04 mars 2026

≡ Matera, La Gloire Européenne


— Matera 2019, La « Honte » De L’Italie Est Devenue Gloire Européenne.


Capitale européenne de la culture en 2019, Matera était il y a encore un demi-siècle « la honte » de l’Italie en raison de son extrême pauvreté. La cité a aujourd’hui retrouvé sa dignité en sauvant ses grottes, ses palais baroques et ses églises rupestres.


« C’est vrai, nous sommes passés de la honte à la gloire », admet Raffaello De Ruggieri, le maire de Matera, ville de Basilicate (sud) que le Premier ministre Alcide De Gasperi, l’un des pères fondateurs de l’Europe, avait qualifiée dans les années 1950 de « honte nationale » pour ses conditions de vie misérables.


Ses habitants trouvaient alors refuge dans des grottes datant du paléolithique, sans lumière ni eau courante ou tout-à-l’égout.


Fresque dans l’église Santa Lucia alle Malve à Matera


Un demi-siècle s’est écoulé et la ville ambitionne aujourd’hui de recevoir des centaines de milliers de visiteurs, attirés par la culture et le patrimoine, dans ces mêmes grottes, dont bon nombre ont été restaurées.


« Nous voulons que la personne qui décide de venir à Matera vive une expérience », explique Paolo Verri, directeur de la fondation Matera-Basilicata 2019, après avoir longtemps été responsable de la prestigieuse Foire du livre de Turin (nord).


Surnommée la « Jérusalem de l’Ouest » pour ses maisons troglodytiques en pierre creusées à flanc de ravin (les « sassi »), Matera est considérée comme la troisième ville la plus ancienne du monde après Alep (Syrie) et Jéricho (Cisjordanie). Des vestiges « attestent de la présence de l’homme depuis 8.000 ans », rappelle le maire.


« C’est pourquoi nous voulons un tourisme de +la lenteur+ », assure M. Verri, qui espère attirer des amateurs d’art et de culture plutôt que les visiteurs au pas de charge en une seule journée.


Pour y parvenir, il a programmé près de 300 spectacles, ateliers, expositions, conférences, allant de la musique à la gastronomie en passant par des lectures en public. 


« Chacun doit apporter quelque chose, comme un livre, et expliquer pourquoi il veut améliorer la culture européenne », explique-t-il.


La nef gauche de la Cathédrale de Matera abrite la fresque du XIIIe de la Madonna della Bruna, la sainte patronne de la Ville ; la détrempe faisait partie de la décoration d’origine des murs (1270).


Les « citoyens temporaires » de Matera devront payer 19 euros pour un passeport valable un an qui leur permettra d’assister à tous les événements. Ils sont aussi invités à s’inspirer des paysages bibliques et de l’atmosphère mystique pour écrire des textes, créer des objets, des sculptures, inventer des sons, des installations, qui deviendront à leur tour une exposition.


« Wifi Et Jacuzzi »


« Un défi », reconnaît la Française Ariane Bieou, chargée du programme culturel de Matera 2019, après avoir œuvré pour venir à bout des clichés pesant sur Marseille, capitale de la culture en 2013.


« Le rôle d’une capitale européenne de la culture est de favoriser la croissance d’un territoire », a-t-elle expliqué à l’AFP.


La tâche s’annonce ardue dans une ville sans aéroport ni trains à grande vitesse, aux voies d’accès sinueuses en bord de ravins.


Cité au passé douloureux, mais promise à un avenir plus radieux, Matera est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1993, ce qui a contribué à accroître sa notoriété.


Le cinéma a aussi fait appel à elle pour recréer le décor imaginaire de l’antiquité chrétienne dans « L’Evangile selon Saint Matthieu » de Pier Paolo Pasolini ou dans « La Passion du christ », signé Mel Gibson.




— Source : Matera (Italie) © 2018 AFP




Aron O’Raney —