04 mai 2026

≡ Qui Étaient Les Cagots ?


« Intouchables des Pyrénées », « race maudite »… Qui étaient vraiment les cagots ?


Population discriminée depuis le Moyen Âge, objet de théories racistes puis de curiosité touristique au XIX siècle, les cagots ont longtemps fasciné. Aujourd’hui, leurs exclusions et leurs origines sont réexaminées par les historiens.


Dans les années 1960, à Luz, des touristes venaient voir la dernière famille « cagot », présentée comme issue d’une « race maudite » persécutée depuis mille ans.


Encore aujourd’hui, brochures et récits les décrivent comme « intouchables », descendants des Wisigoths ou êtres difformes. Mais entre fantasmes et sources, que sait-on vraiment ?


Dans les Pyrénées, sous divers noms, ces populations restent entourées de mystère. Leur identité et leur histoire alimentent écrits savants et populaires depuis cinq siècles. On sait surtout qu’elles furent discriminées du XIV au XIX siècle, selon des formes variables.


Les cagots devaient se marier entre eux, étaient séparés au cimetière, exclus des assemblées et relégués au fond des églises. Mais qui étaient-ils réellement ?


Mythes et fantasmes


Dès le XVI siècle, on leur attribue des origines diverses : lépreux, Wisigoths, Cathares ou Sarrasins. 


Au XIX siècle, dans un contexte obsédé par les races, ils deviennent une « race maudite », parfois assimilée à tort aux malades du goitre.


Naître cagot, c’était le rester à vie. Parias parmi les parias, les cagots ont supporté pendant des siècles le mépris des villageois. (Photo : Wikipédia)


Avec l’essor du tourisme thermal, leur image alimente un folklore local : cartes postales, récits, curiosité des voyageurs. Tout individu pauvre ou infirme peut alors être pris pour un cagot, alors même que la discrimination disparaît progressivement.


Ne subsistent que des traces toponymiques : « fontaine » ou « pont des cagots ». Pourtant, les archives montrent qu’ils n’avaient aucune particularité physique : ils vivaient comme les autres, partageant langue, religion et parfois richesse.


Une exclusion avant tout sociale


Leur marginalisation s’explique davantage socialement. 


L’hypothèse d’une descendance de lépreux, jugée impure, a pu jouer. Plus récemment, on suppose qu’il s’agissait de nouveaux arrivants installés par des seigneurs, puis rejetés par les communautés locales.


Le terme « cagot », lié à l’idée de souillure, sert surtout à établir des hiérarchies sociales. Il faut donc dépasser les visions raciales pour comprendre des mécanismes d’exclusion propres à chaque lieu.


Selon les villages, les situations diffèrent : parfois aucune trace de ségrégation durable, parfois des conflits violents. 


À Biarritz, dans un contexte de déclin économique, des familles dites « cagotes » s’enrichissent, suscitant tensions, procès et violences. L’étiquette sert alors à rabaisser des individus prospères.


Ainsi, le mot dissimule des enjeux économiques et communautaires locaux, bien plus qu’une réalité ethnique.


Être ou ne plus être un cagot


Mais qui est cagot ? Les textes évoquent surtout les interdits : ne pas se mêler aux autres, ne pas porter d’armes, ne pas vendre au marché.


En 1683, le terme est interdit car jugé infamant. Il disparaît des registres, mais persiste dans les conflits judiciaires, preuve que la discrimination continue.


Être cagot, c’est être désigné comme tel : réputé impur, marginalisé, sans signe physique distinct. L’identification repose sur la réputation locale, les noms de maison ou le lieu de vie.


Le terme est toujours imposé de l’extérieur et jamais revendiqué. Ceux qu’il vise cherchent au contraire à le faire disparaître par la justice. Il devient un outil d’exclusion, réactivant artificiellement des différences.


Ce phénomène dépasse les Pyrénées. En Bretagne, les « caqueux », d’abord lépreux, restent marginalisés après la disparition de la maladie. Interdits de métiers, victimes de violences jusque dans la mort, ils illustrent la même logique.


Comme pour les cagots, ces exclusions révèlent des tensions économiques et sociales profondes : derrière la souillure supposée, ce sont souvent les intérêts matériels qui gouvernent les rejets.




— 19 mars 2026

— Source : The Conversation France

— Extraits inspirés d’un article de Emma Duteil




Aron O’Raney —