Combat de chiens ratiers et de rats à l'exposition canine des Champs-Élysées, en 1865. Illustration parue dans Le Monde illustré, page 240. — J. Valnay/Le Monde illustré/domaine public/Wikimedia Commons
Quand les sous-sols de Paris abritaient des combats entre chiens et rats
Au début du XXe siècle, la plèbe parisienne découvre les ratodromes, arènes semi-clandestines où l'on mêle dressage et spectacle macabre. Le but est clair : entraîner des chiens ratiers à traquer les rongeurs.
Une odeur rance, une lumière de cave, des cris étouffés accueillent les visiteurs du ratodrome Gustave, près de la porte-Maillot. Un journaliste de La Liberté en 1938 conseille d'y aller, non pour le plaisir, mais par pure curiosité.
La scène intrigue. Dans une arène grillagée, un fox-terrier blessé affronte des rats. Certains viennent dresser leur chien, d'autres parient et se divertissent. On dit que Jacques Prévert et Raymond Queneau y passaient. «Ça saigne et ça crie», note le journaliste. Le dimanche, la salle est pleine.
«Rat-de-marée»
Fondé en 1907 par Gustave Xhrouet à Neuilly, le ratodrome attire les foules. Dans une ambiance de combat clandestin, chiens et rats s'affrontent pour lutter contre un fléau urbain. Depuis la fin du XIXe siècle, les rats inquiètent les autorités. Primes, concours de dératisation : tout est tenté, sans succès.
Dans cette atmosphère de peur, les ratodromes dressent des centaines de chiens.
Le journal Le Populaire (1923) alerte sur les ravages et maladies causés par les rats, recommandant le dressage des fox-terriers. Ainsi naissent ces lieux, dont Xhrouet est un pionnier.
Gustave Xhrouet (1853-1940), chasseur de rats et promoteur en France, au début du XXe siècle, du ratodrome où s'affrontaient rats et chiens. Ces arènes de combats d'animaux existent pendant une trentaine d'années à Neuilly-sur-Seine, Saint-Denis, Aubervilliers. Des ratodromes ambulants circulèrent comme attraction de foire dans plusieurs villes comme Breteuil (Oise). | © Gusman/Leemage/Bridgeman Images/AFP
Fils de boulangers des Batignolles, ce Belge ouvre son établissement en s'inspirant de Spa, sa ville natale. Surnommé «la terreur des rats», il travaille avec autorités et institutions.
L'Intransigeant (1920) souligne qu'il tue plus de cent rats par jour et dresse des milliers de chiens. Pendant le siège de Paris (1870-1871), adolescent, il vendait déjà ses prises pour nourrir les affamés.
Divertissement utile ou spectacle à proscrire ?
Les ratodromes forment de nombreux chiens à la chasse. Mais la violence choque. En 1934, Lucien Lorin décrit un spectacle sanglant où chiens et rats s'entre-déchirent sous les regards avides d'un public qu'il juge plus cruel encore.
Écœuré, il évoque même des combats d'hommes contre rats, ligotés et réduits à se défendre avec leurs dents.Très tôt, des voix dénoncent ces pratiques, contraires à la loi Grammont de 1850 contre la cruauté animale.
Pourtant, les autorités tolèrent ces lieux pour leur utilité sanitaire. Attaqué par la SPA, Xhrouet se défend : il dit servir la collectivité en éliminant les nuisibles.
La polémique n'empêche pas le succès. Il faudra attendre l'après-guerre pour interdire ces combats.
Le décret du 26 mars 1987 proscrit les spectacles impliquant de mauvais traitements, tout en laissant subsister certaines traditions. Aujourd'hui encore, le rat demeure à Paris : entre 3 et 4 millions, soit environ 1,5 par habitant.
– 29 mars 2026
– Extraits d'un article de Nicolas Méra – Édité par Émile Vaizand
– Source : Slate France
▲ Aron O’Raney —

