25 avril 2026

≡ Le Bonheur De L'Éveillé


Quand il s'entretient avec des érudits qui savourent sans fin les délices du savoir, ou bien avec les meilleurs poètes ayant sur les lèvres l'essence même de l'art poétique, 


À d'autres moments avec d'excellents logiciens épris de déductions, le sage, dont l'ignorance a été abolie par l'initiation de son guru, n'est plus le jouet de l'illusion.


Quand, par la pratique assidue de la méditation, le cœur débordant, il accomplit un culte divin avec des fleurs appropriées épanouies et très odorantes ou avec des feuilles parfaitement immaculées,


L'esprit réjoui, tout entier à la louange, le sage, dont l'ignorance a été abolie par l'initiation de son guru, n'est plus le jouet de l'illusion.


Quand il récite les noms de Celle qui est favorable aux êtres, de Celui qui confère la tranquillité, ou de Celui qui imprègne tout, ou quand il récite celui du Conducteur de la troupe divine, ou de Celui qui manifeste l'univers, et que la béatitude inonde ses yeux de larmes,


Le sage, dont l'ignorance a été abolie par l'initiation de son guru, n'est plus le jouet de l'illusion.


Quand il se purifie dans les flots du Gange, quand il utilise l'eau d'un puits ou d'un étang, que cette eau soit froide ou tiède et agréable, ou quand son corps couvert de cendres est pareil à du camphre,


Le sage, dont l'ignorance a été abolie par l'initiation de son guru, n'est plus le jouet de l'illusion.



— Traduction du sanskrit de René Allard




Adi Shankaracharya —



≡ En 1941, Henri Matisse A Frôlé La Mort

«Matisse en liberté»


1941 : après avoir frôlé la mort, Matisse est plus vivant que jamais


— Matisse a bien failli mourir. Affaibli, mais vivant, empli d'une énergie nouvelle, il multiplie les projets d'édition.


Il aura frôlé la mort «à un poil de chat angora». Ces douleurs qui lui rongeaient le ventre depuis l'an passé : Matisse a manqué l'occlusion intestinale. On l'a opéré, en urgence, à la clinique du Parc, à Lyon, mais lors de son réveil, deux embolies pulmonaires ont bien failli l'achever et c'est miracle qu'il en ait réchappé. Quand il écrit, depuis, au chirurgien qui l'a opéré, il signe : «votre Lazare, le ressuscité de la Tête d'or».


Sorti de la clinique le 1er avril, il est entré en convalescence dans un hôtel du bord du Rhône, sous surveillance médicale, pendant deux mois. Les suites de l'opération sont bien douloureuses. Il ne peut plus guère marcher ni se tenir debout, «réduit à l'état de colis fragile». 


Il a 71 ans, et il envisage l'avenir avec «l'état d'esprit du condamné à mort, qui veut employer ses forces à remplir pour le mieux les heures qui lui sont comptées». 


Auprès de lui, Lydia est un soutien indéfectible. Amélie est partie, il y a deux ans déjà. Lasse depuis tant d'années de devoir tout sacrifier à l'art de son mari, elle n'a pas supporté la place qu'a prise la jolie assistante qui piquait les épingles le long des formes à découper de La Danse, dans le garage de la rue Désiré-Niel, la contemplation mutuelle qui lie de façon quasi fusionnelle l'artiste et son modèle. 


Pendant quatre ans, de 1935 à 1939, cette blonde sibérienne aux yeux bleus, souple et puissante comme une danseuse, le caractère déterminé, autoritaire, a posé pour lui tous les jours, tantôt nue, tantôt affublée de costumes de théâtre, vêtue de blouses à la mode, ou de pièces de haute couture achetées aux soldes du printemps, inépuisable sujet d'inspiration.


L'épreuve de la séparation et de la maladie


En 1939, Amélie a chassé Delectorskaya. Mais il refuse de mettre fin à cette relation devenue, à ses yeux, essentielle à son art. De guerre lasse, Amélie est partie, début mars, le laissant seul dans l'appartement qu'ils venaient d'acheter dans l'ancien hôtel Régina de Cimiez. 


Lydia est revenue. Lui s'est réfugié entre les murs hauts et clairs de son atelier à recréer des paysages pastoraux, un monde idéalisé, loin du fracas du monde. Tandis que pèse la menace de l'invasion allemande, sa Blouse roumaine respire l'optimisme et la légèreté d'une femme-fleur résolument jeune aux mains impatientes. 


Pendant l'exode, Matisse renonce à un voyage au Brésil : «Il me semble que j'aurais déserté. Si tout ce qui a une valeur file de France, qu'en restera-t-il de la France ?»

Lydia Delectorskaya travaillant en 1935 sur Le Grand Nu couché (Nu rose). Adant Hélène (1903-1985),, Mat/Centre Pompidou, MNAM-CCI Bib


Désormais, cloué à son fauteuil, Matisse veut reprendre le travail là où il l'a laissé. Dessine frénétiquement, comme si la grande épreuve de la séparation et de la maladie lui avait insufflé une énergie nouvelle. 


«C'est comme une éclosion. C'est une des choses pour lesquelles j'ai voulu continuer la vie.» 


Il publie, en 1943, Dessins. Thèmes et variations, 158 dessins organisés en 17 séries désignées par une lettre de l'alphabet et définies chacune comme un thème, qu'il décline en diverses variations numérotées sur le même motif, parfait exemple de «son refus de fixer une image isolée comme unique vérité d'une personne ou d'une chose» (Jack Flam). 


