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🎬 Les Goûteuses d'Hitler, une anecdote peu connue de la Seconde Guerre —
🔵 Au Cinéma, Un beau sujet, mais un film un peu décevant. À voir tout de même, par curiosité historique.
En 2012, deux ans avant sa mort, une certaine Margot Woelk, âgée de quatre-vingt-quinze ans, révéla au journal Berliner Zeitung avoir été l'une des quinze jeunes Allemandes embauchées par les nazis, dès 1942, pour goûter les repas du führer et prévenir toute tentative d'empoisonnement contre sa personne.
Un «emploi» qu'elle occupa au Wolfsschanze («Retranchement du loup», en français), le principal quartier général d'Adolf Hitler, situé dans les environs de Rastenburg (Kętrzyn, dans l'actuelle Pologne, autrefois en Prusse-Orientale).
Le rôle de Margot Woelk prit fin en 1945, au moment où les Russes n'étaient plus qu'à quelques kilomètres de là et où elle décida de s'enfuir à Berlin. Moins chanceuses, ses camarades de table furent fusillées par l'Armée rouge…
🔵 Anecdote au réel potentiel cinématographique
Cette histoire inspira l'écrivain italien Rosella Postorino, qui en fit un roman, Le Assaggiatrici, en 2018, lauréat du prix Campiello, traduit et publié en France l'année suivante chez Albin Michel sous le titre: La Goûteuse d'Hitler.
Un roman qui prit évidemment quelques libertés, y compris celle de renommer le personnage principal Rosa Sauer. Produite à la fois par l'Italie, la Suisse et la Belgique, mais tournée intégralement en allemand, l'adaptation cinématographique du roman par Silvio Soldini reprend la même trame et nous raconte l'histoire de cette Berlinoise de vingt-quatre ans venue se réfugier chez ses beaux-parents à Groß Partsch, un village à proximité de Rastenburg, tandis que son mari combat dans l'armée allemande.
Très vite, Rosa Sauer/Margot Woelk est recrutée avec d'autres femmes des environs pour goûter, trois fois par jour, les plats qui seront servis une heure après à Adolf Hitler. Pour l'essentiel, une nourriture à base de légumes, car le führer, apprend-on, était végétarien…
Terrorisées à tout instant par des employeurs au comportement de geôliers, les goûteuses attendent avec impatience la fin de la guerre et certaines en viennent même à espérer la chute de leur pays.
🔵 Un résultat plutôt indigent
Avec un tel point de départ, deux choix s'offraient au cinéaste italien : celui qui consistait à privilégier le sujet historique, quitte à broder et à s'aventurer dans le thriller, soit alors celui qui, au contraire, consistait à se servir du sujet comme d'un simple prétexte pour raconter en anthropologue le quotidien et les relations qui unissent ces femmes allemandes.
Hélas, le film échoue sur les deux tableaux. Car s'il s'avère un minimum instructif sur le plan de l'Histoire et aborde à mi-parcours l'épisode de l'attentat manqué de juillet 1944 par le colonel von Stauffenberg – la fameuse opération walkyrie –, le récit ne dépasse jamais l'anecdotique, faute de tension et de danger véritable pour nos goûteuses.
Le cinéaste ne développe pas non plus suffisamment le portrait et les liens de ses héroïnes et plombe l'ensemble avec des sous-intrigues archiconvenues : des liaisons sentimentales avec des officiers SS, un avortement improvisé ou encore une goûteuse qui cache sa judéité à ses camarades…
Plutôt indigent dans son contenu, le film ne peut guère davantage s'enorgueillir de sa mise en scène, par trop scolaire. Dommage, le sujet était prometteur.
— 29 mai 2026
— Source : Boulevard Voltaire
— Un article de Pierre Marcellesi
▲ Aron O’Raney —
