09 octobre 2026

≡ Pourquoi Nice ressemble à une ville italienne ?

Le Consiglio d’ornato a pensé la place Masséna (crédit : Adobe Stock).


🍦 La question : Savez-vous pourquoi Nice ressemble à une ville italienne ? 


— Il suffit de marcher dans la capitale azuréenne pour ressentir un doux parfum d’Italie. La raison se trouve dans l’une des pages du dernier livre de l’historien Gérard Geist «16 dates qui font l’Histoire, du Comté de Nice aux Alpes-Maritimes» paru aux éditions Mémoires Millénaires.


— On Écoute Qui ?


•L’historien Gérard Geist est né à Nice il y a bientôt 70 ans. Ses parents, Niçois, sont aussi originaires d’Italie. «C’est d’ailleurs ce qui a motivé mon précédent livre consacré à l’immigration italienne à Nice», avoue-t-il.


•Son dernier ouvrage, lui, a rassemblé 16 dates qui ont forgé l’histoire de Nice. «Je voulais faire un livre accessible, bien illustré et à picorer. Il existe beaucoup de livres d’histoire, mais ils n’ont pas tous un format attrayant. Il n’y a pas de honte à vouloir vulgariser l’histoire, cela ne veut pas dire vulgaire !», insiste Gérard Geist.


•Ce dernier présentera ainsi son ouvrage vendredi à Saint-Jean-Cap-Ferrat à 18 h à la salle Charlie Chaplin, puis il tiendra une conférence le lundi 12 octobre au Centre Universitaire Méditerranéen à 15 h.


•Il anime également une chronique historique tous les vendredis à 7 h 45 sur BFM Nice Côte d’Azur.


— Ce Que L’on Apprend

 

•«Il y a une date qui me paraît importante et qui n’est pas toujours appréciée à sa juste valeur, c’est 1832», lâche d’emblée Gérard Geist.


•Le Duc de Savoie décide alors de la mise en place des Consiglio d’Ornato afin d’uniformiser l’architecture de ses villes. «C’est l’ancêtre du plan local d’urbanisme et nous en voyons l’héritage encore aujourd’hui», insiste-t-il.


•«Le Consiglio d’Ornato, littéralement le conseil d’embellissement en italien, est chargé de créer de nouveaux espaces urbains (rues, places, immeubles), de veiller à la cohérence des constructions et à leur esthétique, de faire de Nice la grande ville qu’elle deviendra», écrit Gérard Geist.


•La place de l’île de Beauté au port ou encore la place Masséna résultent du conseil. «Voilà pourquoi, quand on se promène sur les places du centre historique de Turin, on a l’impression d’être à Nice. Les arches de la place Masséna s’en inspirent directement», assure-t-il.


•Édifiée en 1782, la porte de Turin, sorte d’Arc de Triomphe, était située à l’angle actuel de la rue Barla et de l’avenue de la République. Elle symbolisait l’entrée et la sortie de la ville vers Turin.


•«Le Consiglio d’Ornato fixait les règles d’architecture pour les façades, les couleurs, etc., avec cette volonté de penser la ville pour son développement à venir», poursuit-il.



— 7 octobre 2026

— Source : L’Essentiel Nice Patrimoine







▲ Aron O’Raney —




≡ Ananda Devi : L’île Aux Fantômes

Chronique d’un royaume perdu, d’Ananda Devi, Grasset. Grasset


📚Chronique d’un royaume perdu, Ananda Devi : l’île aux fantômes


La romancière retrace, sur quatre générations, le destin d’une famille issue de propriétaires d’une plantation sucrière et d’esclaves à Maurice. Une œuvre puissante qui mêle réel et fantastique.


