24 juillet 2026

≡ Dans La Confusion Et L’égarement...


Quand tu es perdu, 

Indécis, ou désorienté,
Pense à l'arbre.


L'arbre feuillu avec peu de racines,
Se trouve déraciné au moindre vent,

L'arbre bien ancré, mais peu feuillu,
Laisse circuler péniblement la sève.


Ainsi,
Racine et Feuillage doivent croître
En harmonie parfaite,

Dans la même mesure,

Ici et maintenant,
Présent à toi-même,
Tu dois être le compas qui dirige,
Et le cercle qui se trace.


Dans l'indécision,
Quand plusieurs routes s'ouvrent devant toi,
Choisis la patience,
Assieds-toi et attends.


Respire profondément,
Recherche le calme en toi,
Installe-toi dans la confiance,
Ne te laisse pas égarer.


Attends,
Encore, encore, et encore.

Dans l'immobilité et le silence,
L'unité retrouvée,
Écoute le message du cœur.


Lève-toi, et choisis la voie.



— 3 juillet 2011







Jean Rumoncey —



 

23 juillet 2026

≡ Qui Était Sainte Hildegarde ?

💒— Qui était donc Sainte Hildegarde de Bingen, cette étonnante moniale fondatrice de monastères, naturaliste, musicienne, peintre et visionnaire ?


Dixième enfant d’une famille noble de Bemersheim, en Rhénanie, Hildegarde reçoit, dès l’âge de trois ans, des visions qui l’accompagneront pendant soixante-dix-huit ans.


C’est sans doute pour cette raison que ses parents la confient très tôt — à huit ans — au couvent dépendant du monastère bénédictin de Disibodenberg, près de Mayence.


La mère supérieure, Jutta de Sponheim, amie de la famille, veille à son instruction. Hildegarde prononce ses vœux perpétuels et reçoit, vers quinze ans, le voile monastique des mains de son évêque.


À la mort de Jutta, Hildegarde, âgée de 38 ans, est élue abbesse par les sœurs. Les années de vie monastique, rythmées par le travail, l’étude et la prière, lui ont donné une immense érudition — qu’elle nie pourtant avec humilité.


🟤—Des visions incandescentes


À 42 ans et 7 mois, Hildegarde reçoit l’ordre divin de rendre ses visions publiques : « Écris ce que tu vois et ce que tu entends. » Elle lutte longtemps avant d’obéir.


La maladie la contraint finalement à commencer, aidée du moine Volmar, son premier livre, le Scivias. Dix années de travail, de doutes et d’hésitations suivent. Elle sollicite même l’avis du pape par l’intermédiaire de Bernard de Clairvaux. En 1148, au synode de Trèves, le pape Eugène III lit publiquement un de ses textes et l’encourage : « Écrivez donc ce que Dieu vous inspire. »


Dans ce livre foisonnant de visions, Hildegarde retrace l’histoire sainte, de la création à la rédemption finale. Chaque vision est décrite, interprétée et éclairée spirituellement selon les codes bibliques et patristiques de son temps, portés par une audace de style remarquable. Ces pages incandescentes inspireront plus tard Dante et sa Divine Comédie.


🟤—Son couvent rayonne


Le petit couvent féminin de Disibodenberg vit encore sous la tutelle du monastère masculin, mais son rayonnement grandit : les vocations affluent, les dons aussi. Hildegarde souhaite fonder sa propre abbaye. Face au refus de l’abbé, elle tombe gravement malade. L’autorisation finit par être accordée.


Elle s’installe près de Bingen, à Rupertsberg, où elle passera le reste de sa vie. Plus tard, elle fonde un second monastère à Eibingen, tout aussi proche. Ainsi, celle dont la parole franchira les siècles ne quittera jamais qu’un étroit territoire de Rhénanie.


Hildegarde est aussi musicienne. Elle compose 77 pièces liturgiques, parmi les plus anciennes conservées intégralement. Son drame musical, Ordo Virtutum, créé en 1152 à Rupertsberg, sera rejoué à Cologne huit siècles plus tard.


🟤—Au centre de ses recherches, l’Homme


Femme libre dans un monde d’hommes, Hildegarde dirige, fonde, discute avec les autorités civiles et religieuses. Et, chose rare pour une moniale recluse, elle parcourt les villes pour prêcher : de 1158 à 1170, elle s’adresse aux foules à Mayence, Wurtzburg, Bamberg, Trèves et Cologne.


Elle écrit sans relâche : le Livre des mérites de la vie, puis le Livre des œuvres de Dieu. Elle compose aussi deux ouvrages médicaux — les seuls du XIIᵉ siècle à nous être parvenus — consacrés aux maladies et à leurs remèdes. Il ne s’agit pas d’ésotérisme, mais d’un souci profond de soigner l’homme dans sa globalité.


