—■ L’unité S’exprime Ici En Termes De Soleil Et De Mer.
Elle est sensible au cœur par un certain goût de chair qui fait son amertume et sa grandeur.
J'apprends qu'il n'est pas de bonheur surhumain, pas d'éternité hors de la courbe des journées. Ces biens dérisoires et essentiels, ces vérités relatives sont les seules qui m'émeuvent.
Les autres, les « idéales », je n'ai pas assez d'âme pour les comprendre. Non qu'il faille faire la bête, mais je ne trouve pas de sens au bonheur des anges.
Je sais seulement que ce ciel durera plus que moi.
Et qu'appellerais-je éternité sinon ce qui continuera après ma mort ?
Je n'exprime pas ici une complaisance de la créature dans sa condition. C'est bien autre chose. Il n'est pas toujours facile d'être un homme, moins encore d'être un homme pur.
Mais être pur, c'est retrouver cette patrie de l'âme où devient sensible la parenté du monde, où les coups du sang rejoignent les pulsations violentes du soleil de deux heures.
Il est bien connu que la patrie se reconnaît toujours au moment de la perdre.
Pour ceux qui sont trop tourmentés d'eux-mêmes, le pays natal est celui qui les nie.
Je ne voudrais pas être brutal ni paraître exagéré. Mais enfin, ce qui me nie dans cette vie, c'est d'abord ce qui me tue.
— Extrait De « Noces » 1936-1937
— L’Été À Alger — À Jacques Heurgon
■—Albert Camus —