Ananda Devi est une grande romancière qui écrit des choses sombres et amères avec une voix douce. Écrivain, poète, anthropologue, elle a toujours été exigeante. Ce nouvel opus, dont le titre annonce l’entreprise, Chronique d’un royaume perdu, est une œuvre d’une puissance rare. Elle déploie une fresque, transforme l’île Maurice, son pays natal, en fable politique, mais aussi charnelle. Une fiction de haute tenue.


À partir d’un lieu réel, Le Bouchon, situé dans le Sud-Est, elle met en scène un village reculé bordé de forêt et d’un lagon paradisiaque. L’ampleur de la fresque est dans ce désir de raconter quatre générations de Mauriciens — un arbre généalogique, paternité incertaine y compris, se trouve à la fin.


— Union entre un esclave et une propriétaire


Tout commence dans une propriété sucrière, appartenant aux Dumontais, du temps où l’esclavage est à bout de souffle — cette période appelée «l’engagisme» : on a recruté des travailleurs sous contrat qui venaient d’Inde pour remplacer la main-d’œuvre gratuite après l’abolition. Une rumeur de scandale irrigue la grande famille : «Le péché originel». Mme Dumontais aurait été séduite par un esclave, le Vieux Bouc — malgré son surnom, son charisme a fait des dégâts et il a su donner naissance à une légende. De cette liaison sont nés trois enfants tout de même, que M. Dumontais reconnaît avec joie et aveuglément.


Deux autres enfants, du côté des esclaves, complètent le tableau ; tous portent à des degrés divers la marque de ce péché dans leur peau. Bannis, ils fuient vers le sud, guidés par des visions, et fondent au Bouchon une communauté métissée, une enclave, une utopie, où l’on tente d’échapper au carcan des races, de l’ordre patriarcal jusqu’au capitalisme. Si le «royaume» doit affronter les cyclones, la haine entre les hommes et le goût de l’argent sont plus dévastateurs encore.


— L’influence de Toni Morrison


Le roman d’Ananda Devi prend l’allure d’une épopée sur quatre générations, racontée par un narrateur (au détour d’une phrase, au milieu du livre, on découvre son nom). Tel un fabuleux conteur, il s’adresse à Virginie, une danseuse muette, la dernière des Dumontais. Cette adresse, très efficace, comme certains aspects (le paradis, la cruauté), nous fait penser à Paul et Virginie. Et on ne peut pas ne pas songer à un grand nom de la littérature américaine : Toni Morrison, forcément, avec ce mélange de fantastique et de réalisme, cette absence de frontières entre les vivants et les morts, la présence des spectres.


Comme Morrison, prix Nobel de littérature 1993, auteur du Chant de Salomon et de Beloved, Ananda Devi tente de reprendre possession d’une histoire racontée par les autres avant que tout ne sombre dans l’oubli — c’est peut-être juste un clin d’œil, Raymond est un personnage de Beloved que l’on retrouve dans Chronique...


Ananda Devi a composé 460 pages denses, superbement bien écrites, dans lesquelles on retrouve tout ce qui fait sa marque de fabrique : sensuel et violent, lumineux et sombre, physique et fantasmé. Avec ses titres de chapitres, le roman se lit comme une excellente série :


«Attaque du Bouchon, suite et fin», «La trahison de Grégoire», «Mort de Raymond»... À la fin, dans la page des remerciements, elle a un mot pour son pays natal, «ma source, mon chant, ma blessure».



— 10 septembre 2026

— Un article de Mohammed Aissaoui

— Le Figaro Culture





▲ Aron O’Raney —



08 octobre 2026

≡ Vivre La Vie Intérieure

Sri Chinmoy (1931-2007)


Nous sommes tous des chercheurs, et notre but est le même : Réaliser la paix, la lumière et la joie intérieures, afin de devenir inséparables avec notre Source, et de mener une vie pleine de satisfaction profonde.


Vivre dans la joie, c’est vivre la vie intérieure.


C’est la vie qui conduit à la réalisation de soi.


