23 août 2026

≡ Albert Camus Mai 1935, Trois Notes…


Ne pas se séparer du monde. On ne rate pas sa vie lorsqu’on la met dans la lumière. 


Tout mon effort, dans toutes les positions, les malheurs, les désillusions, c’est de retrouver les contacts. 


Et même dans cette tristesse en moi, quel désir d’aimer et quelle ivresse à la seule vue d’une colline dans l’air du soir.


Contacts avec le vrai, la nature d’abord, et puis l’art de ceux qui ont compris, et mon art si j’en suis capable. Sinon, la lumière et l’eau et l’ivresse sont encore devant moi, et les lèvres humides du désir.


Désespoir souriant. Sans issue, mais exerçant sans cesse une domination qu’on sait vaine. 


L’essentiel : ne pas se perdre, et ne pas perdre ce qui, de soi, dort dans le monde.



Aux confins — Et par-dessus : le jeu. Je nie, suis lâche et faible, j’agis comme si j’affirmais, comme si j’étais fort et courageux. 


Question de volonté — pousser l’absurdité jusqu’au bout — je suis capable de... D’où prendre le jeu au tragique, dans son effort; au comique dans le résultat (indifférent plutôt).


Mais, pour cela, ne pas perdre son temps. Rechercher l’expérience extrême dans la solitude. 


Épurer le jeu par la conquête de soi-même — la sachant absurde — Conciliation du sage hindou et du héros occidental.


«Ce sont les idées générales qui m’ont fait le plus de mal.»


Cette extrême expérience doit toujours s’arrêter devant une main tendue. Pour reprendre ensuite. Les mains tendues sont rares.



Que la vie est la plus forte — vérité, mais principe de toutes les lâchetés. Il faut penser le contraire ostensiblement.


Et les voilà qui meuglent : je suis immoraliste. Traduction : j’ai besoin de me donner une morale. Avoue-le donc, imbécile. Moi aussi.


L’autre cloche : il faut être simple, vrai, pas de littérature — accepter et se donner. Mais nous ne faisons que ça.


Si l’on est bien persuadé de son désespoir, il faut agir comme si l’on espérait — ou se tuer. La souffrance ne donne pas de droit.


Intellectuel? Oui. Et ne jamais renier. Intellectuel : celui qui se dédouble. Ça me plaît. Je suis content d’être les deux. «Si ça peut s’unir?» Question pratique. 


Il faut s’y mettre. «Je méprise l’intelligence» signifie en réalité : «Je ne peux supporter mes doutes».


Je préfère tenir les yeux ouverts.



— Extrait de «Carnets I. 

— Mai 1935 — février 1942.»

— Notes Biographiques






  Albert CAMUS (1913-1960) —



≡ Alpes-Maritimes, Le Baou De Saint-Jeannet

La chapelle Notre-Dame-des-Baous conserve des ex-voto à la mémoire d’alpinistes disparus (crédit : MNCA).


⛰️ L’inspiration de Saint-Jeannet et son baou


C’est probablement son «baou» que l’on voit en premier. Et de loin ! Il faut dire qu’il fait 802 m de haut. À son pied, 300 m plus bas, un écrin de verdure, de très jolies vieilles pierres et la vie. 


— Toute Une Histoire


•Si Saint-Jeannet figure déjà dans les textes du XIe sous le nom de Sancti Johannis, le site du «baou» est occupé depuis le paléolithique. Près de 4500 personnes y vivent à l’année, abritées par l’immense roche calcaire à tête plate.


•D’ailleurs, la forme du «baou» a été comparée à un sphinx accroupi et a valu aux habitants du village une réputation de sorcellerie auprès de leurs voisins de Saint-Paul-de-Vence. Au final, le site a davantage inspiré les artistes – Renoir, Dufy, Chagall, etc. – qu’autre chose.


