12 mars 2026

≡ Les Mayas N’ont Pas Disparu !


Le mot «Mayas» évoque un monde englouti : des pyramides recouvertes par la forêt, des ruines mystérieuses, des masques de jade, les inscriptions du calendrier maya, les sacrifices humains. 


Chloé Andrieu, elle aussi, à l’âge de 15 ans, a été fascinée par cette histoire. C’est décidé : elle deviendrait archéologue.


Ils sont encore là : aujourd’hui, 7 à 8 millions de personnes parlent une des trente langues mayas encore vivantes. Les pyramides et l’écriture mayas restent le symbole d’une époque particulière de la civilisation maya, celle des cités-États de Tikal, Palenque ou Copán, qui ont prospéré à l’âge classique (jusqu’au 9e siècle).


Ce sont les cités-États qui ont disparu, non la civilisation maya. Après l’abandon des grandes villes — pour des raisons encore débattues —, une partie de la population migra vers le nord et le Sud. D’autres centres prirent le relais, comme Chichén Itzá. Certaines cités, telle Mayapán, prospérèrent jusqu’à l’arrivée des Espagnols. Elles ne bâtissaient plus de pyramides, mais demeuraient actives et dynamiques.


À l’arrivée des Espagnols, le choc fut brutal : colonisation, épidémies dévastatrices, spoliation des terres, évangélisation menaçant la culture. Tout aurait pu s’éteindre. Pourtant, dans les campagnes, langues et coutumes ont survécu, parfois sous des formes mêlées — ainsi certains rituels de pluie intégrés au christianisme.


Le livre de Chloé Andrieu, Les Mayas n’ont pas disparu (Allary, 2025), n’est pas un ouvrage d’archéologie consacré aux dernières découvertes sur les cités classiques, malgré le dynamisme des recherches. 


Il ne cherche pas non plus à expliquer un prétendu « effondrement », comme l’a avancé Jared Diamond. Car il n’y eut pas d’effondrement total. L’auteure montre comment s’est construite la fiction d’une civilisation engloutie puis redécouverte, nourrie de mythes : calendrier annonçant la fin du monde, liens supposés avec l’Égypte, récit d’apocalypse.


Depuis trente ans, un autre récit émerge, porté par les mobilisations autochtones. Le soulèvement du Chiapas dans les années 1990 et le prix Nobel attribué à Rigoberta Menchú ont remis les Mayas au premier plan. Cette dynamique s’accompagne d’une idéalisation : sagesse immuable, art de vivre en harmonie avec la nature, fondement des revendications territoriales. En résonance avec les préoccupations écologiques, les Mayas seraient, comme d’autres peuples autochtones, des « gardiens de la Terre ». Un récit inverse de celui de la civilisation disparue.


Les Mayas : trois millénaires d’histoire


Période préclassique (2000 av. J.-C. — 250 apr. J.-C.) — Installation dans les basses terres d’Amérique centrale, essor de la culture du maïs, premières cités comme El Mirador. Apparition de l’écriture hiéroglyphique et du calendrier.


Période classique (250-900) — Âge d’or : cités-États puissantes, telles Tikal, Palenque et Copán, pyramides monumentales, avancées en astronomie et mathématiques, écriture élaborée.


Le déclin (9e siècle) — Abandon des grandes cités du Sud, sans doute dû à des sécheresses, guerres et pressions agricoles.


Période postclassique (900-1500) — Déplacement vers le Yucatán avec Chichén Itzá et Mayapán. Dans les hautes terres du Guatemala, les royaumes K’iche’ et Kaqchikel prospèrent.


Période coloniale et moderne (16e -20e siècle) — Malgré la domination espagnole puis les États-nations, les Mayas préservent langues et traditions rurales. Ils se soulèvent, notamment lors de la Guerre des Castes. Au XXe siècle, surtout au Guatemala, ils subissent de violentes répressions.


Les Mayas aujourd’hui — Environ 7 à 8 millions de locuteurs au Mexique, Guatemala, Belize et Honduras. Des communautés vivantes, engagées dans la défense de leurs droits culturels et territoriaux.


Le rituel Ch'a' Cháak demeure pratiqué au Yucatán. Conduit par un chaman (H-men), il invoque le dieu Cháac pour la pluie et la protection du maïs. Il mêle traditions anciennes et catholicisme : offrandes de pain sacré (Noj Waaj) et de Saka ; des enfants imitent le coassement des grenouilles pour appeler l’eau.




— 28 février 2026

— Source : L’Humanologue France




Aron O’Raney —