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Le Canal De Suez : Les Pharaons En Ont Rêvé, Il L’a Fait !
Ferdinand de Lesseps a relié l’Asie à l’Europe en créant un raccourci qui fait gagner 11.000 kilomètres aux navires.
Dix années de travaux pour retirer 14 millions de mètres cubes de sable et de terre. Un chantier colossal, parmi les plus grands jamais entrepris, qui permet d’éviter le contournement de l’Afrique
L’héritage d’un rêve pharaonique
Relier la Méditerranée à la mer Rouge à travers le désert : un rêve ancien, né chez les pharaons. Une idée presque aussi vieille que les pyramides, devenue réalité au XIXe siècle grâce à l’audace, à la ténacité et au génie français.
Né à Versailles en 1805 dans une famille de diplomates, Ferdinand de Lesseps grandit entre la Russie, l’Italie et la France. À 19 ans, il entre au service du duc d’Orléans, futur Louis-Philippe, comme attaché diplomatique.
En 1832, nommé vice-consul en Égypte, il rencontre Méhémet Ali, vice-roi visionnaire engagé dans la modernisation du pays. Lesseps y passe près de dix ans, apprend l’arabe et tisse des liens solides avec les élites locales.
Percer le canal sera son combat.
Traversant l’isthme de Suez, une évidence s’impose à lui : relier les deux mers. En 1844, l’ingénieur Louis de Bellefonds lui remet plans et devis. À 39 ans, Lesseps sait que ce projet sera le combat de sa vie.
En 1854, après de longues manœuvres diplomatiques, il obtient de Saïd Pacha la concession du canal. L’aventure commence : 160 kilomètres de désert, des conditions extrêmes, des maladies meurtrières, des financements incertains.
Les débuts sont chaotiques. Les machines s’enlisent, les investisseurs doutent. Mais Lesseps persévère, réorganise le chantier, fait venir médecins et machines à vapeur.
Diversité des talents
Cette épopée est aussi celle d’une mobilisation française exceptionnelle : ingénieurs, financiers, ouvriers, médecins. Tous contribuent à l’œuvre. Au centre, Lesseps, chef d’orchestre infatigable, convainc, entraîne et force parfois le destin.
Une anecdote résume son tempérament : pour rallier les sceptiques, il organise un banquet fastueux en plein désert. Champagne, discours flamboyant, promesses d’avenir. Les doutes s’évaporent.
L’inauguration : un triomphe à la française
Le 17 novembre 1869, après dix ans de labeur, le canal est enfin inauguré. La cérémonie est à la mesure de l’exploit : somptueuse, théâtrale, internationale.
L’impératrice Eugénie, épouse de Napoléon III, représente la France. Des navires du monde entier défilent sur le canal, des feux d’artifice illuminent le ciel. Lesseps, auréolé de gloire, aurait prononcé, dans un discours vibrant : « Le canal de Suez est l’œuvre de la paix, du progrès et de la civilisation. »
Au carrefour du monde du XXIe siècle
Aujourd’hui encore, le canal de Suez est un axe stratégique majeur. Environ 20.000 navires l’empruntent chaque année. Les porte-conteneurs géants y transportent des volumes de marchandises sans précédent. Le passage, coûteux, est une ressource essentielle pour l’Égypte, qui en a repris le contrôle en 1956.
Un seul incident peut paralyser le commerce mondial. En mars 2021, un cargo géant échoué bloque le canal pendant plusieurs jours, immobilisant des centaines de navires et désorganisant l’économie mondiale. Malgré les travaux d’élargissement engagés depuis 2015, le trafic reste vulnérable.
Ferdinand de Lesseps meurt en 1894, après avoir connu la gloire, mais aussi l’échec du canal de Panama, achevé plus tard par les Américains.
Des pharaons à Lesseps, il aura fallu trois millénaires pour relier deux mers. Il fallait un homme à la fois rêveur et bâtisseur. Il fut français.
■— Antoine de Quelen — Extraits de texte
— Source documentaire : Boulevard Voltaire
▲ Aron O’Raney —
