30 mars 2025

≡ À Propos de La Foi

 

Je vois, en effet, qu’aucune démonstration, non pas même la plus solide, suivant les règles de la démonstration, n’a de force à vos yeux si elle ne s’accorde avec l’enseignement que vous ou des théologiens connus de vous, croyez trouver dans l’Écriture Sainte.

 

Or, si vous admettez que Dieu parle plus clairement et de façon plus efficace par l’Écriture, que par la lumière naturelle de l’entendement qu’il nous a également donné, et qu’il conserve incorruptible par sa sagesse divine, vous avez pour soumettre votre entendement, aux opinions que vous croyez trouver dans l’Écriture Sainte, de solides raisons ; moi-même, je ne pourrais agir autrement.


 

Mais, je dois l’avouer sans ambages, je n’ai pas de l’Écriture une connaissance claire, bien que j’aie dépensé quelques années à l’étudier, et je sais que je ne puis, quand je possède une démonstration solide, en venir jamais à des pensées qui me permettent de la mettre en doute.


 

Je me repose absolument, sur ce que l’entendement me fait percevoir, et ne soupçonne pas qu’il me puisse tromper, ni que l’Écriture puisse être avec lui en contradiction, et cela sans même y faire de recherches ; car la vérité ne peut contredire à la vérité, ainsi que je l’ai clairement montré dans mon Appendice ; et le fruit que j’ai retiré de mon pouvoir naturel de connaître, sans l’avoir jamais trouvé une seule fois en défaut, a fait de moi un homme heureux.


 

J’en jouis en effet, et tâche à traverser la vie non dans la tristesse et les pleurs, mais dans la tranquillité d’âme, la joie et la gaieté, et m’élève ainsi d’un degré.


 

Je ne cesse d’ailleurs, de reconnaître que toutes choses arrivent par la puissance de l’Être souverainement parfait, et son immuable décret, et c’est à cette connaissance, que je dois ma satisfaction la plus haute et ma tranquillité d’âme.



—Extrait de : Spinoza Lettre XXI — 1665




Baruch Spinoza —