Hildegarde de Bingen consignant l’une de ses visions. Manuscrit du Liber divinorum operum d’Hildegarde elle-même, daté d’environ 1230, conservé à la bibliothèque nationale de Lucques (Italie). Fine Art Images/Bridgeman Images
Hildegarde de Bingen est précurseure d’une vision holistique de la médecine, qui considère l’individu dans sa totalité, en tenant compte de ses dimensions non seulement physiques, mais aussi émotionnelles, mentales, spirituelles, sociales et environnementales.
Elle est l’une des rares femmes à avoir traversé l’histoire. Hildegarde de Bingen (1098-1179) est bien connue des médiévistes, mais aussi, plus récemment, des naturopathes et autres herboristes, qui se réclament de son héritage. Née en Allemagne, dans les collines rhénanes au sud de Mayence, dixième enfant d’une famille de la petite noblesse, de santé fragile, elle a ses premières visions dès l’âge de 3 ans. Lorsqu’elle a 8 ans, ses parents la confient aux religieuses de l’abbaye bénédictine du Disibodenberg.
Elle suit ce chemin vers la foi, guidée par cette « lumière vivante » qu’elle pense divine. Reconnue par ses sœurs pour l’étendue de son savoir et de ses talents, mais aussi pour sa gestion rigoureuse de l’abbaye, elle sera élue abbesse en 1136 avant de fonder deux autres couvents.
Transmission des savoirs divins
Hildegarde est souvent perçue comme une femme forte et indépendante. Elle attendra cependant, pour révéler au grand jour l’existence de ses visions, l’âge de 43 ans et un ordre « venu du ciel » qui lui imposent de consigner et transmettre le savoir qu’elle reçoit. « Ses remèdes s’adressent au corps et à l’âme, résume l’historienne Audrey Fella.
Chaque être humain est relié à la nature, à l’univers, et ne fait qu’un avec eux. Le moindre désordre dans l’univers va donc impacter la santé des êtres humains, et inversement. »
Soutenue par le cistercien Bernard de Clairvaux, elle correspond avec de nombreux souverains, dont l’empereur Frédéric Barberousse, et retient l’attention du pape Eugène III, qui confirme son rôle dans la transmission des savoirs divins. Et dans ses lettres, n’hésite pas à défendre ses convictions.
Des proportions précises, mesurées en coques de noix
Elle a laissé cinq livres, dont le Scivias (Livre des visions), et Causae et Curae (Causes et remèdes), consacrés à la médecine, où « elle aborde tous les sujets comme le sang menstruel, le plaisir de l’homme et de la femme, la digestion, les tumeurs », poursuit Audrey Fella.
Elle est précurseure d’une vision holistique de la médecine, qui considère l’individu dans sa totalité, en tenant compte de ses dimensions non seulement physiques, mais aussi émotionnelles, mentales, spirituelles, sociales et environnementales.
Ses remèdes sont des mélanges de plantes, avec des proportions précises, mesurées en coques de noix. « Proche du Rhin, où circulent les épices, elle aura aussi accès à des plantes comme la muscade, le girofle et la cannelle, les “épices de la joie”, qui constituent un mélange régulateur du système nerveux, décrit Melody Molins, fondatrice de l’Institut Hildegardien, un centre de naturopathie.
Dans la naturopathie contemporaine, les conseils naturels d’Hildegarde de Bingen ont été reconstitués, convertis en grammes et testés en Allemagne sur plus de 30.000 personnes. »
Les vertus de certaines plantes qu’elle a conseillées sont peu à peu étudiées selon des principes modernes de la recherche clinique, tel l’effet inhibiteur de la violette sur les tumeurs, testé en laboratoire sur des cellules de carcinome mammaire de souris.
Poétesse et musicienne en plus d’être abbesse et mystique, elle meurt en 1179 à l’âge très avancé de 81 ans, preuve peut-être des bienfaits de ses remèdes et de sa conduite de vie. Elle sera canonisée par le pape Benoît XVI en 2012.
—29 mai 2025
—Source : Sciences & Avenir
■— Valérie Handweiler—
