19 mars 2026

≡ Toucher La Lumière


Par une nuit de pleine lune

Essaye de fixer la galaxie

Tu verras qu’elle est cours d’eau

Avec tes bras pour affluents

Ta poitrine pour estuaire

 

Aujourd’hui, le ciel a écrit son poème

A l’encre blanche

Il l’a appelé neige

 

Ton rêve rajeunit tandis que tu vieillis

Le rêve grandit en marchant

Vers l’enfance

 

Le rêve est une jument

Qui au loin nous emporte

Sans jamais se déplacer

 

Le nuage est las de voyager

Il descend à la plus proche rivière

Pour laver sa chemise

A peine a-t-il mis les pieds dans l’eau

Que la chemise se dissout

Et disparaît

 

Une rose sort de son lit

Prends les mains du matin

Pour se frotter les yeux

 

Le palmier parle avec son tronc

La rose avec son odeur

 

Le vent et l’espace vagabondent

Main dans la main

 

Arc-en-ciel ?

Unité du Ciel et de la Terre

Tressés en une seule corde

 

Il marche sur les versants de l’automne

Appuyé au bras du printemps

 

Le Ciel pleure lui aussi

Mais il essuie ses larmes

Avec le foulard de l’horizon

 

Quand vient la fatigue

Le vent déroule le tapis de l’espace

Afin de s’y allonger

 

Dans la forêt de mes jours

Aucune place

Sauf pour le vent

 

Pour toucher la lumière

Tu dois t'appuyer sur ton ombre

 

Je sens parfois que le vent

Est un enfant qui crie

Porté sur mes épaules

 

Comment décrire à l’arbre

Le goût de son fruit ?

A l’arc

Le travail de la corde ?

 

Telle une main

La lumière se déplace

Sur le corps des ténèbres

 

C’est l’épaule de l’espace

Qui s’effondre là-bas

Sous les nuages noirs

 

L’espace dans l’œil de la guillotine

Est lui aussi tête à couper

 

Tu ne peux être lanterne

Si tu ne portes la nuit

Sur tes épaules

 

Je conclurai un pacte avec les nuages

Pour libérer la pluie

Un autre avec le vent

Pour qu’il nous libère

Les nuages et moi

 

La parole est demeure dans l’exil

Chemin dans la patrie

 

Qu’il est étrange, ce pacte

Entre les vagues et le rivage

Le rivage écrit le sable

Les vagues effacent l’écriture

 

Mémoire – ton autre demeure

Où tu ne peux pénétrer

Qu’avec un corps devenu

Souvenir




— Source : « in Toucher la lumière », Ed. Fata Morgana, 1997

— Traduit de l’arabe par Anne Wade Minkowski.




Adonis —




 

≡ Au Brésil, Après Le Déluge…

Une habitante sauve ses animaux de compagnie après des inondations et des glissements de terrain dans le quartier de Três Moinhos, à Juiz de Fora, dans l’Etat de Minas Gerais, au Brésil, le 26 février 2026 — AFP — Pablo Porciuncula


•— Après le déluge, le chien Paquito et d’autres animaux de compagnie sauvés au Brésil


Il tremble, l’air apeuré, mais il est en sécurité. Paquito, petit chien au pelage blanc et noir, a été sauvé d’une zone à risque deux jours après les pluies diluviennes qui ont fait plus de 50 morts dans le Sud-Est du Brésil.


Quand les zones touchées par des glissements de terrain ont été évacuées, les animaux de compagnie sont souvent restés dans les maisons menacées par de nouvelles coulées de boue.


« Les gens doivent partir en courant et ils n’ont pas le temps de prendre leurs animaux de compagnie. C’est à nous de les sauver des décombres, de les examiner et de les rendre ensuite à leurs maîtres », raconte à l’AFP Marina Souza, vétérinaire bénévole du Groupe de secours d’animaux lors de catastrophes naturelles (Grad).


