11 février 2026

≡ Cultiver L’Harmonie



Écoute Le Chant De La Vie.  

Conserve En Ta Mémoire La Mélodie Que Tu Entends. 

Apprends D’elle La Leçon D’harmonie.



— Tu peux te tenir debout maintenant, ferme comme un roc au milieu de la tourmente, obéissant au guerrier qui est toi-même et qui est ton roi. 


Sans autre intérêt que de lui obéir — Ne te souciant point du résultat de la bataille, car une seule chose importe : c’est que le guerrier soit vainqueur, et tu sais qu’il ne peut être vaincu, 


— Tiens-toi calme, attentif, et mets à profit l’entendement que tu as acquis par la douleur et par la destruction de la douleur. 


Seuls des fragments de la grande symphonie peuvent parvenir à ton oreille tandis que tu n’es encore qu’un homme. Mais si tu les entends, gardes-en fidèlement la mémoire, afin qu’aucun d’eux ne soit perdu pour toi, Et tâche d’apprendre la signification du mystère qui t’environne. 


Avec le temps, tu n’auras plus besoin d’un instructeur.


Car de même que l’individu possède une voix, de même en possède une ce en quoi l’individu existe. 


La vie elle-même a le don de s’exprimer et n’est jamais silencieuse. 


Son expression n’est point un cri — comme toi qui es sourd pourrais le supposer : Elle est un chant. 


Apprends d’elle que tu fais toi-même partie de l’harmonie; apprends d’elle à obéir aux lois de l’harmonie.




— II — 46,47 — Note I

— Traité sur la Sagesse Orientale




La Lumière Sur Le Sentier —




 

≡ Dans La « Lumière Fossile » Du Camp

Au cœur de Phnom Penh, le camp S21, installé dans une école, a été le réacteur de la machine de mort des Khmers rouges (crédit : Adobe Stock).


💀 Inlassable passeur de la mémoire du génocide cambodgien, Rithy Panh — toujours en tandem avec Christophe Bataille — nous ramène avec Quartier des Fantômes (Grasset) au cœur de la mécanique homicide, dans le sinistre camp S21 de Phnom Penh où furent torturés puis assassinés près de 17.000 hommes, femmes et enfants.


LE PROPOS


Rithy Panh, qui a déjà arpenté à plusieurs reprises les couloirs du camp S21 dans ses films, documentaires et écrits, confie, dans ce livre aussi dense que bref, de nouveaux souvenirs, de nouvelles interrogations, de nouvelles angoisses.


En apparence décousu, passant d’une idée à l’autre au fil des paragraphes, le récit dégage au bout de quelques pages une impression atroce, glaciale, qui — si on l’amplifiait — permettrait peut-être de commencer à imaginer l’horreur qui se déchaîna dans ce centre de torture.


Tout dans les vestiges de S21 parle de la mort. Les murs eux-mêmes semblent composés des os, du sang, des excréments, de la poussière des victimes. Malgré le caractère palpable de la mémoire, les mots sont incapables de l’exprimer. « La lumière de S21 est fossile », écrit Rithy Panh.


LE CONTEXTE


De 1975 à 1979, Pol Pot — formé à l’école du marxisme-léninisme et chef des Khmers Rouges — impose au Cambodge un régime sanglant. Son objectif : établir une société purement agraire et ouvrière, débarrassée de toute influence « capitaliste ».


Pour établir ce régime, il vide les villes de ses habitants, liquide tous les « traîtres » qui freinent l’avènement d’un « peuple nouveau ». Le Cambodge devient une immense fosse commune : on compte 2 millions de morts sur une population de 7,7 millions d’habitants avant 1975.


Né en 1964, Rithy Panh a été témoin de l’« autogénocide » cambodgien durant son enfance et son adolescence. Il a réussi à quitter le pays en 1979 et s’est établi en France.


👉 Rithy Panh, Christophe Bataille, Quartier des Fantômes, Grasset, 125 p., 15 €.


▶️ Pour feuilleter quelques pages du livre, suivez ce lien.




