : « Je suis déprimé », car vous n’êtes pas votre dépression. 


Il s’agit là d’une ruse étrange de l’esprit, d’une étrange illusion. Vous vous dupez vous-même en pensant — bien que vous n’en soyez pas conscient — que vous êtes votre dépression, que vous êtes votre angoisse, que vous êtes votre joie ou vos émotions. 


« Je suis ravi! » dites-vous.


Non, vous n’êtes pas ravi. Le ravissement est peut-être en vous maintenant, mais attendez un moment, il se transformera; il ne durera pas : il ne dure jamais, il ne cesse de se transformer, il se transforme toujours. 


Les nuages vont et viennent, quelques-uns sont noirs, d’autres blancs; certains sont gros, d’autres petits. Poussons plus loin l’analogie : vous êtes le Ciel et vous observez les nuages. Vous êtes un observateur passif, détaché. Je sais, c’est une attitude choquante, en particulier dans la culture occidentale. 


N’intervenez pas. N’arrangez rien. Regardez! Observez! 


Le Problème Avec Les Gens, C’est Qu’ils S’obstinent À Arranger Des Choses Qu’ils Ne Comprennent Même Pas. 


Nous ne cessons d’arranger les choses, n’est-il pas vrai? 


Il ne vient jamais à l’esprit des gens que les choses n’ont pas besoin d’être arrangées. Vraiment pas. 


Comprendre cela est une grande illumination. 


Les choses doivent être comprises. Si vous les comprenez, elles changent. 




Extrait De « Quand La Conscience S’éveille »




Anthony De Mello —




≡ Matera, La Gloire Européenne


— Matera 2019, La « Honte » De L’Italie Est Devenue Gloire Européenne.


Capitale européenne de la culture en 2019, Matera était il y a encore un demi-siècle « la honte » de l’Italie en raison de son extrême pauvreté. La cité a aujourd’hui retrouvé sa dignité en sauvant ses grottes, ses palais baroques et ses églises rupestres.


« C’est vrai, nous sommes passés de la honte à la gloire », admet Raffaello De Ruggieri, le maire de Matera, ville de Basilicate (sud) que le Premier ministre Alcide De Gasperi, l’un des pères fondateurs de l’Europe, avait qualifiée dans les années 1950 de « honte nationale » pour ses conditions de vie misérables.


Ses habitants trouvaient alors refuge dans des grottes datant du paléolithique, sans lumière ni eau courante ou tout-à-l’égout.


Fresque dans l’église Santa Lucia alle Malve à Matera


Un demi-siècle s’est écoulé et la ville ambitionne aujourd’hui de recevoir des centaines de milliers de visiteurs, attirés par la culture et le patrimoine, dans ces mêmes grottes, dont bon nombre ont été restaurées.


« Nous voulons que la personne qui décide de venir à Matera vive une expérience », explique Paolo Verri, directeur de la fondation Matera-Basilicata 2019, après avoir longtemps été responsable de la prestigieuse Foire du livre de Turin (nord).


Surnommée la « Jérusalem de l’Ouest » pour ses maisons troglodytiques en pierre creusées à flanc de ravin (les « sassi »), Matera est considérée comme la troisième ville la plus ancienne du monde après Alep (Syrie) et Jéricho (Cisjordanie). Des vestiges « attestent de la présence de l’homme depuis 8.000 ans », rappelle le maire.


« C’est pourquoi nous voulons un tourisme de +la lenteur+ », assure M. Verri, qui espère attirer des amateurs d’art et de culture plutôt que les visiteurs au pas de charge en une seule journée.


Pour y parvenir, il a programmé près de 300 spectacles, ateliers, expositions, conférences, allant de la musique à la gastronomie en passant par des lectures en public. 


« Chacun doit apporter quelque chose, comme un livre, et expliquer pourquoi il veut améliorer la culture européenne », explique-t-il.


