04 mai 2026

≡ L'Homme Pauvre…


Si l'on me demandait ce qu'il faut entendre par un homme pauvre qui ne veut rien, je répondrais : 


Aussi longtemps qu'un homme veut encore quelque chose, même si cela est d'accomplir la volonté toute chère de Dieu, il ne possède pas la pauvreté dont nous voulons parler. 


Cet homme a encore une volonté : accomplir celle de Dieu, ce qui n'est pas la vraie pauvreté. En effet, la véritable pauvreté est libre de toute volonté personnelle et, pour la vivre, l'homme doit se saisir tel qu'il était lorsqu'il n'était pas.


Je vous le dis, par l'éternelle vérité : aussi longtemps que vous avez encore la soif d'accomplir la volonté de Dieu, et le désir de l'éternité de Dieu, vous n'êtes pas véritablement pauvre, car seul est véritablement pauvre celui qui ne veut rien et ne désire rien. 


Quand j'étais dans ma propre cause, je n'avais pas de Dieu et j'étais cause de moi-même, alors je ne voulais rien, je ne désirais rien, car j'étais un être libre et me connaissais moi-même selon la vérité dont je jouissais. Là, je me voulais moi-même et ne voulais rien d'autre, car ce que je voulais, je l'étais, et ce que j'étais je le voulais. J'étais libre de Dieu et de toute chose.


Mais lorsque, par ma libre volonté, j'assumais ma nature créée, alors Dieu est apparu, car avant que ne fussent les créatures, Dieu n'était pas Dieu, il était ce qu'il était. Mais lorsque furent les créatures, Dieu n'a plus été Dieu en lui-même, mais Dieu dans les créatures.


Or, nous disons que Dieu, en tant que ce Dieu-là, n'est pas l'accomplissement suprême de la créature, car, pour autant qu'elle est en Dieu, la moindre créature a la même richesse que lui.


S'il se trouvait qu'une mouche a l'intelligence et pouvait appréhender l'éternel d'où elle émane, nous dirions que Dieu, avec tout ce qu'il est, en tant que Dieu, ne pourrait satisfaire cette mouche.


C'est pourquoi nous prions d'être libres de Dieu et d'être saisi de cette vérité et d'en jouir éternellement là où les anges les plus élevés, la mouche et l'âme sont un; là où je me tenais, où je voulais ce que j'étais, et étais ce que je voulais.


Nous disons donc que l'homme doit être aussi pauvre en volonté que lorsqu'il n'était pas. C'est ainsi qu'étant libre de tout vouloir, cet homme est vraiment pauvre. Pauvre en second lieu est celui qui ne sait rien. Nous avons souvent dit que l'homme devrait vivre comme s'il ne vivait ni pour lui-même, ni pour la vérité, ni pour Dieu.


Nous allons maintenant encore plus loin en disant que l'homme doit vivre de telle façon qu'il ne sache d'aucune manière qu'il ne vît ni pour lui-même, ni pour la vérité, ni pour Dieu.


Bien plus, il doit être à tel point libre de tout savoir qu'il ne sache ni ne ressente que Dieu vit en lui. Mieux encore, il doit être totalement dégagé de toute connaissance qui pourrait encore surgir en lui. Lorsque l'homme se tenait encore dans l'être éternel de Dieu, rien d'autre ne vivait en lui que lui-même.



(Sermon 52, selon la numérotation de Josef Quint 

dans Die deutschen Werke)





Maître Eckhart —



 

≡ Qui Étaient Les Cagots ?


« Intouchables des Pyrénées », « race maudite »… Qui étaient vraiment les cagots ?


Population discriminée depuis le Moyen Âge, objet de théories racistes puis de curiosité touristique au XIX siècle, les cagots ont longtemps fasciné. Aujourd’hui, leurs exclusions et leurs origines sont réexaminées par les historiens.


Dans les années 1960, à Luz, des touristes venaient voir la dernière famille « cagot », présentée comme issue d’une « race maudite » persécutée depuis mille ans.


Encore aujourd’hui, brochures et récits les décrivent comme « intouchables », descendants des Wisigoths ou êtres difformes. Mais entre fantasmes et sources, que sait-on vraiment ?


Dans les Pyrénées, sous divers noms, ces populations restent entourées de mystère. Leur identité et leur histoire alimentent écrits savants et populaires depuis cinq siècles. On sait surtout qu’elles furent discriminées du XIV au XIX siècle, selon des formes variables.


Les cagots devaient se marier entre eux, étaient séparés au cimetière, exclus des assemblées et relégués au fond des églises. Mais qui étaient-ils réellement ?


Mythes et fantasmes


Dès le XVI siècle, on leur attribue des origines diverses : lépreux, Wisigoths, Cathares ou Sarrasins. 


Au XIX siècle, dans un contexte obsédé par les races, ils deviennent une « race maudite », parfois assimilée à tort aux malades du goitre.