— 22 janvier 2026

— Source documentaire : L’Essentiel Nice




Aron O’Raney —




10 février 2026

≡ La Sagesse Et Moi



Dans Le Silence De La Nuit, La Sagesse Entra Dans Ma Chambre Et S’Arrêta Près De Mon Lit. Elle Me Regarda Comme Une Mère Aimante, Sécha Mes Larmes Et Dit :


« J’ai entendu pleurer ton âme et je suis venue te consoler. Ouvre-moi ton cœur, et je le remplirai de lumière. Demande-moi, et je te montrerai le chemin de la Vérité. »


Je Répondis À Son Invite Et Demandai :


― Qui suis-je, Sagesse, et comment suis-je arrivé dans cet endroit horrible ?Quels sont ces immenses espoirs, ces montagnes de livres et ces figures étranges ? Quelles sont ces pensées qui vont et viennent telle une envolée de colombes ? 


— Quels sont ces mots que nous composons dans le désir et écrivons dans la joie? Quelles sont ces conclusions chagrines et joyeuses qui étreignent mon âme et enveloppent mon cœur? 


— À qui sont ces yeux qui me regardent et me transpercent au plus profond de l’âme, mais ignorent mon chagrin ? Quelles sont ces voix qui se lamentent sur le passage du temps et chantent les louanges de mon enfance ? 


— Qui est cette jeunesse qui joue avec mes désirs et se moque de mes sentiments, qui oublie les actes d’hier, se contente de la médiocrité d’aujourd’hui et s’arme contre la lente approche de demain ?


— Quel est ce monde épouvantable qui me fait me mouvoir — et vers quelle contrée inconnue ?


— Quelle est cette terre aux mâchoires béantes qui engloutit nos corps et prépare un refuge éternel à l’avidité ? Qui est cet Homme qui se satisfait des bienfaits de la Fortune et quémande les lèvres de la Vie tandis que la Mort le frappe au visage ? 


— Qui est cet Homme qui achète un moment de plaisir contre une année de repentir et s’abandonne au sommeil tandis que les rêves l’appellent ? Oui, est cet Homme qui nage sur les vagues de l’Ignorance vers le golfe des Ténèbres ? 


« Dis-moi, Sagesse, que sont toutes ces choses ? »


Et La Sagesse Ouvrit Les Lèvres En Disant :


— Toi, l’Homme, tu vois le monde avec les yeux de Dieu et tu comprends les secrets de l’au-delà par la pensée humaine. Tel est le fruit de l’ignorance.


— Va dans les champs et vois comment l’abeille tourbillonne au-dessus des fleurs sucrées et comment l’aigle fond sur sa proie. Va chez ton voisin et regarde le nourrisson fasciné par le feu dans l’âtre, pendant que sa mère vaque à ses tâches. 


— Sois comme l’abeille et ne gâche pas tes jours de printemps à contempler ce que fait l’aigle. Sois comme un enfant qui se réjouit d’un feu et laisse vivre sa mère. Tout ce que tu vois a été, et est encore à toi.


— Les innombrables livres, les formes émanées et les belles pensées qui t’entourent sont les fantômes des esprits qui ont existé avant toi. Les mots que prononcent tes lèvres sont les maillons de la chaîne qui te relie aux autres hommes. 


— Les conclusions chagrines et joyeuses sont les graines semées par le passé dans le champ de ton âme que fera mûrir le futur.


— La Jeunesse qui joue avec tes désirs est celle qui ouvrira la porte de ton cœur pour qu’y pénètre la Lumière. La Terre qui ouvre sa bouche béante pour engloutir l’homme et ses œuvres libère nos âmes de la servitude de nos corps.


— Le monde qui avance avec toi est ton cœur, qui est le monde lui-même. Et l’Homme, que tu condamnes à la médiocrité et à l’ignorance, est le messager de Dieu qui est venu apprendre la Joie de la Vie à travers le chagrin et acquérir la Connaissance par l’ignorance. »


Ainsi Parla La Sagesse,

Puis Elle Posa Une Main Sur Mon Front Brûlant Et Dit :


« Continue D’avancer. Ne T’attarde Pas. Marcher De L’avant, C’est Aller Vers La Perfection. Avance, Sans Craindre Les Épines Ou Les Pierres Aiguisées Sur Le Sentier De La Vie. »




Extrait de « La voie de l’éternelle sagesse »




Khalil Gibran (1883-1931) —