21 mai 2026

≡ En Méditerranée, Une épave bouleverse l'histoire du XVIe siècle


2.500 mètres sous la mer Méditerranée, l'épave intacte qui bouleverse l'histoire du XVIe siècle


Canons, faïences colorées et cargaison figée depuis 500 ans : découverte par hasard au large du Var, l'épave Camarat 4, hors d'atteinte et jamais pillée, offre aux chercheurs un témoignage rare du commerce méditerranéen.


À 2.500 m sous la Méditerranée, au large secret de Ramatuelle, entre Toulon et Cannes, la pince d'un sous-marin téléguidé saisit un pichet en céramique du XVIe siècle aux couleurs éclatantes. Menée par le Cephismer (Centre Expert Plongée Humaine et Intervention Sous la MER) et le Drassm (Département des Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines), l'opération Calliope 26.1 constitue la première étape d'une recherche sur l'épave Camarat 4, la plus profonde jamais retrouvée dans les eaux territoriales françaises.


À peine le soleil levé, le remorqueur Jason s'immobilise après deux heures de navigation depuis la côte varoise. «Les coordonnées ne peuvent être transmises vu la sensibilité des objets découverts au fond, même si peu de gens pouvaient y accéder», sourit l'officier Romain, du Cephismer.


Le navire, englouti il y a 500 ans, a été découvert par hasard en 2025 lors d'une opération militaire de maîtrise des fonds marins. La mission Calliope 26.1 vise désormais à approfondir cette découverte.


Pour relever le défi technologique, le remorqueur a été équipé d'un ROV capable de descendre à 4.000 mètres. Relié au navire par un câble, il possède plusieurs caméras et des bras articulés. Deux containers permettent aux équipes de piloter le robot et de suivre les images en direct.


Des témoignages précieux


Après une heure de descente, le ROV atteint le Camarat 4. «C'est un travail d'extrême précision pour ne pas endommager le site ni soulever les sédiments», explique Sébastien, chef de la mission Calliope 26.1. «Cette dextérité est aussi essentielle pour former nos marins».


Sur les écrans de contrôle, l'épave apparaît : structure du navire, canon, centaines de pichets et d'assiettes ornés de motifs floraux, de croix et de poissons bleus, orange et verts.


L'appareil photo capture 8 clichés par seconde durant 3 heures, soit près de 68.000 images, afin de réaliser une photogrammétrie et une modélisation 3D de l'épave.



«La visibilité est excellente», se réjouit Franca Cibecchini, archéologue maritime au Drassm. «On ne se rend pas compte de la profondeur. Grâce à cette qualité, on peut dire qu'il s'agit vraisemblablement d'un bateau de commerce qui transporte de la faïence de Ligurie (nord-ouest de l'Italie, NDLR), donc peut-être du port de Gênes ou de Savone».


«Ce qui est important, c'est aussi que c'est un site sur lequel il n'a pas pu y avoir de tentative de pillages après le naufrage», complète Marine Sadania, la chercheuse qui pilote les opérations. «Pour le XVIe siècle, on a des textes qui ne sont pas très bavards sur les navires de commerce, c'est donc un témoignage précieux sur l'histoire maritime, les réseaux de transports».


Au cours de la campagne, plusieurs pichets et assiettes sont prélevés pour être analysés une fois revenus à terre. Au laboratoire du Drassm à Marseille, Marine Sadania passe délicatement sous l'eau une de ces céramiques.


«C'est l'un des objets les plus profonds jamais prélevés sur une épave en France. Pour nous c'est l'occasion de tester des protocoles pour sortir ces mobiliers tout en préservant leur intégrité».


Un tiers des céramiques sorties des profondeurs au cours de fouilles sous-marines finissent en effet par se briser sans que les scientifiques ne l'expliquent.


Une exposition temporaire est prévue en novembre au musée de la Marine de Toulon pour présenter au grand public les premiers résultats des chercheurs. L'épave restera, elle, au fond de l'eau pour respecter les modèles de conservation préconisés par l'UNESCO.



— Source : Le Figaro — AFP





Aron O’Raney —