Naître cagot, c’était le rester à vie. Parias parmi les parias, les cagots ont supporté pendant des siècles le mépris des villageois. (Photo : Wikipédia)


Avec l’essor du tourisme thermal, leur image alimente un folklore local : cartes postales, récits, curiosité des voyageurs. Tout individu pauvre ou infirme peut alors être pris pour un cagot, alors même que la discrimination disparaît progressivement.


Ne subsistent que des traces toponymiques : « fontaine » ou « pont des cagots ». Pourtant, les archives montrent qu’ils n’avaient aucune particularité physique : ils vivaient comme les autres, partageant langue, religion et parfois richesse.


Une exclusion avant tout sociale


Leur marginalisation s’explique davantage socialement. 


L’hypothèse d’une descendance de lépreux, jugée impure, a pu jouer. Plus récemment, on suppose qu’il s’agissait de nouveaux arrivants installés par des seigneurs, puis rejetés par les communautés locales.


Le terme « cagot », lié à l’idée de souillure, sert surtout à établir des hiérarchies sociales. Il faut donc dépasser les visions raciales pour comprendre des mécanismes d’exclusion propres à chaque lieu.


Selon les villages, les situations diffèrent : parfois aucune trace de ségrégation durable, parfois des conflits violents. 


À Biarritz, dans un contexte de déclin économique, des familles dites « cagotes » s’enrichissent, suscitant tensions, procès et violences. L’étiquette sert alors à rabaisser des individus prospères.


Ainsi, le mot dissimule des enjeux économiques et communautaires locaux, bien plus qu’une réalité ethnique.


Être ou ne plus être un cagot


Mais qui est cagot ? Les textes évoquent surtout les interdits : ne pas se mêler aux autres, ne pas porter d’armes, ne pas vendre au marché.


En 1683, le terme est interdit car jugé infamant. Il disparaît des registres, mais persiste dans les conflits judiciaires, preuve que la discrimination continue.


Être cagot, c’est être désigné comme tel : réputé impur, marginalisé, sans signe physique distinct. L’identification repose sur la réputation locale, les noms de maison ou le lieu de vie.


Le terme est toujours imposé de l’extérieur et jamais revendiqué. Ceux qu’il vise cherchent au contraire à le faire disparaître par la justice. Il devient un outil d’exclusion, réactivant artificiellement des différences.


Ce phénomène dépasse les Pyrénées. En Bretagne, les « caqueux », d’abord lépreux, restent marginalisés après la disparition de la maladie. Interdits de métiers, victimes de violences jusque dans la mort, ils illustrent la même logique.


Comme pour les cagots, ces exclusions révèlent des tensions économiques et sociales profondes : derrière la souillure supposée, ce sont souvent les intérêts matériels qui gouvernent les rejets.




— 19 mars 2026

— Source : The Conversation France

— Extraits inspirés d’un article de Emma Duteil




Aron O’Raney —




 

03 mai 2026

≡ Ce Monde, Voyez-Vous...


Ce monde, voyez-vous, est comme un tambour; il Y a un Être qui joue sur lui toutes sortes d'airs (1).


Ces airs dépendent de la volonté du Maître.


Dans un groupe qui célèbre les louanges de Dieu, nous voyons ceux qui dansent et qui chantent, mais bien peu d'entre nous pensent au Maître du chant ou à l'orchestre.


Ceux qui ont sur cette terre une vie joyeuse n'ont guère envie de connaître le Maître, qui est la source de toute joie.


Cherchez Celui de qui provient toute joie et toute douleur et qui joue sur toutes les cordes de la vie.


C'est la vraie dévotion, la vraie sâdhanâ (2).


Dans la vie matérielle,


Dans la vie matérielle, nous nous sentons impuissants si nous n'avons pas une certaine liberté de mouvement.


C'est tout aussi vrai sur le plan spirituel : si la pensée n'y dispose pas d'un vaste champ, les efforts que fait l'adorateur ne jouent que dans d'étroites ornières et sont voués à l'échec.


Sur la voie spirituelle que vous avez choisie, attachez-vous de toute votre énergie à épurer votre pensée et élargir votre horizon.


Au fur et à mesure que votre pouvoir de concentration visera plus exclusivement votre but, tout ce qui est nécessaire à votre progrès vous viendra peu à peu.



(1) Les tambours hindous sont des instruments très délicats sur lesquels on obtient toute une série de notes en faisant varier la tension de la peau et en frappant celle-ci à des endroits différents. Un très bon joueur de tambour peut intéresser un auditoire pendant des heures d'affilée en jouant un solo de son instrument.


(2) On appelle sâdhanâ toute discipline suivie avec ardeur et persévérance pour progresser sur la voie spirituelle.



— Aux Sources De La Joie – 11 – P.27.

— Aux Sources De La Joie — Ch I.





Mâ Ananda Moyî —