Les précipitations ayant débuté dans la nuit de lundi à mardi ont ravagé les municipalités de Juiz de Fora et Uba, dans une région vallonnée de l’Etat du Minas Gerais (sud-est).


Au moins 55 personnes ont péri dans des inondations et glissements de terrain, et 13 personnes sont encore portées disparues.


Alferina Maria, femme au foyer de 45 ans n’avait pas pu prendre Paquito avec elle au moment d’évacuer Três Moinhos, quartier pauvre de Juiz de Fora atteint par deux coulées de boue en trois jours.


« Ils nous ont dit de prendre juste nos papiers d’identité pour être hors de danger au plus vite, mais j’étais inquiète pour Paquito. Il appartenait à ma mère, qui est décédée (avant les intempéries), et il était resté à la maison », raconte-t-elle.


 Chiens, chats et perruches


Gina Lourenço de Souza, une autre habitante du quartier, descend une ruelle en pente raide rendue glissante à cause de la boue, les bras chargées de deux cages remplies d’oiseaux.


« Quand le terrain a cédé, je n’ai emporté que ma petite chatte et deux perruches. Aujourd’hui j’ai pu aller chercher mes bébés », les autres oiseaux, dit cette femme de ménage de 46 ans, le souffle court et les larmes aux yeux.


Des secouristes bénévoles examinent un chien secouru après des inondations et des glissements de terrain dans le quartier de Tres Moinhos, à Juiz de Fora, dans l’Etat de Minas Gerais, au Brésil, le 26 février 2026 (AFP — Pablo Porciuncula)


« Ma mère, ma fille, mon mari et moi, nous sommes en sécurité, mais ma famille, c’est aussi des êtres à poils et à plumes », lâche-t-elle.


La vétérinaire Marina Souza a fort à faire à Três Moinhos, où elle a sauvé une quinzaine de chiens en quelques heures jeudi. Son sauvetage le plus marquant? Celui du petit chien Benny, dans un autre quartier sinistré de Juiz de Fora.


« Il appartenait à un petit garçon de 11 ans porté disparu après une coulée de boue. On a sauvé le chien, mais on a appris que les pompiers avaient trouvé le corps du petit garçon », raconte-t-elle avec émotion.


Le sort des animaux de compagnie est un sujet particulièrement important au Brésil, où chiens et chats sont largement plus nombreux que la population de moins de 14 ans dans un pays où la natalité est en baisse.




— 26 février 2026 

— Source : AFP avec Sciences Et Avenir




Aron O’Raney —




18 mars 2026

≡ En Parlant de La Gentillesse…

La gentillesse est dans la volonté de chercher à comprendre ce qui anime le cœur humain et, une fois ces motifs bien établis, d’essayer de les satisfaire s’ils sont de nature positive. — Getty Images 


Mieux que la bienveillance, la gentillesse est la qualité la plus précieuse chez un être humain


— La gentillesse est une manière d’être au monde, dans l’affirmation de sentiments qui prennent avant tout compte de l’autre.


Les gens méchants me fatiguent. Les calculateurs, les ambitieux, ceux prêts à tout pour arriver, aussi. Les faux gentils, les hypocrites, les manipulateurs, idem. La vie est trop courte pour s’embarrasser de leur présence. Ils peuvent très bien vous susurrer mille compliments et la seconde suivante, sitôt votre dos tourné, se répandre en calomnies sur votre compte. La plupart du temps, ils n’aiment personne, sinon eux-mêmes. Et c’est seuls qu’ils finissent leur vie, quand enfin leur entourage a réalisé la nature du venin qui coulait dans leurs veines.


Ce sont de sales types. On les trouve partout, à chaque instant de notre vie. Au travail, parmi le cercle de nos amis, à l’intérieur du clan familial. Ils sont là, faussement affables, mielleux au possible, précieux, mais quand ils vous parlent, on sent déjà leur esprit réfléchir au meilleur moyen de profiter de vous et de vos services. Ils vivent par procuration, dans cette obsession à user de toutes les ficelles pour arriver à leurs fins. Et lorsqu’à force de manigances, ils triomphent, sitôt leur succès fêté, ils pensent déjà à leur prochaine victime sur qui exercer leur magistère.