•Ici, on a longtemps vécu de la vigne. Juste avant que les hectares dédiés ne deviennent des champs de fleurs ou du bâti. On y célèbre quand même, toujours, la fête des vendanges. Notamment chez la famille Rasse, la seule qui perpétue cette tradition viticole.


— Qu’est-ce qu’on Y Fait ?


•On visite le vieux village, ses calades, ses portes anciennes. L’église Saint-Jean-Baptiste – baroque, niçoise et génoise – et la chapelle Notre-Dame-des-Baous, où sont conservés des ex-voto à la mémoire d’alpinistes disparus. On termine place du Panorama, pour la vue.


•Pour les marcheurs et les sportifs, le «baou» est un terrain de jeu fantastique avec, tout en haut, un point de vue du Mercantour à l’Estérel, voire jusqu’à la Corse par temps clair. C’est aussi un spot d’escalade particulièrement apprécié. 


•Ce mois-ci, pour plonger franchement dans les traditions locales, la fête patronale de la Saint-Jean-Baptiste – du 21 au 24 août – est une occasion idéale.



— 17 août 2026

— Source : L’Essentiel Nice Patrimoine






Aron O’Raney —



22 août 2026

≡ La Mort N’est Rien Pour Nous


Épicure - British Museum



— Lettre à Ménécée




Familiarise-toi avec l’idée que la mort n’est rien pour nous, puisque tout bien et tout mal résident dans la sensation, et que la mort est l’éradication de nos sensations. 


Dès lors, la juste prise de conscience, que la mort ne nous est rien, autorise à jouir du caractère mortel de la vie : 


Non pas en lui conférant une durée infinie, mais en l’amputant du désir d’immortalité.


Il s’ensuit qu’il n’y a rien d’effrayant dans le fait de vivre, pour qui est radicalement conscient qu’il n’existe rien d’effrayant non plus dans le fait de ne pas vivre.


Stupide est donc celui qui dit avoir peur de la mort, non parce qu’il souffrira en mourant, mais parce qu’il souffre à l’idée qu’elle approche. 


Ce dont l’existence ne gêne point, c’est vraiment pour rien qu’on souffre de l’attendre! 


Le plus effrayant des maux, la mort ne nous est rien, disais-je : 


Quand nous sommes, la mort n’est pas là, et quand la mort est là, c’est nous qui ne sommes pas! 


Elle ne concerne donc ni les vivants ni les trépassés, étant donné que pour les uns, elle n’est point, et que les autres ne sont plus. 


Beaucoup de gens pourtant fuient la mort, soit, en tant que plus grands des malheurs, soit en tant que point final des choses de la vie. 


Le philosophe, lui, ne craint pas le fait de n’être pas en vie : 


Vivre ne lui convulse pas l’estomac, sans qu’il estime être mauvais de ne pas vivre. 


De même qu’il ne choisit jamais la nourriture la plus plantureuse, mais la plus goûteuse, ainsi n’est-ce point le temps le plus long, mais le plus fruité qu’il butine? 


Celui qui incite d’un côté le jeune à bien vivre, de l’autre le vieillard à bien mourir est un niais, non tant parce que la vie a de l’agrément, mais surtout parce que bien vivre et bien mourir constituent un seul et même exercice..


Plus stupide encore celui qui dit beau de n’être pas né, ou sitôt né, de franchir les portes de l’Hadès.


S’il est persuadé de ce qu’il dit, que ne quitte-t-il la vie sur-le-champ? 


Il en a l’immédiate possibilité, pour peu qu’il le veuille vraiment. 


S’il veut seulement jouer les provocateurs, sa désinvolture en la matière est déplacée. 


Souvenons-nous d’ailleurs que l’avenir, ni ne nous appartient, ni ne nous échappe absolument, afin de ne pas tout à fait l’attendre comme devant exister, et de n’en point désespérer comme devant certainement ne pas exister.



— Lettre à Ménécée 

— Extrait issu d'une traduction anonyme.






Épicure —