Je connais Solitude, c’est une amie fidèle parmi les plus fidèles qui toujours me précède et me suit comme une ombre.
Au milieu des foules, comme lorsque je suis entouré de mes proches, elle est là, omniprésente et silencieuse, attentive à mes moindres pensées, veillant sur moi avec une constance dont elle seule possède le secret.
La sœur de Solitude porte le joli nom de Mélancolie, d’un naturel changeant, elle se montre le plus souvent douce et suave, presque apaisante. Pourtant, lorsque les situations lui déplaisent. Elle peut se révéler cruelle et insidieuse. Mais je dois bien le dire : depuis ma prime enfance, elle et moi ne nous sommes, jamais quittés.
Hormis mes compagnes Solitude et Mélancolie, il y a encore, j’allais l’oublier, monsieur «Mal-Être» un émigré devenu résident permanent, qui a élu domicile en moi depuis l’adolescence. Il s’est installé insidieusement, faisant de mon esprit sa demeure.
En compagnie de mes fidèles amies, et avec «Mal-Être» pour compagnon de route, je marche cahin-caha sur le chemin de cette vie, avançant tant bien que mal, sans savoir véritablement ni d’où je viens ni où je vais.
Je poursuis pourtant ma route, comme si quelque chose au fonds de moi me demandait de persévérer, même si le chemin demeure plongé dans la brume.
Comment pourrais-je trouver les mots du cœur, pour décrire et restituer véritablement un intime ressenti, cet état intérieur que l’on pourrait identifier comme un état affectif, peut-être même assimilable à une maladie, alors qu’elle n’en est peut-être pas une? Comment mettre des mots sur ce qui semble échapper aux mots ?
Il s’agit d’un état permanent, où l’on éprouve un fort sentiment de manque, l’absence de quelque chose d’essentiel et de primordial, qu’il faut absolument satisfaire, sans que l’on sache pour autant, ce dont il s’agit, et comment faire pour répondre, à un besoin inconnaissable.
Il s’agit d’un état permanent, d’un sentiment diffus et persistant de manque, comme si l’absence de quelque chose d’indispensable, de primordial réclamait sans cesse d’être comblée. Mais quoi ? Je l’ignore.
Je ressens juste l’impérieuse nécessité de remplir un vide essentiel, sans discerner sa nature ni comprendre l’origine de cette mystérieuse demande intérieure.
C’est comme chercher la clé d’une porte dont on aurait perdu le souvenir de l’existence.
Cette situation de mal-être ne génère pas une souffrance insupportable au sens physique du terme. Elle est plus subtile, plus silencieuse, presque insaisissable.
Le mental ainsi affecté, tel un miroir fidèle, reflète le clair-obscur de l’esprit en désespérance. Il laisse apparaître, sous les apparences du quotidien, les ombres d’une quête intérieure dont je ne connais encore pas le nom.
12 septembre 2019
—■ Jean Rumoncey —

