Cheval noir,
Cheval blanc,
Une seule main d'homme
Maîtrise les deux fureurs.
A tombeau ouvert,
Joyeuse est la course.
La vérité ment,
La franchise dissimule.
Cache-toi dans la lumière.
Le monde t'emplit
Et tu es vide :
Plénitude.
Petit bruit de l'écume
Sur la plage du matin ;
Il remplit le monde autant
Que le fracas de la gloire.
Tous deux viennent du silence.
Sous la dalle de la joie,
Le premier sommeil.
Semé par le vent,
Moissonné par le vent,
Et cependant créateur,
Tel est l'homme,
A travers les siècles,
Et fier
De vivre un seul instant.
— Carnets III : mars 1951 – décembre 1959
— Gallimard 1989
—■ Albert Camus —
