10 avril 2026

≡ Prise De Conscience


La Prise De Conscience Est Possible Pour Celui Qui A La Détermination Et L’acuité De Regard Nécessaires, À Condition De Comprendre Que Vos Actions S’insèrent Toujours Dans Un Ensemble, L’ensemble De Votre Situation Mentale Et De La Situation Extérieure Dans Laquelle Vous Vous Trouvez. 


Cette situation concrète, ici et maintenant, est votre meilleure garantie ou garde-fou contre les ordres souterrains de l’inconscient. 


L’inconscient, lui, ne connaît que sa propre loi et son propre monde. Il est à la source de la vision déformée par laquelle on ne vit pas dans le monde, mais dans son monde. 


Seulement le monde, lui, est là. Et, si la bodhi est suffisante, instant après instant, pour nous aider à revenir de notre monde au monde, il est possible de cerner de manière indubitable ce fonctionnement purement réactionnel qui ne mérite en aucun cas de s’appeler « agir ». 


En se mesurant avec la réalité relative, il est possible de voir comment des mécanismes tout-puissants qui ne tiennent pas compte de cette réalité veulent s’imposer à vous. 


Et il existe une possibilité effective de chitta shuddhi « cette purification de mémoire inconsciente faite des vasanas et des samskaras », accomplie dans l’existence simplement par la décision de faire ou, pour reprendre le vocabulaire de Swâmiji, d’agir au lieu de réagir. 


C’est une lutte qui peut, pendant des années, vous paraître presque totalement vouée à l’échec. Et pourtant, il y a une issue.


Le but, éveil ou libération, est la fin de quelque chose. 


Une façon d’être, par conséquent, une façon de voir l’existence et une façon de concevoir l’action disparaît, et l’action fait place à ce que les hindous et les bouddhistes appellent en anglais spontaneity. Mais nous n’en sommes pas là immédiatement et le chemin nous montre d’abord notre incapacité à faire. 


Les actions ne sont que des réactions, et Swâmiji insistait : « Dont mistake reaction for action » : « ne prenez pas une réaction pour une action ». 


Par la connaissance de soi, vous découvrez peu à peu, et c’est déjà très important, que vous n’agissez pas. 


C’est une découverte, parce que les hommes vivent dans l’illusion d’agir : des mécanismes tout-puissants sont à l’œuvre en vous, je dis bien tout-puissants, sur lesquels vous n’avez d’abord aucun pouvoir, qui ne tiennent pas compte de la réalité relative du monde phénoménal, et qui vous condamnent à vivre dans votre monde. 


Ces mécanismes suivent implacablement et stupidement leur propre loi. 


Certains destins ont été ravagés par ce genre de réactions et, vus du dehors, ils paraissent n’avoir été qu’une suite d’erreurs qu’un observateur peu psychologue jugerait évitables. 


L’observateur plus informé de la psychologie comprendra que ces erreurs obéissaient à des lois, mais elles n’en sont pas moins douloureuses. 


Un premier aspect de la vision du réel, au moins à un certain niveau, c’est celui de ce divorce poignant, tragique, entre la plupart des existences et la réalité relative. 


Il consiste à voir autour de soi, les autres, mus par leurs propres mécanismes, aller de réactions, en réactions, au long d’une existence faite de souffrances, menée dans ce qu’on appelle en Inde « avidya », la non-vision, donc qui ne pourra pas conduire à la grande vision, a l’éveil, au dépassement de l’ego.



— Extrait De « À La Recherche Du Soi » « Tu Es Cela »





Arnaud Desjardins (1925 — 2011) —




≡ Bonheur Et « Sisu » Finlandais


À la base du bonheur finlandais, le « sisu », une philosophie du froid


Connaissez-vous le « sisu » ? 

Ce mot désigne une sagesse finlandaise, proche d’autres traditions spirituelles, qui pourrait éclairer le bonheur durable du pays. Elle invite à se concentrer sur l’essentiel et à « faire avec » plutôt qu’à s’épuiser à s’indigner, notamment dans notre rapport à la nature et aux crises à venir.


Des exercices spirituels : 

Des pratiques visant à transformer la manière de vivre et de voir. Issues de l’Antiquité tels le stoïcisme, l’épicurisme, et le cynisme, elles cherchent la sérénité par la discipline intérieure, la conscience de la brièveté de la vie et l’acceptation des épreuves.


Ces pratiques évoluent avec le christianisme,

Renaissent à la Renaissance, puis se prolongent chez divers penseurs modernes, sous des formes plus diffuses, sans constituer un mode de vie structuré.


Aujourd’hui encore,

Elles subsistent dans certaines communautés ou pratiques, mais restent marginales. En Finlande, au contraire, une philosophie vivante perdure : le « sisu », un véritable art de vivre.