Il œuvre ainsi pour divers projets de livres : Pasiphaé de Montherlant, Florilège des Amours de Ronsard ou les Poèmes de Charles d'Orléans.


En juillet 1943, fuyant Nice menacée de bombardements, il loue à Vence une villa de style colonial anglais : Le Rêve. Les vitres tremblent aux vibrations des bombes qui explosent plus loin. 


Lydia et Monique Bourgeois, l'infirmière devenue assistante et modèle, couvrent de couleurs pures de larges feuilles de Canson. 


Matisse découpe sans dessin préalable, puis assemble les maquettes de Jazz, un livre sur la couleur, demandée par l'éditeur Tériade, «cristallisation de souvenirs» sans véritable unité iconographique, qu'il met des mois à composer avec, en contrepoint des couleurs et des formes, des textes calligraphiés «comme des asters aident dans la composition d'un bouquet de fleurs».


En octobre 1944, Matisse reçoit une lettre de Marguerite, qui lui raconte son engagement dans la résistance comme messagère pour les Francs-tireurs et partisans du parti communiste – comme Amélie, condamnée pour cela à six mois de prison à Fresnes. 


Leurs retrouvailles, quelques semaines plus tard, le bouleversent intensément, quand elle lui conte son arrestation par la Gestapo, les tortures qu'elle a subies. Matisse est anéanti. Il dessine sa fille chérie telle qu'il la voit : une miraculée. A-t-il assez aimé les siens ?


«Matisse en liberté», 164 pages, 14,90 €, disponible en kiosque et sur le Figaro Store.



— Un article de Albane Piot.

— Extrait du Figaro Hors-série «Matisse en liberté» 





Aron O’Raney —




24 avril 2026

≡ Guérir La Violence


Pour Gouverner, Il Faut Autre Chose Que Le Pouvoir. Le Pouvoir Ce N'est Pas Suffisant Du Tout. Vous Pouvez Nous Punir, Vous Pouvez Menacer, Mais Ça Ne Marche Pas Avec Cette Menace, Cette Punition. 


Il faut savoir parler aux gens et les écouter. Et nos leaders politiques, nos dirigeants politiques n'ont pas été entraînés dans cette voie de bonne communication. 


Il faut avant tout communiquer. Il faut avoir l'art de la communication. 


Il faut savoir parler aux gens. Il faut savoir écouter les gens. Nous avons besoin d'une dimension spirituelle dans notre vie sociale quotidienne. La vie économique, ce n'est pas tout, il faut du spirituel. 


Il faut pratiquer. Il faut vivre en telle sorte que nous puissions avoir cette capacité de reconnaître la souffrance, d'embrasser la souffrance pour pouvoir la transformer ; transformer la souffrance en soi et transformer la souffrance dans l'autre personne, dans les autres personnes. 


Et la politique aussi doit avoir cette dimension spirituelle. 


Je viens d'écrire une lettre au Président du Vietnam et j'ai parlé de cela : il faut une dimension spirituelle dans votre vie politique. C'est parce qu'il y a de la souffrance, de la violence, du désespoir dans le peuple. Alors, il faut faire attention à tout cela. J'ai proposé des choses concrètes afin de pouvoir amener une dimension spirituelle à la vie politique et économique. 


Il faut savoir dire des choses comme : «Chers amis, nous ne pouvons pas gouverner si vous ne nous aidez pas, il faut nous aider pour que nous puissions gouverner». Il faut dire cela et c'est une chose vraie, il faut le soutien du peuple pour pouvoir gouverner. «Chers amis, cher peuple, nous avons besoin de vous, de votre soutien, pour pouvoir gouverner. 


Vous nous avez désignés pour faire le travail, alors nous avons besoin de vous. Il faut nous dire ce qui est dans votre cœur. Il faut nous dire ce que nous devons faire et ce que nous ne devons pas faire».


La pratique de l'écoute profonde est essentielle pour pouvoir renouer les liens, pour pouvoir restaurer la communication, l'écoute profonde et le parler aimant. 


Et si vous avez trop de violence en vous, vous ne pouvez pas faire cela, écouter avec compassion. C'est parce que la graine de colère, la graine d'irritation est trop importante en vous, alors vous ne pouvez plus écouter. 


C'est parce que le discours arrose les graines de la violence, de la haine, de la colère en vous, et vous ne pouvez plus écouter. C'est parce que le discours arrose ces graines-là. Alors, il faut s'entraîner pour pouvoir écouter l'autre, de telle sorte que les graines en vous, les graines de colère, les graines de violence en vous ne soient pas arrosées même si le discours est violent. 


C'est une chose difficile, mais le Boddhisattva Avalokita a pu le faire, et beaucoup de ses disciples sont capables de le faire aussi. 


Il y a ceux et celles d'entre nous qui peuvent écouter avec compréhension, avec compassion, même si le discours est plein d'injustices, plein de colères, de jugements, de condamnations, d'accusations. 


Même si le discours est violent, on peut écouter si l'on a de la compassion en soi-même. Et l'on doit savoir comment utiliser le langage aimant afin de pouvoir communiquer ce qui est dans notre cœur. Sans ce langage aimant, on ne parvient pas à communiquer, à dire ce qu'il y a dans notre cœur. 


C'est parce que sans cette manière de parler, l'autre personne ne va pas pouvoir recevoir, ne va pas pouvoir écouter ce que nous voulons lui dire.


Donc, le parler aimant et l'écoute profonde, compatissante sont indispensables. Il faut que nos dirigeants politiques sachent comment faire.



— Extrait d'un enseignement.

—Retraite d'automne, 13 novembre 2005, Hameau du Haut.





Thich Nhat Hanh —