La réalisation de soi est la réalisation de Dieu, car Dieu n’est autre que la divinité qui se trouve profondément en chacun de nous, et qui attend d’être découverte et révélée. 


Nous pouvons également appeler Dieu notre Pilote Intérieur ou le Suprême. 


Mais, quel que soit le terme utilisé, nous voulons parler du Plus Haut en nous, de ce qui est le but ultime de notre quête spirituelle.


Une personne spirituelle devrait être une personne normale, une personne saine.


Pour atteindre Dieu, une personne spirituelle doit être divinement pratique dans ses activités quotidiennes.


Avec le sens pratique divin, nous partageons notre richesse intérieure.


Nous ressentons la motivation divine qui sous-tend toute action et nous partageons le résultat de ces actions avec les autres.


La spiritualité ne renie pas la vie extérieure.


La vie extérieure devrait être la manifestation de la vie divine en nous.






—■ Sri Chinmoy Kumar Ghose —




07 octobre 2026

≡ J’ai Grandi Près De La Mer


J’ai grandi près de la mer, et même si je ne la voyais pas, j’étais imprégné de sa présence. Elle était toujours là, dans mes rêves d’enfant, et dans le chant du vent.


Notre condition modeste n’a pas empêché l’insouciance et le bonheur d’accompagner ma prime jeunesse, puis est venu le temps mauvais où j’ai perdu la mer, arrachée aux palmiers de la rive, ma vie s’est obscurcie.


J’ai découvert alors le monde de l’après.


À peine abordé, le pays refuge m’a montré son hostilité. Rien n’y était familier : ni les visages, ni les mots, ni les habitudes, ni même la lumière. Dès lors, mes jours ont alors été tristes et trop souvent insupportables.


Je devais désormais vivre dans un monde qui n’était pas le mien, parmi des gens avec qui je n’avais rien à partager, qui n’avaient pas la même culture.


Depuis, j’attends.


J’attends, je ne sais quoi ni qui d’ailleurs, mais j’attends quand même. Je vis au gré des événements et des nécessités de l’instant, sans aucun but ni projet.


Réfugié et replié en moi-même, j’attends.


Je patiente, et souvent m’impatiente, puis résigné, ne sachant quoi faire d’autre, je patiente encore. Indifférents, les jours défilent sans que rien ne se passe, j’ignore jusqu’à quand ma vie restera ainsi.


On me voit parfois passer dans la rue, lorsque je pars arpenter ce grand boulevard, d’où j’aperçois une mer qui n’est pas la mienne. Je l’observe longuement jusqu’à ce que mes yeux se noient dans ses profondeurs.


Si, parfois absent, je souris, croise une connaissance, et échange quelques mots, ce n’est pas vraiment moi qui parle, une part de moi est ailleurs. Si l’on me toise du regard, j’affronte des yeux, je défie aussi, et si, d’apparence, l’on me craint, je n’en suis pas surpris, cela m’étonne à peine.


Je n’oublie pas ma Terre, et je n’ai de mémoire que pour les seules et belles images du cher et vieux passé de mon autre rive. Je n’ai pas oublié les visages de l’enfance et de la jeunesse, tous ceux de mes amis. Je revois les façades des immeubles et les personnalités hautes en couleur de la rue où je suis né. 


Nul ne sait qui je suis, moi-même, je l’ignore aussi.


Il me reste les souvenirs qui parfois comblent le manque en moi. Ils m’aident à oublier ma présence ici, loin de ma Terre, loin de ma Mer, dans l’attente et la patience.


Ils sont tout ce que je possède encore de là-bas, et ils sont ce que rien ni personne ne pourra jamais m’enlever.



Je rêve… 


L’épicerie de la grande plage, la barque de l’oncle amarrée près du cabanon, les folles descentes des dunes au Cap Falcon, le sable brulant sous mes pieds, le canoë glissant au fil de l’eau, les méduses échouées sur la plage, la fontaine sur le sentier à flanc de falaise où les abeilles dansent la farandole.


