05 mai 2026

≡ Celui Qui Écoute


0 Vent, Toi Qui Nous Frôles, Tantôt Chantant Avec Douceur Et Tendresse, Tantôt Soupirant Et Te Lamentant, Nous T'entendons, Mais Ne Pouvons Te Voir. Nous Sentons Ta Caresse, Mais Ne Pouvons Distinguer Ta Forme. 


Tu es comme un océan d'amour qui engloutit nos esprits, mais ne les noie point.


Tu montes à l'assaut des collines et tu descends dans les vallées, te répandant dans les champs et les prairies. Il y a de la force dans ton ascension, de la douceur dans ta descente et de la grâce dans ta dispersion. Tu es comme un roi miséricordieux, affable envers les opprimés, mais sévère envers les arrogants et les forts.


— En automne, tu gémis au fond des vallées, et les arbres se font l'écho de tes lamentations.


— En hiver, tu brises tes chaînes, et toute la Nature se rebelle avec toi.


— Au printemps, tu sors de ton sommeil, encore timide et irrésolu, et, sous tes mouvements indécis, les champs commencent à s'éveiller.


— En été, tu te caches derrière le voile du Silence comme si tu étais mort, frappé par les rayons du soleil et les lances de la chaleur.


Te lamentais-tu vraiment à la fin de l'automne, ou riais-tu des arbres rougissant de leur nudité? 


Étais-tu furieux en hiver, ou dansais-tu autour du tombeau de la Nuit recouvert de neige? 


Te languissais-tu au printemps, ou pleurais-tu la perte de ta bien-aimée, Jeunesse de toutes les Saisons?


Étais-tu par hasard mort en ces jours d'été, ou n'étais-tu qu'endormi au cœur des fruits, dans les yeux des vignobles ou dans les oreilles du blé sur les aires de battage?


Des Rues Des Cités, Tu Te Lèves Et Transportes Les Germes De La Peste; Des Collines Tu Diffuses L'haleine Parfumée Des Fleurs. 


Ainsi, la grande Âme soutient-elle le chagrin de la Vie et rencontre-t-elle ses joies en silence?


À l'oreille de la rose, tu chuchotes un secret dont elle saisit le sens; souvent, elle en est troublée — puis elle s'en réjouit. 


— Ainsi agit Dieu avec l'Âme de l'Homme.


Tantôt, tu t'attardes, tantôt tu te précipites ici et là, sans cesse en mouvement. 


— Ainsi en va-t-il de l'esprit de l'Homme, qui vit lorsqu'il agit et meurt lorsqu'il est oisif.


Tu écris des chansons à la surface de l'eau, puis tu les effaces. 


— Ainsi fait le poète quand il crée.


Du Sud, tu arrives aussi chaud que l'Amour, et du Nord, aussi froid que la Mort. 


De l'Est, aussi doux que la caresse de l'Âme, et de l'Ouest, aussi fier que la Colère et la Fureur. 


— Es-tu inconstant comme le Temps, ou bien es-tu le messager des grandes nouvelles venant des quatre points cardinaux?


Tu te déchaînes à travers le désert, tu piétines d'innocentes caravanes et les enterres sous des montagnes de sable. 


— Es-tu cette même brise folâtre qui tremble à l'aube dans les feuilles et les branches, et file comme un rêve dans les sinuosités des vallées, où les fleurs s'inclinent pour te saluer et où l'herbe s'affaisse, ivre de ton souffle?


Tu te lèves du fond des océans, de ta chevelure, tu secoues leurs profondeurs silencieuses et, dans ta fureur, tu détruis les bateaux et les équipages. 


— Es-tu cette même douce brise qui caresse les boucles des enfants lorsqu'ils jouent devant leur maison?


Où emportes-tu nos cœurs, nos soupirs, nos souffles et nos sourires? 


Que fais-tu des flambeaux de nos âmes? 


Les emportes-tu par-delà l'horizon de la Vie? 


Les entraînes-tu telles des victimes sacrificielles dans d'horribles grottes lointaines pour les anéantir?


Dans la nuit paisible, les cœurs te révèlent leurs secrets. Et à l'aube, les yeux s'ouvrent sous ta douce caresse. 


— Te soucies-tu de ce que le cœur a ressenti et de ce que les yeux ont vu?


Entre tes ailes, l'anxieux dépose l'écho de ses chants mélancoliques, l'orphelin les fragments de son cœur brisé et l'opprimé ses soupirs douloureux. Dans les plis de ton manteau, l'étranger dépose sa nostalgie, le délaissé son fardeau et la femme déchue son désespoir.


Gardes-tu tout cela en lieu sûr pour les humbles?


Où, es-tu comme notre Mère la Terre, qui ensevelit tout ce qu'elle fait naître?


Entends-tu ces cris et ces lamentations? 


Entends-tu ces plaintes et ces soupirs? 


Ou, es-tu comme l'orgueilleux et le puissant qui ne voit pas la main tendue ni n'entend les pleurs des miséreux?


Ô Vie de tous ceux qui écoutent, entends-tu?



— Extrait de «La voie de l'éternelle sagesse»





Khalil Gibran (1883-1931) —



 

≡ Archimède… Un Écrit Retrouvé En France


L’héritage d’Archimède continue de fasciner, plus de deux millénaires après sa mort.


Un chercheur du CNRS, Victor Gysembergh, est parvenu à identifier une page du célèbre palimpseste d’Archimède longtemps considérée comme disparue.


Le mystérieux palimpseste d’Archimède


Certains textes conservés dans ce codex en constituent aujourd’hui les seules versions connues en grec ancien, notamment La Méthode ou Des corps flottants.


