Les dernières tribus complètement isolées de la planète sont de plus en plus menacées. Malgré les efforts des autorités, notamment en Inde et au Brésil, ces peuplades sont exposées et la délicate question de l'intervention se pose.
Les membres d'une tribu isolée à proximité du Rio Envira, à la frontière entre le Pérou et le Brésil.
—■ C'est une île de l'océan Indien, dans le golfe du Bengale.
• Depuis plusieurs dizaines de milliers d'années (entre trois et six, selon les historiens), une tribu y vit dans l'isolement le plus total, n'hésitant pas à s'attaquer à quiconque tenterait de s'approcher de son territoire. En 2018, un globe-trotter nommé John Chau en a fait les frais: ciblé par des tirs de flèches puis traîné par le cou à l'aide d'une corde, l'Américain y a laissé la vie.
• L'île de North Sentinel abrite l'une des toutes dernières peuplades à vivre dans un tel état d'isolement et d'autarcie, en marge d'un monde extérieur par lequel elle refuse de se laisser envahir. Ses habitants, les Sentinelles, vivent aussi retranchés que possible; leur hostilité est telle que l'on ne dispose à ce jour que d'une poignée de photographies et vidéos aériennes. Seules quelques équipes d'anthropologues sont parvenues à glaner des informations supplémentaires, à la faveur de lents rapprochements parfois opérés sur des années.
≈ Isolement Total
• Selon leurs rares observateurs, les Sentinelles vivent en 2025 comme elles le faisaient il y a 15.000 ans, à ceci près que l'époque moderne les a poussées à renforcer encore leur surveillance des alentours. À tout moment, cette population qui compterait entre 50 et 200 individus se tient prête à dégainer arc et flèches afin de cibler de potentiels curieux ou de faire déguerpir les drones qui tenteraient de capturer quelques précieuses images. Ce que les habitants de l'île ignorent probablement, c'est que l'Inde a depuis bien longtemps fixé une totale interdiction de les contacter, pour éviter les transmissions de maladies et les perturbations d'ordre culturel.
• Dans le même ordre d'idée, Daily Galaxy, qui s'intéresse à l'avenir de ce type de tribu, cite l'exemple de groupes vivant au cœur de la vallée du Javari, région isolée et recouverte d'une jungle dense, située à la frontière entre le Brésil et le Pérou. À l'image des autorités indiennes, le gouvernement brésilien, qui a recensé ces tribus, s'efforce de les protéger au mieux des bûcherons, des mineurs et des trafiquants de drogue. Reste que, peu à peu, dans la forêt amazonienne comme dans le golfe du Bengale, ces tribus voient les populations dites civilisées empiéter peu à peu sur leur territoire.
• Selon l'ONG Survival International, plusieurs dangers guettent les membres de ces groupes. La déforestation et l'accaparement illégal des terres représentent sans doute le plus grand péril, aussi bien pour l'environnement préservé des habitants que pour leur mode de vie. L'exposition aux maladies est également très redoutée, ces individus ne disposant pas de barrières immunitaires suffisantes pour supporter les maladies modernes. Mais l'organisation dit aussi craindre la violence et l'exploitation, des bandes n'hésitant pas à attaquer les communautés autochtones dès lors qu'il est question de chercher de l'or ou d'étendre le trafic de drogues.
• Plus la subsistance de ces tribus semble menacée, plus la question se pose: dans leur intérêt, faudrait-il tenter d'entrer en contact avec elles afin de les aider à ne pas s'éteindre? Pour une majorité d'experts, ce serait contreproductif: selon eux, l'absence de contact est et restera le seul bon choix d'un point de vue éthique. Mais, malgré les efforts des différents gouvernements concernés, les zones protégées sur lesquelles vivent ces êtres humains sont de plus en plus vulnérables et leur extinction prochaine semble programmée.
— 19 février 2025
—■ Thomas Messias —