Charly Oleg et Évelyne Leclercq dans l’émission « Tournez Manège ! » sur TF1, en 1991
Il était une star à sa façon : Charly Oleg ne fera plus tourner les manèges…
Charly Oleg, organiste de l’émission "Tournez manège !" sur TF1, est mort lundi à l’âge de 94 ans, a annoncé mardi 9 septembre à l’AFP le maire de sa ville du Blanc-Mesnil (Seine–Saint-Denis). La ministre de la Culture sortante, Rachida Dati, a salué de son côté dans un communiqué la mémoire de ce "musicien incontournable et amuseur joyeux du paysage audiovisuel français pendant des décennies".
➤ Une par une, les grandes figures de la télévision s’en vont.
On pouvait les apprécier ou non, mais elles avaient fini par faire partie de nos mémoires, telle une sorte de patrimoine immatériel. Charlie Oleg était au rang de ces dernières ; lui, sa moustache, son éternelle bonne humeur et ses mains magiques.
Il nous a quittés le 8 septembre dernier, à l’âge vénérable de 94 ans.
Sa vie était réglée comme du papier à musique : course à pied, piano, déjeuner agrémenté d’un cigare et piano. Sur ses vieux jours, l’artiste avait décidé de s’installer au Blanc-Mesnil, en Seine–Saint-Denis.
Charly Oleg est né Charles Olejniczak (ça s’écrit comme ça se prononce, paraît-il), d’un père polonais et d’une mère anglo-italienne. L’immigration, c’était mieux avant, nous di-ton. Il n’a que quatorze ans quand il monte à Metz, où il entre au conservatoire. Deux ans et demi plus tard,
— il obtient le premier prix d’excellence pour son interprétation un brin improvisée de la Sonate en si mineur de Franz Liszt.
— À l’en croire, la nature l’a doté d’une « oreille absolue ». L’école c’est bien, mais la vie, c’est mieux. Il n’a donc que vingt printemps lorsqu’il s’installe à Paris, où il devient pianiste de bar.
Accompagnateur de Joséphine Baker
De l’oreille musicale, absolue ou pas, au bouche-à-oreille, il n’y a qu’un pas, vite franchi par l’ami Charly qui devient l’accompagnateur en chef de Joséphine Baker, puis de Mireille Mathieu et de Charles Aznavour. En 1965, la chance lui sourit encore. L’émission « Télé Dimanche », créée par le pionnier Raymond Marcillac, règne en maître sur les après-midi dominicaux. Seulement voilà, le pianiste du Jeu de la chance manque à l’appel et Charly Oleg le remplace au pied levé. Formé par des années à jouer dans les cabarets, plus rien ne lui fait peur et on lui signe un contrat dans la foulée.
Le voilà lancé. Et comme un bonheur n’arrive jamais seul, il y fait la connaissance d’une certaine Zina, une Italienne, qui devient tôt son épouse et lui donnera trois enfants. Quelques années plus tard, le séducteur à bacchantes se remarie avec une certaine Vincenza d’Aquino ; chez lui, les perles d’Italie étaient manifestement une manie.
En 1970, on le retrouve aussi dans l’émission «Bienvenue», animée par le chanteur Guy Béart, avant de devenir, de 1979 à 1982, le chef d’orchestre du théâtre de la Renaissance où il fait merveille en dirigeant ces opérettes, certes opéras « du pauvre », mais véritables odes à la joie de vivre, telles que La Belle de Cadix, Viva Mexico ou La Route fleurie. L’occasion pour lui de faire chanter une star de l’époque, le regretté Georges Guétary.
La France de Tournez manège
Mais c’est en 1980 que Charly Oleg accède à une véritable renommée nationale en devenant le pianiste vedette de l’émission «Tournez manège», censée aider des candidats célibataires à trouver l’âme sœur. Il s’y produit en compagnie d’Évelyne Leclercq, de Simone Garnier, rescapée des vachettes d’Intervilles, et de Fabienne Égal. Là, son rôle consiste à faire deviner aux participants une chanson rien qu’en leur en jouant les premières notes ; exercice qu’on ne nomme pas encore un « blind-test ».
Et à chaque fois, ce cri du cœur qui ne tarde pas à devenir sa marque de fabrique : « Ouaaais ! Ouaaais, Ouaaais ! Formidable ! » À l’occasion d’un entretien accordé à Télé 7 jours, notre homme assure ainsi pouvoir interpréter de mémoire quelque dix mille ritournelles. Et le pire est qu’il ne se vante probablement pas.
La réputation de Tournez manège, lancé le 9 septembre 1985 et qui durera jusqu’au 17 décembre 2010, va grandissant. À tel point que Les Inconnus lui dédieront un sketch demeuré célèbre. Pourtant, la pochade n’était pas loin de la réalité, tel qu’en témoigne ce florilège.
Une association avec le professeur Choron
Bon, on constate que #MeToo n’a pas encore été inventé et que les jeux de la séduction sont… comment dire… parfois aussi patauds que rudimentaires. Mais au moins sont-ils frappés au sceau d’un indéniable naturel. Bref, le pays est encore insouciant et on ne voit pas en permanence le mal partout.
Charly Oleg était l’un des symboles de cette France du siècle dernier. Celui qui ne s’y est pas trompé, c’est le professeur Choron, anarchiste en chef et fondateur du journal Hara-Kiri, qui, en 1974 et avec Charly Oleg, enregistre une chanson précisément intitulée «Formidable». C’est plus proche de l’hymne à boire que de L’Hymne à l’amour, c’est sans prétention et ça s’écoute cul sec.
— Mention toute spéciale pour cette harangue d’un Choron éméché s’adressant à un Oleg hilare : « Charlie, tu sais que je t’aime bien, mais quand même, ta chanson… elle est débile ! Tu donnes ça à un nouveau-né, il chante tout de suite ! Mais tu te rends compte ! On n’a pas le droit de chanter des choses aussi débiles. Charlie, tu sais, le professeur Choron en a vu de toutes les couleurs, mais là, vraiment… »
Toute une époque, on vous dit.
— Dimanche 14 septembre 2025
— Source documentaire : Boulevard Voltaire
—■ Nicolas Gauthier —

