Ce n’est pas seulement cette soif de gloire qui anime l’écrivain dans la solitude ; il éprouve là une autre jouissance, une jouissance inappréciable, que nul être ne lui peut enlever, celle qui naît du travail même.
Que de satisfaction on goûte quand on écrit dans une application soutenue, dans l’enthousiasme qui s’y joint !
Il suffit souvent d’un tel travail pour dissiper nos chagrins, pour nous faire oublier nos douleurs.
Ah ! je ne donnerais pas une seule heure de ces occupations paisibles pour tous les rêves de gloire qui enchantaient Cicéron.
La tranquillité que l’on retrouve dans une longue suite de souffrances cause à l’âme les plus douces, les plus nobles émotions.
Le plaisir que l’on ressent à faire encore quelque chose, lorsqu’on se croyait déjà hors d’état de rien produire, est inconnu peut-être à l’homme qui jouit d’une forte santé, car il a confiance en lui-même.
Mais pour un écrivain malade, une difficulté vaincue, une période élégante, une expression heureuse, une exposition claire et habile, un travail achevé, sont un baume salutaire, un contre-poison de la mélancolie et un des grands avantages de la solitude, et la satisfaction que l’on en reçoit est bien préférable à[…]
— Extrait de : « La Solitude »
—■ Johann Georg Zimmermann —
