Il faut que le calme ait sa source dans le cœur ; mais il y rentre plus facilement avec les vertus qui doivent l’accompagner.
Dans le silence d’une retraite champêtre, on devient aisément bon et aimant ; au pied d’une forêt fraîche, au bord d’un ruisseau limpide, la tranquillité de la nature pénètre dans notre cœur, et, parmi les hommes, on est souvent plus tenté de se fuir soi-même que de fuir les autres.
Être en paix avec soi-même, c’est être en paix avec le monde entier ; quand l’âme est paisible, les hommes et les choses se montrent à nous sous le meilleur point de vue.
Quand la nature nous sourit, quand les sentiments de bienveillance qu’elle nous inspire remplissent notre cœur, il ne nous manque plus qu’un cœur pour partager notre félicité.
Les caractères paisibles trouvent plus de bonheur intérieur à la campagne que partout ailleurs.
Nul palais, nulle cour brillante ne pourraient effacer la douleur de celui qu’on arracherait malgré lui à une douce et calme situation pour le transporter dans ce tourbillon du grand monde, où l’on trouve tant d’ennui, tant de mensonge, tant de fausses démonstrations et tant de haine.
C’est dans les campagnes qu’on retrouve encore l’amour, la bonne foi, les jouissances véritables et la simplicité de mœurs de nos aïeux.
Voilà pourquoi Rousseau disait aux habitants des villes qu’il y avait dans la vie champêtre un charme particulier qu’ils ne connaissaient pas, et des plaisirs moins fades et moins grossiers qu’ils ne croyaient ; que là, on reconnaissait aussi le goût et la délicatesse ; qu’un homme de mérite qui se « retire à la campagne avec sa famille, qui se fait son propre fermier, passe là des jours plus doux que dans les assemblées les plus splendides ; qu’une honnête ménagère peut être à la campagne une femme pleine d’agréments et de grâces, préférables à toutes les grâces des grandes dames. »
— Extrait de : La solitude
—■ Johann Georg Zimmermann —