Au Moyen Âge, une partie de l’ouvrage fut effacée afin de réutiliser le support pour d’autres écrits, à une époque où le parchemin coûtait très cher.


Au début du XXIe siècle, le document a été étudié grâce à l’imagerie multispectrale, révélant à la fois l’absence de certaines pages et, sous les écritures médiévales, les écrits antiques du mathématicien grec.


Une page retrouvée dans les collections d’un musée français


Le feuillet, confirmé comme étant le numéro 123 du manuscrit médiéval contenant les écrits du savant de Syracuse, renferme un passage du traité De la sphère et du cylindre, plus précisément les propositions 39 à 41 du premier livre. 


Cette page réapparue dans les collections du musée des Beaux-Arts de Blois ouvre désormais la voie à de nouvelles analyses scientifiques, susceptibles de révéler davantage de choses sur les secrets d’Archimède.


Un génie de l’Antiquité


Mathématicien, physicien et ingénieur, il est considéré comme l’un des plus grands scientifiques de son temps. En effet, ses travaux ont posé les bases de la géométrie avancée, de l’hydrostatique et de méthodes mathématiques modernes.


Parmi ses découvertes les plus célèbres figure le principe de la poussée des fluides, connu sous le nom de principe d’Archimède. Il inventa également la vis d’Archimède, un dispositif permettant de remonter l’eau pour l’irrigation, encore utilisé aujourd’hui dans certaines régions du monde. 


On lui attribue également plusieurs machines ingénieuses destinées à la défense de Syracuse, telles que de légendaires miroirs capables de concentrer et de réfléchir la lumière du Soleil pour mieux enflammer les navires ennemis. 


La vie d’Archimède s’achève en -212, lors du siège de Syracuse par les armées romaines dirigées par le général Marcus Claudius Marcellus, pendant la deuxième guerre punique. 


Son tombeau fut alors décoré d’une sphère inscrite dans un cylindre, symbole de l’un de ses résultats mathématiques les plus célèbres.



— 21 mars 2026

— Source : Boulevard Voltaire

— Extraits d’un article de : Eric de Mascureau 





Aron O’Raney —




 

04 mai 2026

≡ L'Homme Pauvre…


Si l'on me demandait ce qu'il faut entendre par un homme pauvre qui ne veut rien, je répondrais : 


Aussi longtemps qu'un homme veut encore quelque chose, même si cela est d'accomplir la volonté toute chère de Dieu, il ne possède pas la pauvreté dont nous voulons parler. 


Cet homme a encore une volonté : accomplir celle de Dieu, ce qui n'est pas la vraie pauvreté. En effet, la véritable pauvreté est libre de toute volonté personnelle et, pour la vivre, l'homme doit se saisir tel qu'il était lorsqu'il n'était pas.


Je vous le dis, par l'éternelle vérité : aussi longtemps que vous avez encore la soif d'accomplir la volonté de Dieu, et le désir de l'éternité de Dieu, vous n'êtes pas véritablement pauvre, car seul est véritablement pauvre celui qui ne veut rien et ne désire rien. 


Quand j'étais dans ma propre cause, je n'avais pas de Dieu et j'étais cause de moi-même, alors je ne voulais rien, je ne désirais rien, car j'étais un être libre et me connaissais moi-même selon la vérité dont je jouissais. Là, je me voulais moi-même et ne voulais rien d'autre, car ce que je voulais, je l'étais, et ce que j'étais je le voulais. J'étais libre de Dieu et de toute chose.


Mais lorsque, par ma libre volonté, j'assumais ma nature créée, alors Dieu est apparu, car avant que ne fussent les créatures, Dieu n'était pas Dieu, il était ce qu'il était. Mais lorsque furent les créatures, Dieu n'a plus été Dieu en lui-même, mais Dieu dans les créatures.


Or, nous disons que Dieu, en tant que ce Dieu-là, n'est pas l'accomplissement suprême de la créature, car, pour autant qu'elle est en Dieu, la moindre créature a la même richesse que lui.


S'il se trouvait qu'une mouche a l'intelligence et pouvait appréhender l'éternel d'où elle émane, nous dirions que Dieu, avec tout ce qu'il est, en tant que Dieu, ne pourrait satisfaire cette mouche.


C'est pourquoi nous prions d'être libres de Dieu et d'être saisi de cette vérité et d'en jouir éternellement là où les anges les plus élevés, la mouche et l'âme sont un; là où je me tenais, où je voulais ce que j'étais, et étais ce que je voulais.


Nous disons donc que l'homme doit être aussi pauvre en volonté que lorsqu'il n'était pas. C'est ainsi qu'étant libre de tout vouloir, cet homme est vraiment pauvre. Pauvre en second lieu est celui qui ne sait rien. Nous avons souvent dit que l'homme devrait vivre comme s'il ne vivait ni pour lui-même, ni pour la vérité, ni pour Dieu.


Nous allons maintenant encore plus loin en disant que l'homme doit vivre de telle façon qu'il ne sache d'aucune manière qu'il ne vît ni pour lui-même, ni pour la vérité, ni pour Dieu.


Bien plus, il doit être à tel point libre de tout savoir qu'il ne sache ni ne ressente que Dieu vit en lui. Mieux encore, il doit être totalement dégagé de toute connaissance qui pourrait encore surgir en lui. Lorsque l'homme se tenait encore dans l'être éternel de Dieu, rien d'autre ne vivait en lui que lui-même.



(Sermon 52, selon la numérotation de Josef Quint 

dans Die deutschen Werke)





Maître Eckhart —