26 avril 2026

≡ La Paix De L’Âme


La paix de l'âme est, dans ce monde, le bonheur suprême. 


Ce bonheur, on peut le goûter dans la simplicité de son cœur, si, en s'éloignant du tumulte du monde, on sait borner ses vœux et son ambition, se soumettre aux décrets du ciel, juger avec indulgence tout ce qui se passe autour de soi, et se réjouir des harmonies de la nature, du mugissement des cascades, de la fraîcheur des bois et du soupir des vents.


Quelle sérénité dans nos sentiments quand les orages de la vie sont passés, quand tout ce qui nous attristait s'évanouit, quand autour de nous règnent l'amitié, la paix, l'innocence et la liberté! 


Alors même que le cœur est agité, on peut se plaire encore dans la solitude. 


Une douce mélancolie est préférable aux jouissances terrestres, et une larme d'amour vaut mieux que l'univers entier.


Pour comprendre cette félicité de la solitude, il faut aimer à contempler les merveilles de la création, depuis ses beautés grandioses jusqu'à l'humble fleur des champs; il faut pouvoir jouir de tout ce qui agrandit l'âme et de tout ce qui lui offre quelques riantes images.


Ces jouissances n'appartiennent point exclusivement aux âmes fortes, aux imaginations ardentes, aux esprits d'une trempe vive et délicate; elles appartiennent aussi aux personnes d'un caractère froid, qui, souvent, accusent les autres d'exagérer l'expression de leurs sensations. 


Seulement, il faut pour celles-ci ménager les teintes et les effets de lumière; car, par la raison qu'elles sont moins frappées de ce qui est mal, elles sentent moins vivement aussi le beau et le bien.


Dans la solitude, une grande partie des jouissances du cœur viennent de l'imagination. 


L'aspect d'une contrée pittoresque, le vert feuillage des bois, le murmure des eaux, le bruissement des arbres, le chant des oiseaux et les contours d'un horizon lointain absorbent souvent l'âme à tel point que toutes nos pensées deviennent autant de sensations. 


Notre âme s'émeut alors, et aspire à tous les sentiments honnêtes: 


C'est un des effets du magique pouvoir de l'imagination. Si tout ce qui nous environne est libre et paisible, l'imagination répand sur tout ce que nos regards embrassent des teintes riantes et un prestige charmant. 


Ah! quand on connaît la mélancolie philosophique qu'inspire la solitude, il est facile de renoncer aux plaisirs bruyants et aux assemblées tumultueuses. 


Les rocs escarpés, les ombres profondes des forêts, les points de vue attrayants ou majestueux excitent tour à tour en nous une sorte de crainte religieuse ou un doux transport.


La douleur se dissipe peu à peu dans ces graves ou riantes émotions et se change en une paisible rêverie. 


La solitude et le silence de la nature font ressortir chacun des objets qui fixent notre attention; notre sensibilité est plus vive, notre surprise plus grande et notre plaisir plus profond.




— Extrait de : «  La Solitude »




Johann Georg Zimmermann —