13 février 2026

≡ Monsieur « On-dit »


Vous ne le connaissez pas,

Je ne le connais pas.


Il existe, 

Mais personne ne l’a jamais rencontré.


Monsieur « On-Dit »

Se faufile dans le monde où « ça cause »,

Dans un salon,

Autour d’une table.


Il chuchote plus qu’il ne parle,

Sur le ton de la confidence, 

Par allusion ou par insinuation : 

« Je n’irai pas jusqu’à dire que... »


Il baigne dans le « clair-obscur », 

Il balance entre la demi-vérité

Et le demi-mensonge.


Son langage est crépusculaire, 

Les mots se couvrent d’ambiguïté,

Deviennent pervers.


Il n’a rien du vulgaire colporteur de cancans.


Il est un prestidigitateur élégant

Entre les mains duquel, 

La moindre parcelle de vérité sert de caution

À une fausse conclusion, 

À un mensonge, 

À une calomnie.


Il feint de ne pas juger,

Il ne s’engage pas,

Il ne « se mouille » pas : « Ne trouvez-vous pas que... »


C’est l’autre qui est convié à passer

De la suggestion à la conviction,

À devenir plus que son complice,

L’auteur de sa nouvelle.


Monsieur « On-Dit » se complaît 

Dans un monde fendillé, 

Où le mal suinte de partout.


Il ne peut voir le bon côté des hommes,

Celui qui brille au soleil de Dieu,

Il ne repère que les ombres, 

Les versants glacés et impraticables.


Il habitue son interlocuteur à ne flairer que le mal,

À imaginer que tout est mal.


Être ainsi blessé sans connaître sa blessure,

La pire des blessures, la seule mortelle.


Monsieur « On-Dit », frivole ou cruel, 

Si vous êtes le plus perfide des criminels,

C'est parce que chacun de nous est peut-être devenu

Sans le savoir votre victime.




Cardinal Roger Etchegaray —