L’homme est au cœur de sa théologie : l’homme rejoint par le Christ, inscrit au centre du cosmos. Trois siècles avant Léonard de Vinci, Hildegarde représente l’homme aux bras étendus au cœur de l’univers, libre de s’élever vers son Créateur.


Hildegarde meurt à 81 ans, entourée de ses sœurs, à Rupertsberg. Sa renommée est telle que sa vie est racontée de son vivant. Puis viennent des siècles d’oubli. 


Redécouverte à la fin des années 1980, elle devient une figure majeure d’une pensée symbolique, holistique et spirituelle, à la croisée de la tradition et d’une vision profondément humaine de Dieu et du monde.




— Extraits de textes  

— Origine : Jean-Pierre Rosa







Aron O’Raney —




 

22 juillet 2026

≡ Le soleil s’était couché


Le soleil s’était couché, et la forme pure des arbres se profilait sur le ciel qui se laissait gagner par les ténèbres. 


Le fleuve, large et puissant, roulait ses eaux paisibles. La lune commençait à apparaître à l’horizon; elle montait entre deux grands arbres, mais elle ne jetait pas encore d’ombre.


Nous gravîmes la rive escarpée du fleuve et prîmes un sentier qui longeait des champs de blé vert. Ce sentier était une voie très ancienne; des milliers et des milliers de pieds l’avaient foulé avant nous, et il était aussi riche de traditions que de silence. Il serpentait parmi les champs et les manguiers, les tamariniers et les tombeaux abandonnés. 


Les pois de senteur parfumaient délicieusement l’air. Les oiseaux s’installaient pour la nuit, et un grand étang commençait à réfléchir les étoiles. La nature n’était pas très communicative ce soir-là. Les arbres se laissaient envahir par la nuit et se taisaient. Quelques jeunes gens passèrent à bicyclette en bavardant, puis, de nouveau ce fut le silence, vaste et profond, et cette paix qui vient lorsque toutes les choses sont seules.


Cette solitude n’est pas la douloureuse et terrifiante solitude de l’esprit. C’est la solitude de l’Être; c’est une solitude pure, riche et pleine. Ce tamarinier, près de nous, n’a d’autre existence que celle d’être ce qu’il est. De même cette solitude.


On Est Seul, Comme Le Feu, Comme La Fleur, Mais On N’a Pas Conscience De Sa Pureté Et De Son Immensité. On Ne Peut Vraiment Communier Que Lorsqu’on Est Seul. Être Seul N’est Pas La Conséquence D’un Refus, D’un Repli Sur Soi-Même. La Solitude D’être S’épure De Tous Motifs, De Toute Recherche Du Désir, De Tous Mobiles. Cette Solitude N’est Pas Une Fin En Soi. On Ne Peut Pas Souhaiter Être Seul. Un Tel Désir N’est Que Fuite Devant La Souffrance Causée Par L’impossibilité De Communier.


L’isolement, avec son cortège de craintes et de souffrances, est la conséquence inévitable de l’action du moi. L’isolement ne peut que donner naissance à la confusion, aux conflits de toutes sortes et à la douleur, jamais à la vraie solitude; pour que la solitude soit, il faut que cesse l’isolement.


La solitude est indivisible, l’isolement est séparation. La solitude donne souplesse et endurance. Ce n’est que dans la solitude que l’on peut communier avec ce qui est sans cause, avec l’incommensurable. Par la solitude, la vie se révèle à l’homme dans son éternité; la solitude révèle l’inexistence de la mort. Celui qui connaît la solitude ne peut cesser d’être.


La lune émergeait de la cime des arbres, et les ombres se découpaient sur le sol, noires et nettes. Un chien se mit à aboyer quand nous traversâmes le petit village, et nous redescendîmes près du fleuve. 


L’eau était si calme que les étoiles et les lumières du grand pont qui enjambait le fleuve s’y réfléchissaient comme sur un miroir. Des enfants, assis au bord de l’eau, riaient; un bébé pleurait. Les pêcheurs nettoyaient et enroulaient leurs filets. Un oiseau traversa le ciel en silence. 


Là-bas, de l’autre côté du vaste fleuve, quelqu’un se mit à chanter, et son chant s’élevait clair et pénétrant dans la nuit. Profonde et pénétrante solitude de la vie…




— Extrait De « Commentaires Sur La Vie » Tome I 

— Note 5 — Solitude Et Isolement

— Traduction De L’anglais De Roger Giroux — 1972






— Jiddu Krishnamurti —