La nef gauche de la Cathédrale de Matera abrite la fresque du XIIIe de la Madonna della Bruna, la sainte patronne de la Ville ; la détrempe faisait partie de la décoration d’origine des murs (1270).


Les « citoyens temporaires » de Matera devront payer 19 euros pour un passeport valable un an qui leur permettra d’assister à tous les événements. Ils sont aussi invités à s’inspirer des paysages bibliques et de l’atmosphère mystique pour écrire des textes, créer des objets, des sculptures, inventer des sons, des installations, qui deviendront à leur tour une exposition.


« Wifi Et Jacuzzi »


« Un défi », reconnaît la Française Ariane Bieou, chargée du programme culturel de Matera 2019, après avoir œuvré pour venir à bout des clichés pesant sur Marseille, capitale de la culture en 2013.


« Le rôle d’une capitale européenne de la culture est de favoriser la croissance d’un territoire », a-t-elle expliqué à l’AFP.


La tâche s’annonce ardue dans une ville sans aéroport ni trains à grande vitesse, aux voies d’accès sinueuses en bord de ravins.


Cité au passé douloureux, mais promise à un avenir plus radieux, Matera est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1993, ce qui a contribué à accroître sa notoriété.


Le cinéma a aussi fait appel à elle pour recréer le décor imaginaire de l’antiquité chrétienne dans « L’Evangile selon Saint Matthieu » de Pier Paolo Pasolini ou dans « La Passion du christ », signé Mel Gibson.




— Source : Matera (Italie) © 2018 AFP




Aron O’Raney —




03 mars 2026

≡ Le Lyrisme Absolu


Je Voudrais Exploser,

Couler, Me Décomposer,

Que Ma Destruction Soit Mon Œuvre,

Ma Création,

Mon Inspiration; 


M’accomplir Dans L’anéantissement,

M’élever,

Dans Un Élan Démentiel,

Au-Delà Des Confins,

Et Que Ma Mort Soit Mon Triomphe.


Je voudrais me fondre dans le monde et que le monde se fonde en moi, que nous accouchions, dans notre délire, d’un rêve apocalyptique, étrange comme une vision de la fin et magnifique, tel un grand crépuscule.


Que naissent, du tissu de notre rêve, des splendeurs énigmatiques et des ombres conquérantes, qu’un incendie total engloutisse le monde et que ses flammes provoquent des voluptés crépusculaires, aussi compliquées que la mort et fascinantes, comme le néant.


Il faut des tensions démentielles pour que le lyrisme atteigne son expression suprême.


Le lyrisme absolu est celui des derniers instants. L’expression s’y confond avec la réalité, devient tout, devient une hypostase de l’Être.


Non plus objectivation partielle, mineure et non révélatrice, mais partie intégrante de vous-même.


Désormais ne comptent pas seulement la sensibilité ou l’intelligence, mais aussi l’Être, le corps tout entier, toute votre vie avec son rythme et ses pulsations.


Le lyrisme total n’est rien d’autre que le destin porté au degré suprême de la connaissance de soi.


Chacune de ses expressions est un morceau de vous-même.


Aussi ne le retrouve-t-on que dans les moments essentiels, où les états exprimés se consument en même temps que l’expression elle-même, comme le sentiment de l’agonie et le phénomène complexe du mourir.


L’acte et la réalité coïncident : le premier n’est plus une manifestation de la seconde, mais bien celle-ci même.


Le lyrisme comme penchant vers l’auto-objectivation se situe au-delà de la poésie, du sentimentalisme…


Il se rapproche davantage d’une métaphysique du destin, dans la mesure où s’y retrouvent une actualité totale de la vie et le contenu le plus profond de l’être en quête de conclusion.


En règle générale, le lyrisme absolu tend à tout résoudre dans le sens de la mort.


Car tout ce qui est capital a trait à la mort. […]



Extraits de « Sur les cimes du désespoir » — 1934




— Emil Cioran —