26 juin 2026

≡ Au Fil Du Temps…


— CXXIV —


Chaque matin, la rosée accable les tulipes, 

Les jacinthes et les violettes, 

Mais le Soleil les délivre de leur brillant fardeau. 


Chaque matin, mon cœur est plus lourd dans ma poitrine, 

Mais ton regard le délivre de sa tristesse.


— CXXV —


Si tu veux avoir la magnifique solitude des étoiles et des fleurs, 

Romps avec tous les hommes, avec toutes les femmes.


Ne chemine près de personne. 

Ne te penche sur aucune douleur. 

Ne participe à aucune fête.


— CXXVI —


Le vin a la couleur des roses. 

Le vin n'est peut-être pas le sang de la vigne, mais celui des roses. 


Cette coupe n'est peut-être pas du cristal, mais de l'azur figé. 

La nuit n'est peut-être que la paupière du jour.


— CXXVII —


Le vin procure aux sens une ivresse pareille à celle des Élus. 

Il nous rend notre jeunesse, 


Il nous rend ce que nous avons perdu 

Et il nous donne ce que nous désirons. 


Il nous brûle comme un torrent de feu, 

Mais il peut aussi changer notre tristesse en eau rafraîchissante.


— CXXVIII —


Referme ton Koran. 

Pense librement, et regarde librement le ciel et la terre. 

Au pauvre qui passe, donne la moitié de ce que tu possèdes. 


Pardonne à tous les coupables. 

Ne contriste personne. 

Et cache-toi pour sourire.


— CXXIX — 


Que l'homme est faible! 

Que le Destin est inéluctable! 


Nous faisons des serments que nous ne tenons pas, 

Et notre honte nous est indifférente. 


Moi-même, j'agis souvent comme un insensé. 

Mais, j'ai l'excuse d'être ivre d'amour.


— CXXX —


Homme, puisque ce monde est un mirage, 

Pourquoi te désespères-tu, 

Pourquoi penses-tu sans cesse à ta misérable condition? 


Abandonne ton âme à la fantaisie des heures. 

Ta destinée est écrite. 


Aucune rature ne la modifiera.



Traduit par Franz Toussaint, Paris, L’Édition d’art H. Piazza.






Omar Khayyâm —