≈Je vois, en effet, qu’aucune démonstration, non pas même la plus solide, suivant les règles de la démonstration, n’a de force à vos yeux si elle ne s’accorde avec l’enseignement que vous ou des théologiens connus de vous, croyez trouver dans l’Écriture Sainte.
• Or, si vous admettez que Dieu parle plus clairement et de façon plus efficace par l’Écriture, que par la lumière naturelle de l’entendement qu’il nous a également donné, et qu’il conserve incorruptible par sa sagesse divine, vous avez pour soumettre votre entendement, aux opinions que vous croyez trouver dans l’Écriture Sainte, de solides raisons ; moi-même, je ne pourrais agir autrement.
• Mais, je dois l’avouer sans ambages, je n’ai pas de l’Écriture une connaissance claire, bien que j’aie dépensé quelques années à l’étudier, et je sais que je ne puis, quand je possède une démonstration solide, en venir jamais à des pensées qui me permettent de la mettre en doute.
• Je me repose absolument, sur ce que l’entendement me fait percevoir, et ne soupçonne pas qu’il me puisse tromper, ni que l’Écriture puisse être avec lui en contradiction, et cela sans même y faire de recherches ; car la vérité ne peut contredire à la vérité, ainsi que je l’ai clairement montré dans mon Appendice ; et le fruit que j’ai retiré de mon pouvoir naturel de connaître, sans l’avoir jamais trouvé une seule fois en défaut, a fait de moi un homme heureux.
• J’en jouis en effet, et tâche à traverser la vie non dans la tristesse et les pleurs, mais dans la tranquillité d’âme, la joie et la gaieté, et m’élève ainsi d’un degré.
• Je ne cesse d’ailleurs, de reconnaître que toutes choses arrivent par la puissance de l’Être souverainement parfait, et son immuable décret, et c’est à cette connaissance, que je dois ma satisfaction la plus haute et ma tranquillité d’âme.
—Extrait de : Spinoza Lettre XXI — 1665
—■ Baruch Spinoza —