— I.
Tu m'as fait infini,
Tel est ton plaisir.
Ce frêle calice tu l'épuises sans cesse
Et le remplis sans cesse à neuf de fraîche vie.
Cette petite flûte de roseau,
Tu l'as emportée par les collines et les vallées
Et tu as soufflé, au travers
Des mélodies éternellement neuves.
À l'immortel toucher de tes mains,
Mon cœur joyeux échappe ses limites
Et se répand en ineffables épanchements.
Tes dons infinis,
Je n'ai que mes étroites mains pour m'en saisir.
Mais les âges passent et encore tu verses
Et toujours, il reste de la place à remplir.
— II.
Quand tu m'ordonnes de chanter,
Il semble que mon cœur doive crever d'orgueil ;
Et je regarde vers ta face,
Et des pleurs me viennent aux yeux.
Tout le rauque et le dissonant de ma vie
Fond en une seule suave harmonie –
Et mon adoration éploie les ailes
Comme un joyeux oiseau dans sa fuite à travers la mer.
Je sais que tu prends plaisir à mon chant.
Je sais que, comme un chanteur seulement,
Je suis admis en ta présence.
Mon chant largement éployé touche
De l'extrémité de son aile tes pieds
Que je désespérais d'atteindre.
Ivre de cette joie du chanter,
Je m'oublie moi-même et je t'appelle ami,
Toi qui es mon Seigneur.
—■ Rabindranath Tagore —
