Du fond de mon cœur,
Un oiseau prit son envol vers le ciel.
À mesure qu’il s’élevait haut,
Il devenait de plus en plus grand.
Au début,
Il n’était qu’une hirondelle,
Par la suite, une alouette,
Puis un aigle,
Ensuite aussi vaste
Qu’un nuage printanier
Et il finit par remplir le ciel étoilé.
Du fond de mon cœur,
Un oiseau prit Son envol vers le ciel.
Il devenait plus grand à mesure qu’il volait.
Toutefois,
Il ne quitta pas mon cœur.
Ô ma foi, mon savoir inapprivoisé,
Comment volerai-je jusqu’à ta hauteur
Pour voir avec toi le « Soi »
Encore plus large de l’homme,
Tracé dans le ciel ?
Comment transformerai-je
Cette mer en moi
En brume pour me mouvoir avec toi
Dans l’incommensurable espace ?
Comment un prisonnier
Dans son temple
Peut-il regarder ses dômes dorés ?
Comment le cœur d’un fruit
S’ouvrira-t-il pour
Envelopper aussi le fruit ?
Ô ma foi,
Je suis enchaîné
Derrière ces barreaux d’argent et d’ébène,
Et je ne peux pas
M’envoler avec toi.
Toutefois, du fond de mon cœur
Tu prends ton envol vers le ciel,
Et c’est mon cœur qui te soutient,
Et je serai content.
— Le Précurseur — Extrait —
—■ Khalil Gibran —
