On arrive au désert le jour
Où on découvre
Qu’on y a toujours été !
Ce qui nous cachait le désert ?
Un certain confort
Un certain oubli
Mais il était là, fidèle, tenace
Il n’y avait que des illusions à perdre
Quelques honorabilités.
On se découvre soi-même
Le jour où on se découvre
Comme ayant toujours été
Découvert…
Le Roi a toujours été nu
Sous ses armures.
On ne se couche pas deux fois
Sur la même dune
Il n’y a que de l’« En Train d’Être »
Le langage immobilise ou découpe
Un moment de cet « En Train »
Il manque sans cesse le Réel
Qui est mouvement
Coup de sang dans l’homme
Coup de vent dans les sables
Ne parle pas de l’eau de ta carafe
Comme d’un grand fleuve
Bois et souviens-toi de ce qui ruisselle.
Le mot désert immobilise
Ce que le monde
Est en train de devenir
Ou ce qu’il était avant.
Le mot désert
Se souvient ou plutôt prophétise
Le Néant d’où vient
Et où va l’être
On ne se baigne pas deux fois
Dans le même livre
Lisez-le d’un œil humide
Puis d’un œil sec
Puis lisez-le
Il y aura d’autres rives
Il éveillera d’autres sens
—Extrait de « Déserts, Déserts »
—Espaces Libres — Éditions Albin Michel
—■ Jean-Yves Leloup —