Tout me revient, les vagues mourants sur le rivage, le varech couché sur la plage, les cris des mouettes, les canoës en bois d’acajou.


Je ferme les yeux, et je marche au bas de la falaise, sur le sentier escarpé du littoral, j’entends dans le lointain ma mer qui m’accompagne.


Sous l’ardent soleil d’été, je suis reparti là-bas.





—■ Jean Rumoncey —



06 octobre 2026

≡ Parlons De La Méditation


Méditer… 


— Il existe différentes écoles et différents systèmes de méditation. 


• Certaines écoles disent : «Observez le mouvement de votre gros orteil, observez-le, observez-le, observez-le», d’autres recommandent que l’on s’assoie dans certaines postures, que l’on respire régulièrement, ou que l’on s’exerce à être lucide. 


Tout cela est purement mécanique. 


• Une autre méthode consiste à vous donner un certain mot et à vous dire que si vous le répétez très longtemps, vous aurez une expérience transcendantale extraordinaire. 


C’est une absurdité. C’est de l’auto-hypnotisme. 


— La Méditation Ne Consiste Pas À Suivre Un Système ; Ce N’est Pas Une Constante Répétition Ou Imitation ; Ce N’est Pas Une Concentration.


• La méditation exige un esprit étonnamment agile ; c’est une compréhension de la totalité de la vie, où toute fragmentation a cessé, et non une volonté dirigeant la pensée. 


• Lorsque celle-ci est dirigée, elle provoque un conflit dans l’esprit, mais lorsque l’on comprend sa structure et son origine, elle cesse d’intervenir. 


• Cette compréhension de la structure de la pensée est sa propre discipline, qui est méditation.


— La méditation consiste à être conscient de chaque pensée, de chaque sentiment ; à ne jamais les juger en bien ou en mal, mais à les observer et à se mouvoir avec eux. 


• En cet état d’observation, on commence à comprendre tout le mouvement du penser et du sentir. 


De Cette Lucidité Naît Le Silence.


• La méditation est un état d’esprit qui considère avec une attention complète chaque chose en sa totalité, non en quelques-unes seulement de ses parties.


Personne Ne Peut Vous Apprendre À Être Attentif. 


• Si un quelconque système vous enseigne la façon d’être attentif, c’est au système que vous êtes attentif, et ce n’est pas cela, l’attention.


— La Méditation Est Un Des Arts Majeurs Dans La Vie, Peut-Être «L’art Suprême», Et On Ne Peut L’apprendre De Personne.


• C’est sa beauté. Il n’a pas de technique, donc pas d’autorité. 


• Lorsque vous apprenez à vous connaître, observez-vous, observez la façon dont vous marchez, dont vous mangez, ce que vous dites, les commérages, la haine, la jalousie — être conscients de tout cela en vous, sans option, fait partie de la méditation.


• La méditation peut avoir lieu alors que vous êtes assis dans un autobus, ou pendant que vous marchez dans un bois plein de lumière et d’ombres, ou lorsque vous écoutez le chant des oiseaux, ou lorsque vous regardez le visage de votre femme ou de votre enfant.


— Comprendre Ce Qu’est La Méditation Implique L’amour : 


• L’amour qui n’est pas le produit de systèmes, d’habitudes, d’une méthode. 


• L’amour ne peut pas être cultivé par la pensée ; mais il peut — peut-être — naître dans un silence complet en lequel celui qui médite est entièrement absent. 


• Un esprit ne peut être silencieux que lorsqu’il comprend son propre mouvement en tant que penser et sentir, et, pour le comprendre, il ne doit rien condamner au cours de son observation.


— Observer de cette façon est une discipline fluide, libre, qui n’est pas celle du conformisme.



— Extraits de : «Se libérer du connu.» 

— Ch.15 — Stock 1977






—■ Jiddu Krishnamurti (1895-1986) —