— Le « sisu », une force intérieure


Sans traduction exacte,

Le « sisu » mêle stoïcisme, simplicité épicurienne et autosuffisance cynique. Il désigne la capacité à continuer quand tout semble perdu — une force qui surgit au bord de l’abandon.


Stoïcien,

Il accepte l’adversité sans plainte et exige une discipline intérieure, sans pour autant nier les émotions.


Contrairement à une idée reçue,

Le « sisu » n’est pas absence d’émotion. C’est un état ponctuel, une intensité morale à laquelle on accède dans l’épreuve.


Épicurien,

Il valorise une vie simple : paix, silence, autonomie, et surtout un lien profond à la nature.


— La nature et la sobriété


La nature n’est pas décor mais ressource essentielle : elle apaise et régénère. Le « sisu » implique aussi une sobriété du désir et des mots : dire peu, vivre simplement, privilégier l’authenticité.


Dans son versant cynique,

Il valorise la cohérence entre actes et paroles. Pas d’ostentation : la force se prouve par les actes. Franchise, droiture et intégrité en sont les piliers.


— Une force à la fois individuelle et collective


Le « sisu » n’est pas qu’individuel. Il s’ancre dans une solidarité profonde, illustrée par l’histoire finlandaise. Il unit autant qu’il fortifie : tenir ensemble face à l’épreuve.


Ainsi, le « sisu » est une éthique équilibrée : accepter l’adversité, goûter les plaisirs simples, être autonome sans rompre le lien collectif. Une force discrète, loin du bruit et des excès.


— Peut-il exister ailleurs ?


En France, marquée par l’expression et le conflit, le « sisu » offrirait un contrepoint :

Moins de discours, plus d’action. Non pour renier notre tradition, mais pour l’équilibrer par la constance et la retenue. Face aux défis écologiques, il propose d’accepter les contraintes et d’agir lucidement, plutôt que de résister par nostalgie. Faire avec, et avancer.


La force des gestes simples


Le « sisu » rappelle que la solidité d’une société repose moins sur des figures héroïques que sur des engagements modestes et durables. Il ne s’agit pas d’imiter la Finlande, mais d’adopter un autre regard : une force silencieuse, une persévérance sans éclat.


Dans un monde agité,

Cette sagesse murmure une vérité simple : ce sont les gestes constants, sobres et justes, qui transforment durablement nos vies.



— 20 mars 2026

— Source : The Conversation France

— Extraits d’un article de Xavier Pavie - Philosophe, Professeur à l'ESSEC, Directeur de programme au Collège International de Philosophie, ESSEC





Aron O’Raney —




09 avril 2026

≡ En Parlant De La Prudence…


Il est donc beaucoup plus avantageux de se rendre à l’opinion fabuleuse que le peuple a des Dieux, que d’agir, selon quelques physiciens, par la nécessité du destin; cette pensée ne laisse pas d’imprimer du respect, 


Et l’on espère toujours du succès à ses prières; mais lorsque l’on s’imagine une certaine nécessité dans l’action, c’est vouloir se jeter dans le désespoir.


Gardez-vous donc bien d’imiter le vulgaire, qui met la Fortune au nombre des dieux; la bizarrerie de sa conduite l’éloigne entièrement du caractère de la divinité, qui ne peut rien faire qu’avec ordre et justesse. 


Ne croyez pas non plus que cette volage contribue en aucune manière aux événements; le simple peuple s’est bien laissé séduire en faveur de sa puissance; il ne croit pas néanmoins qu’elle donne directement aux hommes ni les biens ni les maux qui font le malheur ou la félicité de leur vie; mais qu’elle fait naître seulement les occasions de tout ce qui peut produire les effets.


Arrachez donc autant qu’il vous sera possible cette pensée de votre esprit, et soyez persuadé qu’il vaut mieux être malheureux sans avoir manqué de prudence que d’être au comble de ses souhaits par une conduite déréglée, 


À qui néanmoins la fortune a donné du succès; il est beaucoup plus glorieux d’être redevable à cette même prudence de la grandeur et du bonheur de ses actions, puisque c’est une marque qu’elles sont l’effet de ses réflexions et de ses conseils.


Ne cessez donc jamais de méditer sur ces choses; soyez jour et nuit dans la spéculation de tout ce qui les regarde, soit que vous soyez seul, ou avec quelqu’un qui ait du rapport avec vous :


C’est le moyen d’avoir un sommeil tranquille, d’exercer dans le calme toutes vos facultés et de vivre comme un dieu parmi les mortels.


Celui-là est plus qu’un nommé, qui jouit pendant la vie des mêmes biens qui font le bonheur de la divinité.



— Extrait de « Lettre À Ménécée ».

— Traduction : Jacques Georges Chauffepié.

— Lefèvre, 1840.





Épicure —