Vue aérienne du moulin d’Opio, à côté du fleuve de la Brague, dans le territoire grassois. Communauté d’agglomération Sophia-Antipolis (Casa)
🟫— Près de Grasse, un moulin à huile de 1848 réhabilité dans un contexte difficile pour la culture de l’olive
REPORTAGE — Le moulin d’Opio a été racheté par la communauté d’agglomération Sophia-Antipolis pour préserver un patrimoine aujourd’hui menacé par des récoltes de plus en plus faibles.
• La grande roue du moulin d’Opio (Alpes-Maritimes) tourne de nouveau par la force de l’eau du fleuve de la Brague, situé un peu plus en amont. « On pourrait bientôt s’en servir pour fabriquer de l’électricité », lance avec des yeux qui brillent Emmanuel Delmotte, maire de la commune voisine de Châteauneuf-Grasse. Si, en l’état, la roue ne sert plus comme autrefois à triturer les olives, elle symbolise un patrimoine toujours vivant. Ce moulin de 1848, l’un des plus anciens du département, vient d’être relancé après son rachat par la communauté d’agglomération Sophia-Antipolis (Casa) pour 3,8 millions d’euros.
• Sa gestion a été confiée pour 20 ans à la SCIC Les Ferrages, une coopérative agricole citoyenne, et à la NEEDE, association de protection de l’environnement sur le bassin méditerranéen. L’odeur de l’or vert envahit de nouveau une salle décorée d’une grande mosaïque d’oliviers : l’huile d’olive coule en litres dans un récipient. Plus de la moitié des récoltes du département sont traitées ici.
• La famille Michel a exploité ce domaine durant sept générations avant de cesser son activité en 2023. « Imaginez si on ne l’avait pas racheté, on se serait appauvri. On aurait laissé passer une opportunité exceptionnelle de se rappeler la tradition dans la modernité », a expliqué Jean Leonetti, maire LR d’Antibes et président de la Casa. « Nous voulons faire d’Opio le centre névralgique de l’olive et cela tombe bien, les acteurs cherchent un lieu », défend Cyprien Fonvielle, directeur de la NEEDE.
🟫— MUSÉE
• Les repreneurs se sont engagés à pérenniser l’activité ancestrale de ce moulin à huile d’olive, dont une première pierre retrouvée daterait du XVe siècle. Si la trituration a repris dès octobre 2024, l’ouverture officielle en ce début de semaine marque aussi le lancement de nouveaux projets pour faire perdurer cette tradition. Des travaux vont être engagés pour aménager un musée et une boutique afin que des visiteurs se pressent pour mieux comprendre la filière de l’olive dans les Alpes-Maritimes.
• Au moulin d’Opio, les anciens pressoirs, de grosses meules en marbre, sont toujours intacts sous des poutres en bois. Au sous-sol, la mécanique serait à dépoussiérer, mais fonctionnerait toujours, selon Emmanuel Delmotte. « Quand on a essayé de la relancer, les murs ont un peu tremblé », sourit celui qui est chargé de l’agriculture à la Casa.
• « Nous voulons faire venir des groupes scolaires, des touristes, afin de fédérer une communauté. Il faut que l’on consomme davantage ce que nos terres nous offrent. L’olivier, c’est une culture locale », insiste le nouveau gestionnaire Jean-Philippe Alfonsi. Dans le Sud-Est, 5% seulement de l’huile d’olive consommé provient de la région, le consommateur préférant se tourner vers des huiles moins chères en provenance d’Italie, d’Espagne, du Maroc ou de Tunisie.
🟫— RÉCOLTES « CATASTROPHIQUES »
• Il faut dire aussi que la filière locale de l’oléiculture traverse des moments douloureux. Sur ces cinq dernières années, seule la récolte de l’an dernier a été jugée satisfaisante par la dizaine de professionnels restants dans les Alpes-Maritimes. « C’est catastrophique, c’est une année blanche, zéro », se désole Jean-Philippe Frère, représentant à la chambre d’agriculture, qui pointe la sécheresse et la mouche de l’olivier. « Je suis pessimiste face à ce changement climatique. Pour sauver ce qu’il reste, il va falloir irriguer et il faut nous aider », lance celui qui est aussi le président de l’antenne de la FDSEA.
• Les Alpes-Maritimes ont compté jusqu’à 200 moulins contre seulement une vingtaine aujourd’hui. « Bien sûr que c’est important de garder ce moulin d’Opio, il est dans un secteur stratégique, il fallait le conserver », se satisfait Jean-Philippe Frère. Au moulin d’Opio, on veut justement inciter les particuliers à apporter leurs olives pour en extraire leur liquide doré plutôt que de les laisser pourrir au sol. « Je serai ravi de voir couler de l’huile même pour deux ou trois kilos », glisse Jean-Philippe Alfonsi.
•« Il faut changer les mentalités », reconnaît Jean-Philippe Frère. Le représentant des oléiculteurs pointe un autre problème : sur près de 1,5 million d’oliviers sur le territoire maralpin, seulement 400.000 sont exploités.
— 21 novembre 2025
— Source documentaire : Le Figaro Nice
■— Lucas Hélin —
▲ Aron O’Raney —
