Celui que Tu aimes est dans ton cœur
Ayant vu l'éclair à l'Est,
il a la nostalgie de l'Est,
L'eût-il vu à l'Ouest,
Il aurait eu la nostalgie de l'Ouest.
Car mon amour est pour l'éclair et sa fulguration,
Non pour les lieux et terres.
La brise rapporta ce propos,
Transmis par mon chagrin, ma tristesse, ma mélancolie,
Mon ivresse, ma raison, ma nostalgie, ma passion,
Mes larmes, mes paupières, ma flamme, mon cœur :
«Celui que tu aimes est dans ton cœur,
Les soupirs le tournent et le retournent !»
Et moi à la brise : «Rapporte-lui que c'est lui
Qui allume le feu dans le cœur !
L'éteint-il, ce sera l'union sans fin
L'attise-t-il, qu'y pourra l'amoureux ?»
Ne lui suffit-il pas que je sois dans son cœur
Je salue Salma et ceux qu'abrite sa demeure !
Quelqu'un comme moi doit tendrement saluer !
Que lui coûtera de me répondre par un salut ?
Et pourtant, aucun recours si les belles ne répondent pas.
Elle s'en alla avec les siens,
la nuit baissant ses voiles,
Et moi : «Pitié de l'amoureux,
égaré et mortifié,
Que les nostalgies entourent et protègent
Et qu'assaillent, partout où il va,
Celles qui décochent les flèches !»
Elle se laissa entrevoir, un éclair fulgura.
Lequel des deux déchira les ténèbres,
Je ne le sais.
Et elle : «Ne lui suffit-il pas que je sois dans son cœur
Et qu'il puisse me voir en tout temps comme il veut ?»
—■ Ibn'Arabî —