Je les reconnais au premier regard. L’expérience est passée par là, elle s’est transformée en intuition qui se trompe rarement. Il y a quelque chose de malsain en eux, une sorte d’ambivalence dont on perçoit tout de suite les signes extérieurs. Ils vous écoutent, mais ne vous entendent pas: ils calculent déjà à quoi vous pourriez bien leur être utile. Ils peuvent être démonstratifs dans leur amitié, chaleureux même, mais toujours d’une manière obséquieuse comme s’ils obéissaient à des instincts, non pas nés d’un élan spontané du cœur, mais venus tout droit de leur esprit mal tourné.


Je les fuis comme la peste, je ne veux rien avoir à voir avec eux. Je préfère fréquenter une crapule, un couillon, un hypocrite même, que ce genre de personnage. Leur cœur est corrompu. Ils peuvent être autoritaires ou hautains, nonchalants ou désinvoltes, mais un trait les réunit, un machiavélisme rentré qui s’exprime seulement quand les choses les concernent de près. Alors, ils apparaissent tels qu’ils sont vraiment: tranchants, secs, sans la moindre trace de compassion ou de pitié.


— La gentillesse est la délicatesse de l’âme qui ne dit rien, mais n’en pense pas moins. Elle est l’attention et la consolation, la sœur attendrie de la compassion.


La gentillesse, au contraire, ne court pas les rues. Elle n’est pas tapageuse, elle ne s’exhibe pas, elle ne cherche pas à se faire voir. Elle est une disposition de l’esprit qui cherche toujours à faire passer l’autre avant soi. Si elle ne sait pas dire non, ce n’est ni par faiblesse ni par manque de caractère, mais dans cette générosité de l’âme où ses propres intérêts passent toujours après ceux destinés à autrui, du moins si elle les juge dignes de recevoir ses attentions.


La gentillesse n’est pas la bienveillance, terme générique désormais mis à toutes les sauces. La bienveillance telle qu’on l’entend aujourd’hui a quelque chose d’éminemment politique, une sorte de gentillesse obligée et contrainte qui ressemble à s’y méprendre à de la componction ou à de la mollesse. On est bienveillant comme on est contre la guerre, une sorte de posture qui ne veut rien dire, mais dont on abuse pour se donner le beau rôle.


La gentillesse n’est rien de tout cela. Elle ne se décrète ni ne se fabrique pas; elle est. Elle n’a rien à voir avec la charité, qui procède souvent d’un commandement, d’une obligation faite pour obéir à une puissance supérieure. Elle n’est pas non plus l’expression béate d’un amour du prochain. Elle n’a rien de sacrificiel et sait se défendre si on l’attaque, elle peut même mordre si jamais on cherche à abuser d’elle.


La gentillesse est dans l’amitié qui jamais ne se défait. Elle est dans l’amour qui peut excuser, mais sans pardonner. Elle est dans la volonté de chercher à comprendre ce qui anime le cœur humain et, une fois ces motifs bien établis, d’essayer de les satisfaire s’ils sont de nature positive. Elle est plus dans la compréhension que dans le jugement. Elle est la délicatesse de l’âme qui ne dit rien, mais n’en pense pas moins. Elle est l’attention et la consolation, la sœur attendrie de la compassion.


La gentillesse n’a rien de naïf, mais est capable de l’être si jamais la situation l’exige. Elle ne recherche ni récompenses ni satisfecit. Ses attentes sont ailleurs, dans la joie qu’elle peut procurer à ceux dont elle se sent proche. Elle est dans l’effacement qui appelle la bonté, dans la générosité qui convoque le sacrifice, dans l’attachement à l’autre, au-delà de ses manques et de ses lâchetés.


— Au fond, elle est tout ce que je ne suis pas!




— 28 février 2026

— Source : Slate France

— Laurent Sagalovitsch




Aron O’Raney —