💒— Qui était donc Sainte Hildegarde de Bingen, cette étonnante moniale fondatrice de monastères, naturaliste, musicienne, peintre et visionnaire ?
Dixième enfant d’une famille noble de Bemersheim, en Rhénanie, Hildegarde reçoit, dès l’âge de trois ans, des visions qui l’accompagneront pendant soixante-dix-huit ans.
C’est sans doute pour cette raison que ses parents la confient très tôt — à huit ans — au couvent dépendant du monastère bénédictin de Disibodenberg, près de Mayence.
La mère supérieure, Jutta de Sponheim, amie de la famille, veille à son instruction. Hildegarde prononce ses vœux perpétuels et reçoit, vers quinze ans, le voile monastique des mains de son évêque.
À la mort de Jutta, Hildegarde, âgée de 38 ans, est élue abbesse par les sœurs. Les années de vie monastique, rythmées par le travail, l’étude et la prière, lui ont donné une immense érudition — qu’elle nie pourtant avec humilité.
🟤—Des visions incandescentes
À 42 ans et 7 mois, Hildegarde reçoit l’ordre divin de rendre ses visions publiques : « Écris ce que tu vois et ce que tu entends. » Elle lutte longtemps avant d’obéir.
La maladie la contraint finalement à commencer, aidée du moine Volmar, son premier livre, le Scivias. Dix années de travail, de doutes et d’hésitations suivent. Elle sollicite même l’avis du pape par l’intermédiaire de Bernard de Clairvaux. En 1148, au synode de Trèves, le pape Eugène III lit publiquement un de ses textes et l’encourage : « Écrivez donc ce que Dieu vous inspire. »
Dans ce livre foisonnant de visions, Hildegarde retrace l’histoire sainte, de la création à la rédemption finale. Chaque vision est décrite, interprétée et éclairée spirituellement selon les codes bibliques et patristiques de son temps, portés par une audace de style remarquable. Ces pages incandescentes inspireront plus tard Dante et sa Divine Comédie.
🟤—Son couvent rayonne
Le petit couvent féminin de Disibodenberg vit encore sous la tutelle du monastère masculin, mais son rayonnement grandit : les vocations affluent, les dons aussi. Hildegarde souhaite fonder sa propre abbaye. Face au refus de l’abbé, elle tombe gravement malade. L’autorisation finit par être accordée.
Elle s’installe près de Bingen, à Rupertsberg, où elle passera le reste de sa vie. Plus tard, elle fonde un second monastère à Eibingen, tout aussi proche. Ainsi, celle dont la parole franchira les siècles ne quittera jamais qu’un étroit territoire de Rhénanie.
Hildegarde est aussi musicienne. Elle compose 77 pièces liturgiques, parmi les plus anciennes conservées intégralement. Son drame musical, Ordo Virtutum, créé en 1152 à Rupertsberg, sera rejoué à Cologne huit siècles plus tard.
🟤—Au centre de ses recherches, l’Homme
Femme libre dans un monde d’hommes, Hildegarde dirige, fonde, discute avec les autorités civiles et religieuses. Et, chose rare pour une moniale recluse, elle parcourt les villes pour prêcher : de 1158 à 1170, elle s’adresse aux foules à Mayence, Wurtzburg, Bamberg, Trèves et Cologne.
Elle écrit sans relâche : le Livre des mérites de la vie, puis le Livre des œuvres de Dieu. Elle compose aussi deux ouvrages médicaux — les seuls du XIIᵉ siècle à nous être parvenus — consacrés aux maladies et à leurs remèdes. Il ne s’agit pas d’ésotérisme, mais d’un souci profond de soigner l’homme dans sa globalité.
L’homme est au cœur de sa théologie : l’homme rejoint par le Christ, inscrit au centre du cosmos. Trois siècles avant Léonard de Vinci, Hildegarde représente l’homme aux bras étendus au cœur de l’univers, libre de s’élever vers son Créateur.
Hildegarde meurt à 81 ans, entourée de ses sœurs, à Rupertsberg. Sa renommée est telle que sa vie est racontée de son vivant. Puis viennent des siècles d’oubli.
Redécouverte à la fin des années 1980, elle devient une figure majeure d’une pensée symbolique, holistique et spirituelle, à la croisée de la tradition et d’une vision profondément humaine de Dieu et du monde.
— Extraits de textes
— Origine : Jean-Pierre Rosa
▲ Aron O’Raney —
